Chapitre 48 : Le grand jour

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— Ah ! Vous voilà les jeunes, je vous cherchais, déclara Wain en les rejoignant au panorama. J’ai informé Zoobohz de la situation.

— Cela donne quoi pour la suite ? demanda Aniah. Ça fait plusieurs jours que vous échangiez.

— Zoobohz s’avérait en colère, mais comme jamais je l’avais vu auparavant, répondit Wain.

— Pourquoi ? continua-t-elle de questionner.

— À cause de la petite blague de Seneth et ses compagnons, répliqua Wain.

— Ah ! Oui… laissa échapper éhonté Seneth.

— Si ça peut te rassurer, il se trouve tout autant énervé contre vous que lui-même pour avoir été berné aussi facilement. En tout cas, maintenant je dois raisonner Whckl. Nous avons de la chance, il représente un allié précieux. Enfin, en ce moment, l’ensemble de la Liste Noire va se rendre au Royaume des Morts. À l’heure qu’il est, une partie d’entre eux se situait déjà sur les lieux, mené par un certain Arch.

— Et l’état des choses aux laboratoires, du nouveau ? interrogea Seneth.

— Ma foi, les générateurs semblent tenir la surcharge, notifia Wain. Les conditions avaient l’air stables. En parlant de ça, je dois vous laisser, le devoir m’appelle.

La Cité Céleste se déplaçait en direction du Royaume des Morts. Elle survolait l’île de Brâak.

— Nous jouissons d’une belle vue sur Zenfei d’ici, s’émerveilla Aniah.

— Oui, on aperçoit le stade Magnark, quel fabuleux édifice ! commenta Seneth. Je me demande ce qu’est en train de faire Seth en ce moment même.

À cet instant, Seth contemplait avec Whckl un autre match d’Arkball. Il s’y rendait chaque semaine, il développa une véritable passion pour ce sport. Il paraissait loin de se douter que ses parents se trouvaient juste au-dessus lui.

— Oh ! Et là, l’Opéra, pointa Aniah. Je suis sûre que Baryton doit y passer le plus clair de son temps.

— Il aurait tort de s’en priver, ajouta Seneth.

Depuis sa dernière conversation avec Glisa, Seysus se lança dans le théâtre. Baryton se donnait un mal fou pour créer une œuvre qui raviverait l’engouement du peuple pour l’art. Il souhaitait composer avec Seysus dans le premier rôle. Celui-ci s’entraînait sans relâche. Il semblait y prendre beaucoup de plaisir. Glisa avait l’air heureuse pour lui. Néanmoins, elle ne savait toujours pas dans quoi elle pourrait se lancer. À Woccid, elle adorait étudier la faune et la flore, mais dans un espace urbain, c’était tout autre chose.

— Alors, qu’as-tu choisi de devenir avec ton nouveau départ ? demanda Seysus.

— Je l’ignore encore, répondit-elle. J’ai le mal du pays.

— Tu sais, je connais cette cité comme ma poche, lança Seysus. Je peux sûrement t’aider à trouver quelque chose qui te satisfera.

— C’est gentil de ta part de proposer, mais je t’avoue que je me plais bien ici, avec mon frère.

— En tout cas, au besoin, n’hésite pas à me solliciter, confia Seysus.

À la Polyclinique, le docteur Bramanion suivait toujours l’état de santé de son dernier hospitalisé. Voilà déjà plusieurs années que celui-ci se trouvait plongé dans le coma. Mais pendant ce temps, la médecine avait beaucoup progressé. Aujourd’hui, l’équipe responsable de son cas commençait l’expérimentation d’un nouveau traitement. Les essais cliniques associés paraissaient probants. Le docteur Bramanion s’impatientait, il avait attendu tellement longtemps.

Draggar continuait de développer ses capacités de shamans. Son fantôme gardien détenait certainement des réponses à propos de la disparition de sa femme. Hélas, la tension spirituelle de son âme ne demeurait pas assez élevée pour contrôler complètement l’esprit de la bête. Son plus gros problème restait les combats. Pour pouvoir utiliser son spectre protecteur, la tension spirituelle du maître devait se montrer supérieure à celui-ci. Si cette condition n’était pas respectée, son âme serait totalement consumée. Au-delà de sa simple mort, cela amenait par voie de conséquence l’annihilation de son existence. S’il souhaitait mettre à profit la puissance de la Bête de Bovrag, il n’avait d’autre choix que d’augmenter sa tension spirituelle.

— Whckl, toi qui as fréquenté à Apex de grands shamans, tu sais quels types d’apprentissages ils suivaient ? demanda Draggar.

— D’autant que je m’en souvienne, ils participaient aux entraînements propres à leurs divisions au sein d’Apex. Mais en ce qui concerne des exercices spécifiques, non, je l’ignore, déclara-t-il. Enfin, peut-être. Beaucoup d’entre eux organisaient des excursions au Royaume des Morts. Nous disposons d’un avant-poste là-bas pour entreposer le patrimoine de la guilde.

— Hum, je vois ! Ça va être difficile pour moi de m’y rendre, constata Draggar.

— Même impossible ! s’exclama Whckl. Les Taurochs ne te laisseront pas passer.

Draggar se sentait bloqué. Les shamans de la Liste Noire aussi avaient décidé de s’entraîner dans cette région.

À force de travail, l’œuvre de Baryton prenait forme petit à petit. Glisa l’aidait à la mise en scène. Seysus semblait imprégné de son rôle.

— Préparer des affiches, la représentation pourra avoir lieu dans trois jours, informa Baryton.

— Votre père va être fier de vous, déclara le guide.

— J’espère que ma pièce se montrera à la hauteur des attentes des spectateurs, partagea-t-il.

Seysus se débrouillait très bien, mais il n’avait jamais joué devant un public. L’Opéra pouvait accueillir pas loin de deux mille personnes. Se trouverait-il prêt à se confronter à tous ces regards braqués sur lui ? Glisa veillait à ce qu’il reste serein face à la pression. Les Baum donnaient tout leur cœur à l’ouvrage assisté par l’ensemble de la famille de Seth. Ce dernier attirait les passants en leur distribuant des encarts pour le spectacle.

Depuis l’état d’alerte, l’Ordre de Mwrida n’avait pas remplacé Seysus. Le poste de Monseigneur demeurait toujours vacant. Les agents du Majestic 13 arpentaient anonymement les rues de chaque cité. Il n’en paraissait rien de l’extérieur, mais la cohésion interne de cette organisation périclitait. Elle manquait clairement d’un véritable meneur pour la diriger. À présent, elle ne semblait plus se cacher dans l’ombre par stratégie, mais par lâcheté. Était-ce là fin de la treizième chambre ?

À la Cité Céleste, les savants essayaient tant bien que mal de dissimuler leur anxiété. La situation ne présentait aucune amélioration. Il restait encore une semaine avant de rejoindre l’avant-poste. Navarre montrait de plus en plus de difficulté à supporter Gejda. Elle ne dépendait plus émotionnellement de lui désormais. La seule façon pour elle de demeurer sereine paraissait de l’éviter. Heureusement, il se trouvait occupé par le travail pour remarquer quoi que ce soit. Et justement, Gejda alla à la rencontre de Wain.

— Tu voulais me voir ? interrogea Wain.

— Oui, assieds-toi, affirma Gejda. L’autre jour, j’ai invité Seneth à passer une des épreuves des agents supérieurs. J’ai été agréablement surpris de découvrir à quel point il se montrait talentueux. Pourquoi m’as-tu demandé de ne pas l’envoyer en mission ?

— Parce qu’il demeure avant tout un savant, répondit Wain. C’est d’ailleurs grâce à son intelligence qu’il se trouve ici.

— Non, pas de soucis, je comprends. J’étais juste curieux, expliqua Gejda. Néanmoins, j’ai une tâche à te confier. À l’heure actuelle, nous survolons l’île de Brâak. Dans peu de temps, nous passerons au-dessus de Zenfei. J’ai besoin qu’Aniah, Seneth et toi réintégrassiez l’Y.

— Pourquoi cela ? s’enquit Wain.

— Depuis toutes ces années, nous n’avons pas effectué le balayage de l’excavation du dernier sarcophage, détailla-t-il. Aniah et Seneth s’en chargeront puisque l’unique témoin se situe à la Polyclinique où travaille leur père.

Avant de répondre, Wain voyait là l’occasion de rencontrer Whckl et calmer sa rancœur envers Zoobohz.

— Très bien, je vais les prévenir, informa-t-il.

— Tu es le meilleur ! Je lance les préparatifs pour votre départ. Présentez-vous à la zone de largage dans trois jours. J’espère qu’ils n’ont pas le vertige, plaisanta Gejda d’un ton farceur.

Wain quitta le bureau de Gejda et s’en alla rejoindre Aniah et Seneth. En sortant du bâtiment, il aperçut Navarre.

— Salut ! Comment ça se passe de ton côté ? questionna Wain.

— Bonjour ! Moi ? C’est plutôt calme depuis l’annonce du protocole autotomie. J’attends d’arriver à destination, répondit-elle.

— Parfait ! J’étais en train de discuter avec Gejda. Il m’envoie en mission avec les jeunes à Zenfei. Si nous parvenons à trouver un bon motif, tu pourrais te joindre à nous, proposa Wain.

— Je vais y réfléchir, déclara-t-elle déroutée. Merci Wain !

— Viens avec moi, je vais chez mes petits protégés.

— Oui, excellente idée.

L’Opéra de Zenfei attirait la curiosité des gens. Les affiches suscitaient un début d’engouement dans la ville. On pouvait entendre parler de la pièce à divers coins de rue. Baryton semblait sur la bonne voie.

— Bravo fiston ! lança Draggar debout devant la façade de l’Opéra.

— Merci papa ! Si tu savais ce que cela signifie pour moi, déclara Baryton.

— Oui, j’ai ressenti la même chose le soir de ma première représentation. Un rêve qui devient réalité, livra-t-il. J’aurais tellement aimé que ta mère y assiste à nos côtés.

— Elle nous regarde sûrement depuis là-haut, ajouta son fils.

— Tu as sans doute raison, se résigna Draggar.

— Cette pièce, je l’ai produite pour elle, révéla-t-il. Depuis que je suis tout petit, j’ai commencé à imaginer cette œuvre.

Glisa vint les chercher, l’heure des derniers préparatifs approchait. L’ultime répétition avant le grand moment arriva. Seysus semblait totalement à l’aise. Dans un sens, son passé de Monseigneur le prédisposait certainement à se trouver au cœur de l’attention. D’ailleurs, pour rompre avec sa vie d’avant, il avait dû adopter un nom de scène, car il paraissait différent physiquement, mais le prénom Seysus s’avérait très peu commun. Dorénavant, il portait le pseudonyme Yzeus. On le voyait en tête d’affiche. Sa couverture semblait intacte comme jusqu’ici personne n’avait observé d’actions de la part du Majestic 13 pour le capturer.

À la Cité Céleste, le départ pour Zenfei approchait. Aniah, Seneth et Wain préparaient leurs affaires. Ils se donnèrent rendez-vous à la plateforme de largage. Ils utiliseraient des voilures pour sauter vers la terre ferme pour leur permettre de contrôler leur descente. Cela leur évitait également de chuter de manière frénétique.

— Ah ! Vous voilà ! s’exclama Gejda. Aujourd’hui, vous allez vous entraîner à manipuler ces appareils que l’on appelle parachute. Vous ne l’avez pas remarqué, mais l’altitude à laquelle le siège vole diminue progressivement afin de limiter votre hauteur de plongeon. Bien, je vous laisse, amusez-vous.

Pendant le cours théorique, Navarre arriva avec un sac d’affaires.

— Ah ! Navarre, je vous attendais, annonça l’instructeur.

La formation dura la journée entière. Le soir, ils se réunirent à la terrasse de la place publique.

— Alors, tu viens avec nous ? interrogea Aniah.

— Oui ! J’ai réussi à convaincre Gejda, répondit Navarre.

— Mais comment ? demanda Seneth.

— Grâce à vous et votre coup d’éclat à l’Y avec l’enlèvement du Monseigneur, précisa-t-elle. J’ai proposé à Alendahl de remettre de l’ordre au Majestic 13. Après tout, en tant que responsable de la sécurité intérieure, je pense que cela rentre dans mon périmètre.

— Je suis si contente que tu te joignes à nous, exprima Aniah. Finalement, nous l’avons trouvé ce moyen pour quitter la Cité Céleste.

— J’ai tellement hâte de redécouvrir ma famille, partagea Navarre emplie d’émotion.

Le grand soir venait d’arriver. L’Opéra de Zenfei brillait de mille feux pour la première de la nouvelle représentation. Une foule s’amoncelait devant l’entrée de l’édifice. Draggar avait l’air de revivre les joies du passé. Glisa tenait la billetterie. Elle se trouvait secondée par les grands-parents de Seth pour vérifier la dénomination sur les tickets de la prévente.

Whckl se chargeait de la sécurité et essayait de maintenir toute cette cohue. Visiblement, il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde.

— Impressionnant ! La salle est déjà presque remplie, commenta Baryton. Comment te sens-tu ?

— Je dois avouer que je suis excité, répondit Seysus.

— Tant mieux ! J’y vais, amuse-toi sur scène, lança-t-il en partant.

Baryton vérifiait les moindres détails. Il ne voulait rien laisser au hasard.

— Votre nom, monsieur s’il vous plaît ? demanda Glisa.

— Zavilric, je vous prie.

Soudainement, une brutale explosion retentit. Les gens sortirent en trombe de l’Opéra tandis que ceux qui se trouvaient déjà dehors se tournaient vers le ciel pour observer des illuminations tel un feu d’artifice. Que s’était-il passé ? La foule céda à la panique à la vue d’une immense déflagration dont émanaient cinq sphères rayonnantes.

— Ils sont de retour, commenta Eldwarc.

La représentation commença et la foule se dissipa. Le soleil se couchait paisiblement sur la majestueuse île de Brâak.

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