V

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Je suis dans une forêt.

Une neige épaisse recouvre le sol et les cimes des arbres, le ciel est gris et brumeux. Je ne connais pas cet endroit, je n’ai jamais vu de bois comme celui-ci. Quelques flocons caressent ma peau, mais, étrangement, je n’ai pas froid.

— Marche.

L’ordre vient de partout et de nulle part à la fois. Je reconnais cette voix féminine qui semble m’entourer comme un manteau. Une fois de plus, je m’exécute. Je n’ai même pas besoin de réfléchir à un itinéraire, il s’avère que mes pieds ont un esprit propre. J’ignore combien de temps s’écoule, il semble ne pas avoir d’emprise, ici.

Mes pas me mènent jusqu’à une clairière scintillante de poudreuse, où la poupée m’attend. Elle semble dans son élément. Quand j’arrive à sa hauteur, je me borne à lui demander où nous sommes.

— Dans mes rêves, répond-elle doucement.

Ses bras tendus embrassent le paysage tandis qu’elle tourbillonne sous la neige. Puis, essoufflée, elle s’arrête. Sa peau, sans doute sensible au froid, est rougie par endroits. Puisque je ne connais toujours pas son identité, je me décide à la surnommer Porcelaine.

— Je venais souvent ici, avant, reprend-elle. Ça s’est amorcé quand j’étais petite. Cet endroit m’obsédait, sans que je sache pourquoi. Si je ne dormais pas, je le dessinais. Petit à petit, il a commencé à changer.

À mesure qu’elle raconte son histoire, le paysage se modèle, comme soumis à son influence. La neige disparaît peu à peu, pour laisser place à une forêt verdoyante et un beau soleil d’été. Au loin, j’arrive à distinguer un groupe d’hommes, rassemblés devant ce qui ressemble à un complexe top secret. En une seconde, l’environnement change encore et se transforme en désert.

— J’ai mis du temps avant de comprendre qui j’étais. Qui tu es, toi aussi.

— Une Tisseuse.

La voix d’Ombre derrière moi me fait sursauter. Ma comparse, de son côté, semblait l’attendre. Quand il arrive à notre hauteur, je ne le reconnais pas. Il a troqué son costume sombre contre un long manteau dont la capuche cache son visage. On dirait qu’une brume l’accompagne et brouille son image. Je cligne plusieurs fois des yeux, mais l’illusion demeure.

— Tu es celle par qui le Chaos est arrivé, dit-il à la poupée avant de se tourner vers moi. Quant à toi, tu es celle par qui l’équilibre reviendra.

Porcelaine est contrariée. Son beau visage exprime une amertume que je ne comprends pas. En fait, je suis carrément paumée. Je me demande si je ne fais pas un bad trip.

— Ma mission est presque achevée, dit Ombre. Il n’en manque plus qu’un. Quand je l’aurai trouvé, je vous l’amènerai.

— Nous attendrons, répond Porcelaine.

Son sourire a totalement disparu.

Petit à petit, Ombre semble se dissoudre dans la brume qui l’entoure, jusqu’à s’effacer complètement. J’ai mal à la tête, j’ai l’impression qu’elle va exploser. Porcelaine pose ses mains sur mes épaules, ses grands yeux bleus accrochent les miens.

— Je ne peux pas te dire qui je suis, dit-elle, mais tu sauras où me trouver. Quand tu auras toutes tes réponses, rejoins-moi, Moerani.

Une pluie soudaine m’emporte. Je ne lutte pas. Je laisse faire et me condense avec elle.

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Chaque jour, un nouveau mot, et une explication.
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Pas simple comme exercice ! j'espère que vous serez convaincu(e)s par mes propositions =)
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Une jolie initiative non ?
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