02 : Le Sorcier

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En teuf on marche, peu importe la taille du tekos. À part les quads des pompiers qui passent de-ci, de-là, y'a pas de véhicules. On croise d'autres teufeurs, seuls ou par petits groupes, la plupart portant un sac à dos. Je fermais la marche, Érig était devant. De longs cheveux gris s'écoulaient de son chapeau noir. Plus on s'approchait du son, plus la foule était dense et surtout plus la musique était forte. Arrivés au stand bâché qui s'étendait sur la droite en dehors des bras du robot géant, il fallait déjà crier un peu pour s'entendre. Et on était au bout du stand, loin du mur, côté buvette et casse-croûte. Après, c'était les platines.

Plusieurs teufeurs se restauraient, debout devant la buvette encastrée dans un camion. L'un d'entre eux tenait une pomme d'amour dans une main et un pétard dans l'autre.

« T'étais où ? s'exclamait-il, apercevant Érig.

  • Je me promenais. On va pas rester collés ! T'as trouvé de toute façon.
  • Ouais, j'ai trouvé, souriait l'autre en lui tendant son joint. Tiens ! T'as vu ? Ils ont des pommes d'amour ! »

Érig toisait le pétard.

« Heu... je te rappelle que je te ramène.

  • Ouais, ça va, c'est pas une taf qui va nous envoyer dans le décor !
  • Dans le décor non, mais si j'échoue au test salivaire en sortant, tu rentres à pieds. T'as envie de rentrer en stop ?
  • Heu... non.
  • Voilà. Et moi j'ai pas envie de perdre mon permis. S'il te plaît arrête de me le proposer, tu sais à quel point c'est tentant.
  • Ok, désolé »

Penaud, l'autre a rangé son pétard tandis que mon ami se tournait vers moi, un sourire en coin.

« Voilà Maxence, Alias Karadoc. Il est pas bien gros, mais il bouffe. »

J'ai tendu la main :

« Enchanté, moi c'est Fred. »

Le gars s'est remis à sourire.

« Frédo ?

  • Non, Fredéric. Frédo sans te prendre une tarte, c'est réservé aux amis très proches. Bon là je fais une exception parce que t'étais pas au courant.
  • Merci.
  • De rien.
  • Quelle Brutalit ! soupirait Érig.
  • Si je veux ton avis, Jar-Jar, enquillais-je, j'enverrai un SMS au fond du lac ! »

On a éclaté de rire.

« Qu'est-ce que je peux servir aux guignols ? »

En levant la tête, je me suis demandé si vraiment, j'avais pas déjà pris un truc. On était en plein Kaamelot ! Le tavernier de la série nous toisait du haut de la buvette, appuyé des deux mains sur son comptoir. Même voix et quasiment la même tête.

« Jerem ! S'exclamait Érig. C'est toi qui tient la buvette ?

  • Ouais, enfin... on tourne. Là, c'est mon quart. Qu'est-ce qui vous fait envie ?
  • T'as des cocas ?
  • Des braises.
  • Parfait je t'en prends un, mon spécial et une pomme d'amour pour mon pote Marco. »

L'intéressé était toujours avec nous, mais tourné vers le son. Il se trémoussait en rythme sans faire attention à nous. Pour ma part, j'y comprenais rien.

« Vous parlez en code ou quoi ?

  • Pourquoi ? »

L'autre lui tendait une canette.

« Tu bois des braises, ça doit être chaud ! »

Il m'a montré sa canette en riant. Sur fond rouge, c'était marqué : Breizh Cola.

« Ah ouais, autant pour moi. Faut m'excuser, je suis du Vercors !

  • Tu veux quoi ? »

M'adressant à Jerem :

« T'as des sandwichs ?

  • Bien sûr, j'ai des casse-dalles, andouille !
  • Pardon ?
  • Cool, hein ! Je t'ai pas traité d'idiot. J'ai des casse-dalles à l'andouille.
  • Ah, OK ! »

Érig me glissait à l'oreille :

« T'inquiète, il fait le coup à tout le monde. »

Moi :

« T'as quoi d'autre ?

  • Jambon et saucisson, porc ou poulet. Je peux mettre des tomates, de la salade, de l'oignon et des cornichons. Tout ça sort d'un vrai frigo. Qu'est-ce qui te tente ?
  • Jambon, tomate et salade, cornichon ! J'aime pas l'oignon.
  • Ça marche ! »

Le mec est parti à ses occupations en riant.

Pendant ce temps, un autre type s'approchait de nous. Pas trop une gueule de teufeur... il était en jean et en veste, quoi ! Pas en treillis militaire, crâne rasé ou torse nu. Genre probablement pas habitué à la teuf. Je dis ça parce qu'il avançait lentement, l'air terrorisé, les yeux rivés sur Érig. Pointant un doigt sur mon ami, il a hurlé :

« T'as une tête de sanglier ! »

Toujours élevant la voix pour couvrir le son, mon pote a répondu :

« T'as rien à craindre, je suis un gentil sanglier, je te ferai pas de mal.

  • C'est vrai ?
  • Oui , tu te souviens ? T'es en teuf !
  • Ouais !
  • T'as pris un truc ?
  • Ouais !
  • T'as pris quoi ?
  • Des champotes.
  • Et voilà ! Tout ça, ça sort de ta tête, t'en fais ce que tu veux.
  • Comment ?
  • Je vais te montrer. Jerem !
  • J'arrive ! »

Le tavernier revenait avec une pomme d'amour. Il l'a tendue à Érig.

« Tu peux me passer aussi une baguette vierge, s'te plaît ? lui a demandé ce dernier.

  • Y'en a pas pwoblem ! »

Il lui a donné également une tige en bois pour faire les pommes d'amour. Connaissant mon ami, j'attendais la suite avec une certaine fébrilité. Il a demandé au gars :

« J'ai toujours une tête de sanglier ?

  • Ouais !
  • C'est parce que je suis un sorcier.
  • Tu me charries ?
  • Non. J'ai des pouvoirs magiques. Regarde ! »

Tenant la baguette du bout des doigts, il s'est mis à toucher la tête et les épaules du mec comme s'il adoubait un chevalier, psalmodiant :

« Par l'Univers tout entier, Azazel et les cornes de tous les maris cocus, je te fais sorcier... Perlimpinpin ! Et voilà, maintenant, toi aussi, t'es un sorcier.

  • Sans dec ?
  • Sans dec. Tu peux faire des choses magiques, toi aussi. Tu veux que je t'apprenne un sortilège ?
  • Oh ouaiiiiiis !
  • Ok. Tiens, prends la baguette. »

Le mec a obéi. Il faisait tout ce que lui demandait mon ami.

« Campe toi bien sur tes jambes. Brandis la baguette vers moi. Tu prends une grande inspiration, tu souffles jusqu'à ce qu'il y ait plus d'air dans tes poumons et là, tu me mets un truc ridicule sur la tête en disant : Perlimpinpin. N'importe quoi : une robe à fleurs, tu me mets à poils, ce qui te fais rire. Ok ?

  • Ok.
  • Allez ! On prend une grande respiration et...
  • Perlimpinpin. »

Et paf ! Le mec a éclaté de rire. Mais alors, il pouvais plus s'arrêter ! Sans le lâcher de yeux, j'ai fait :

« Qu'est qu'il voit ?

  • J'en sais rien m'a répondu Érig.
  • T'es en tutu ! s'est exclamé le mec.
  • Ah, je crois que je suis en tutu rose. »

S'adressant au gars :

« Garde la baguette !

  • Oh ouiii, merciiiiiii !
  • Maintenant, tu feras ça chaque fois que tu verras un truc qui fait peur.
  • C'est génial, merci ! »

Il a tendu la baguette vers moi, chantant :

« Perlimpinpin »

Puis nous a laissés, disparaissant dans le tekos, riant et clamant :

« Je suis un sorcieeeeeeer ! »

Et moi :

« Je veux même pas savoir ce qu'il a vu sur moi... attends, mais... »

J'étais encore en train de réaliser un truc.

« Je le crois pas ! C'est la méthode Harry Potter pour vaincre un épouvantard !

  • Eh ouais.
  • Ça marche sur les tripax, ça ?
  • Pas tous mais ouais. Celui-là est parti pour de grandes aventures. Je l'envie un peu.
  • La vache ! »

Mon ami a poussé un grand soupir puis :

« Ça marchait avec mon père. »

Un silence est passé sur nous et j'ai dit :

« Il se droguait, ton père ?

  • Non, il était malade. Il paraît que les Alzheimers sont tous différents les uns des autres. Le mien, plus le temps passait, plus il était perché. Une fois, au lieu d'éteindre le poste, il est venu me demander de dire aux gens de la télé qu'il était l'heure d'aller dormir. Par chance, on était tous deux fans de Harry Potter. »

A nouveau, un ange est passé . Finalement j'ai dit :

« A mon avis, J.K. Rowling, elle boit pas que du thé. »

Et voilà, preuve est faite : je connais un sorcier. Vous pouvez partir. Mais si vous décidiez de rester et de nous suivre encore un peu, je vous promet une pure aventure de oufs.

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