03 : Et un Spécial, un !

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Marco avait déjà croqué la moitié de sa pomme d'amour quand Jerem nous a tendu nos casse-croûtes, chantant :

« Un jambon et un spécial ! »

J'ai mordu dans le mien. Tout en mâchant, j'ai demandé à Érig :

« C'est quoi, un spécial ?

  • Saucisson au poulet. J'ai été le premier à leur en demander. »

À son tour, il a arraché une bouchée à son sandwich. La bouche pleine lui aussi :

« Le sifflard, c'est la vie, pas vrai, Karadoc ?

  • Y'a rien de plus vrai ! »

Me retournant, j'ai vu que Maxence s'était commandé un casse-dalle et une barquette de frites. Il avait les lèvres barbouillées de ketchup. Je trouvais qu'il ressemblait plutôt à Perceval qu’à Karadoc.

« Sauf que moi, poursuivait Érig, j'ai arrêté les mammifères.

  • Tu déconnes ?
  • Non. Je les comprends, les végétariens. J'ai du mal à bouffer un truc dont je pourrais me faire un pote. Par contre, les poissons et les piafs, j'en ai rien à battre. Je ne me sens d'affinités qu'avec les mammifères, a-t-il conclu en appuyant chaque mot.
  • T'es pas banal, toi.
  • Je sais même pas si mon régime a un nom.
  • Qu'est-ce que t'as contre les poissons et les piafs ?
  • Ils ont pas de cerveau limbique.
  • Un cerveau quoi ?
  • Limbique. La partie du cerveau qui te plonge dans les limbes. Tu sais l'évolution, elle efface rien, elle empile. Avant y'avait juste le cerveau reptilien qui correspond à tout, maintenant, tout de suite. Nous autres mammifères, par dessus, on a le cerveau limbique et le néocortex. Tu me dis si je te gave.
  • Non, non, c'est intéressant !
  • Le cerveau limbique, c'est un genre de tambour de machine à laver dans lequel tournent les souvenirs, les idées, les émotions tout ça, principalement au cours de tes rêves. Je suis convaincu que sans, on ne peut pas développer un véritable attachement affectif.
  • Les faucons peuvent !
  • Ils peuvent, ouais. Mais un attachement exclusif, à une seule personne pour toute la vie. Pour ça j'ai déjà une meuf et encore... on a pas une relation qu'on pourrait qualifier de continue.
  • Je veux pas te faire virer végétarien, moi j'aime la viande. Mais quand j'étais petit, on avait une poule qui faisait partie de la famille. Elle s'appelait Poucinelle.
  • Et ?
  • Elle suivait mon père partout, même dans la maison, quoi ! Au jardin... quand il s'occupait des autres animaux... on avait une basse-cour. Elle le collait au talon, pire qu'un chat qui réclame sa gamelle. Elle est morte de vieillesse. C'est la seule qu'on a pas bouffée. Donc, quelque part, je te comprends, mais j'aime quand-même le poulet.
  • Chacun son point de vue. »

Je dansais sans même y réfléchir. On se trémoussait tous, portés par la musique. Un enchaînement de battements et de sons magiques qui m'envoyaient très haut sur de brefs silences à retomber par terre. Si vous voulez savoir à quel point un silence peut être bruyant, allez en teuf.

Un autre gars s'avançait vers nous, un sourire aux lèvres. Il venait des platines. Chauve, avec des lunettes, jean et sweat noir à capuche… on pouvait voir un petit crocodile dessus. Encore un crâne rasé. Y'en a plein en teuf.

« Tiburse ! S'exclamait Érig, ravi.

  • Maître ! Répondait l'autre en inclinant la tête. »

Et moi :

« Tiburse ?

  • C'était le nom de ses personnages dans les jeux de rôles. On est potes de lycée.
  • Ah ! Moi c'est Fred. »

On s'est serré la main.

« Tout se passe bien ? a lancé le nouveau venu. »

J'ai répondu :

« Nickel !

  • On a un caisson insonorisé si tu veux faire une pause.
  • Non ça va, merci. Tu tombes bien, j'avais une question.
  • Dis toujours ?
  • Pourquoi vous vous rasez tous la tête ?
  • Je sais pas, les miens sont tombés tout seuls ! La calvitie, c'est répandu chez les hommes !
  • Oups, désolé. »

J'entendais glousser Érig malgré la musique. J'étais bien ! J'avais l'impression de sentir mes sens se développer par dessus le son. Mais j'avais encore rien pris !

« C'est Chaussette qui mixe ? demandait Érig.

  • Ouaip !
  • Je l'aurais parié !
  • C'est qui, Chaussette ?
  • Un rouquin.
  • Maintenant, il a plutôt les cheveux gris. Dis-donc, toi aussi tu grisonnes.
  • C'est l'âge. Y'en a d'autres qui perdent leurs tifs. Tu vois, Fred, Chaussette, c'est le premier qui a réussi à me mettre dans une vraie transe. Ça date. A l'époque, je me dépouillais encore grave la tête. C'était aux dix ans des 62P. Un bon petit son au bord d'un lac près de Redon en Bretagne. Ils ont évolué, depuis. Il mixait déjà comme un dieu, alors maintenant...
  • Maintenant, il fait battre tout un tekos ! chantait Tiburse.
  • Tu passes quand ? lui a demandé mon ami.
  • Oh, moi, pas avant trois quatre heures du mat' ! Je suis loin d'être aussi bon !
  • Tu te sous-estimes.
  • J'ai surtout pas le temps de m'entraîner !
  • Encore ? Je croyais que tes mômes étaient partis.
  • Les deux derniers pas encore.
  • Et ton taf ?
  • La retraite s'approche. Dis donc, on en a un, là, ton truc du sorcier ça marche pas sur lui.
  • Ah merde !
  • On a beau lui dire qu'il a pris un truc, il veut pas nous croire. Il prétend qu'il se drogue pas.
  • Oh la vache ! Il est où ? »

L'expression d'Érig avait changé du tout au tout. Là, il souriait carrément moins. Ça avait l'air sérieux.

« Prostré dans le caisson.

  • Ok, je te suis, je finirai mon casse-dalle en route. Attends ! »

Se tournant vers moi :

« Tu viens ?

  • Je manquerai ça pour rien au Monde.
  • Ok. Jerem ?
  • Qu'est-ce qui ferait plaisir au sorcier ?
  • Tu veux bien garder un œil sur Marco s'il te plaît ?
  • Panipwoblem !
  • S'il fait mine de partir, tu l'interpelles. Tu lui dis qu'il a commandé des frites.
  • OK.
  • S'il te croit pas c'est qu'il va mieux, tu peux le laisser partir.
  • OK.
  • Sinon, tu lui donnes une grosse frite sur ma note et tu lui dis que tu veux récupérer la barquette. Il restera là. Dis-lui qu'il a déjà payé en prenant la commande.
  • Ça roule ! »

Sur ce, un demi sandwich à la main, on a suivi Tiburse.

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