Chapitre 35 : La croisée des chemins

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Whckl, Seysus, Seneth, Glisa, Baryton et Draggar se préparèrent pour embarquer en direction de Zenfei. Arch montait la garde afin de s’assurer que personne ne remarque leur présence. Ils s’en allèrent discrètement, portés par le courant du fleuve. Ils navigueraient sur l’océan de Bovrag pendant un peu plus d’une semaine. Draggar ayant déjà effectué le voyage à maintes reprises, l’équipage paraissait plutôt serein. Le pire qu’il pouvait se produire semblait que la bête féroce tentaculaire surgisse à nouveau des profondeurs et s’attaque à eux.

Whckl avait l’air frustré de ne pas avoir pu se venger jusqu’au bout. Il avait eu de nombreuses occasions, mais il demeurait un homme de parole, et pour la conserver, il devait s’en tenir au plan. Il prenait son mal en patience, une fois de plus. Néanmoins, à présent, il savait qu’il reverrait son ennemi, tôt ou tard.

Au domaine de Draggar, le réveil paraissait difficile pour la plupart des membres de la guilde. Arch se dirigeait vers l’infirmerie pour faire part à Zoobohz des nouvelles.

— Déjà debout, Chef ? clama Arch.

— Je te signale qu’il y en a qui travaille ici, mon cher, répliqua Zoobohz.

— Figure-toi que tu n’es pas le seul, ajouta Arch. Je connais enfin la date du rendez-vous entre nos chers ennemis.

Ils discutèrent un moment du pourquoi et du comment Arch avait réussi à obtenir cette information. Pendant leur conversation, Mélorya se réveilla. Elle semblait en totalement remise. Elle apprit la nouvelle à propos du lancement de l’assaut contre le Majestic 13. Elle suggéra à Zoobohz que prévenir les escouades de Hayoo et Beelzb paraissait impératif. Celui-ci partageait son avis, mais ne savait pas comment s’y prendre. Hayoo était parti sur le Continent Interdit. Le rejoindre avait l’air impossible, alors pour parvenir à lui transmettre l’information, ce n’était pas gagné. Toutefois, Beelzb, lui n’était pas allé très loin, la cordillère de Befnitz se trouvait qu’à quelques jours de marche du domaine. Mélorya proposa de s’y rendre avec son escouade pour lui apporter la nouvelle. Tout le monde savait qu’elle adorait taquiner ce pauvre Beelzb.

Avant de partir, Tzoyl tatoua Mélorya et son équipe dans la journée. Ne voyant aucune autre solution, Arch se porta volontaire pour rejoindre le Royaume des Morts. Zoobohz ne semblait pas partager son avis, mais à la vue de la situation, il n’avait d’autre choix que de s’y résoudre. Quelqu’un devait rester sur place pour protéger la guilde, et comme l’orbe de Veg’haral lui était lié, il se trouvait le mieux placer. Quant à l’escouade de Sadokon, elle ne demeurait pas encore prête à faire face à un voyage si périlleux.

— Je vais t’accompagner, déclara une voix au loin.

— Ah ! Je ne m’attendais pas à te voir, Tzoyl, annonça Zoobohz.

— Cette petite excursion m’intéresse grandement, expliqua celui-ci.

— Moi aussi, je veux en être, ajouta Mosz. J’ai entendu des rumeurs indiquer que les plantes qui poussent là-bas possèdent le goût de la mort. Je parie que je peux en tirer d’excellents breuvages.

— Et toi, Tzoyl, qu’est-ce que tu recherches ? demanda Arch.

— Eh bien, je le saurai quand je l’aurai trouvé, répondit-il.

— Vous pensiez vraiment partir sans moi ? interrogea Selivy. Tout comme notre cher Mosz, j’aimerais connaître quel genre de baume je suis en mesure de préparer.

— Bon, en voilà une belle équipe, commenta Zoobohz.

C’était avec un tatoueur, un bouilleur de cru et une apothicaire qu’Arch filait sur les traces de l’escouade de Hayoo. Un long et dangereux périple semblait les attendre. Dans l’Histoire d’Arnès, personne, en excluant Apex, n’était revenu du Continent Interdit. Le fait qu’on n’avait jamais non plus réussi à y pénétrer à cause des Taurochs qui préservaient ce lieu. Toutefois, nos quatre volontaires étaient partis déterminés.

Du côté du Briselame – le navire de Draggar –, on approchait de Zenfei. À bord, ils ignoraient la situation sur terre. Étant théoriquement pour la plupart considérés comme des hérétiques, courraient-ils un danger un fois débarqué ? Seul Seneth semblait anxieux. Seysus, lui, était devenu méconnaissable avec sa pilosité faciale qui n’avait cessé de pousser depuis l’exil. Glisa eut une idée étonnante. À l’inverse de son frère, elle pensait qu’il valait mieux lui tailler les poils. Après avoir été rasé de près par la lame de Draggar, Seneth paraissait effectivement totalement différent avec des cheveux aussi courts. Ils se trouvaient fins prêts à affronter la civilisation.

Le bateau accosta dans les docks. Ils ne cherchaient pas à se cacher bien au contraire, ils se devaient d’agir le plus normalement possible. Au sein de la foule, ils progressaient afin de rejoindre le bourg. Seneth se souvenait de son dernier passage ici, lors de l’exil sur les toits. Par souci de déterminer si lui et ses compagnons se trouvaient menacés, il retourna dans la taverne où, avec Arch et Seysus, ils s’étaient proposés de dynamiser l’ambiance. Nos six valeureux camarades prirent une grande table et demandèrent à boire pour douze. Une serveuse fort charmante vint leur porter leur commande. Quand celle-ci se tourna vers Seneth, elle resta intriguée un long moment.

— Ne nous serions nous pas déjà croisés auparavant ? questionna-t-elle d’une voix sucrée.

Après une intense réflexion, Seneth se souvint d’elle. Seysus l’avait assommée avec une bouteille lors de la bagarre.

— Vous devez me confondre avec quelqu’un d’autre, répondit-il gêné.

Malgré ce léger désagrément, il en avait le cœur net à présent, avec ses compagnons, ils ne craignaient rien. Ils passèrent le reste de la journée dans cet endroit à attendre le soir, et accessoirement s’enivrer. Sous le manteau de la nuit, Seneth menait la marche en direction de sa maison. Avant de s’en approcher, il demanda à ses amis de se diviser afin de vérifier si les lieux ne se trouvaient pas sous surveillance. Après avoir ratissé les environs, la voie avait l’air libre. Seneth frappa à la porte.

— Bonsoir, en quoi puis-je vous servir ? interrogea Aniah.

Surpris de constater que sa bien-aimée ne l’avait pas reconnu, il la prit dans ses bras et l’embrassa avec une vigoureuse passion. Après plusieurs mois de séparation, le désir paraissait très intense.

— Seneth ! Je ne m’attendais pas à te voir, annonça-t-elle émue.

— Je ne suis pas venu seul, lui apprit-il en désignant ses compagnons.

Ils entrèrent tous. Heureusement que la maison demeurait spacieuse et pouvait accueillir autant de personnes. Regrettablement pour lui, Seth dormait déjà. Son père alla lui donner un câlin, mais il n’en sut rien. En redescendant, Seneth fut surpris.

— Wain ! s’exclama-t-il en chuchotant.

— Seneth ! Mon ami, comment vas-tu ?

— Comment m’as-tu reconnu ? Même Aniah n’a pas été en mesure de m’identifier.

— Je suis quelqu’un de très visuel. J’oublie très rarement un visage, quel qu’il soit, précisa-t-il.

— Ah, je vois. Mais dis-moi, pourquoi te trouves-tu chez nous ?

— C’est Aniah qui m’a conduit ici après mon accident de travail. Et depuis, tout le monde veille sur moi.

Seneth comprit que c’était grâce à l’aide de son ancien collègue Wain que sa famille avait pu déterminer le prochain passage d’Apex à Zenfei.

Il rejoignit ses compagnons en bas pour dîner. Ils racontèrent leurs péripéties aux hôtes. La plus grande discussion eut lieu à propos du double jeu de Zoobohz. L’ennemi de notre ennemi était notre ami. C’était ainsi qu’il fallait voir les choses. Whckl suscitait beaucoup d’attention. Ce n’était pas tous les jours que l’on pouvait côtoyer un membre d’Apex. À la fin du repas, Aniah et ses parents semblaient confus. Ils avaient presque le sentiment que Zoobohz était le méchant et Apex les gentils. Aniah demanda à Seneth de proposer à Whckl s’il avait envie d’effectuer une promenade digestive avec eux. C’était une véritable aubaine que Whckl se trouvait présent, car elle avait annoncé que Seneth s’était retiré auprès de son lointain ami, dans la forêt de Nurwath, territoire des Xylors. Elle avait dans l’idée de préserver l’alibi qu’elle avait fourni aux personnels de l’Y afin d’expliquer l’absence de son mari. Ainsi, celui-ci pourrait parfaitement jouer le rôle de ce fameux ami. Ceci permettrait alors de corroborer l’histoire d’Aniah et lever les soupçons de trahison qui pourraient peser sur Seneth.

Fidèle à lui-même, Seneth voyait dans le prétexte de sa femme une occasion de réintégrer l’effectif de l’Y. À deux, ils seraient à même de découvrir plus de renseignements. Aniah ne partageait pas son avis, mais comme toujours, il pensait faire au mieux. Dès le lendemain, notre couple se rendit au laboratoire du Majestic 13. Tout le monde fut frappé d’étonnement à la vue de la réapparition de Seneth.

— Et bien, en voilà une honorable surprise ! s’exclama son directeur de thèse qui discutait avec la codirectrice de celle d’Aniah.

— Désolé pour mon départ impromptu, présenta Seneth.

— Allons, oublions cette histoire et rétablissons les choses là où elles se trouvaient, rétorqua son directeur.

— D’ailleurs, Aniah, en parlant de retour, comment se porte Wain ? demanda la codirectrice.

— Il apparaît en bonne forme. Mon père prévoit de lui donner sous peu son approbation pour qu’il puisse reprendre le travail, répondit-elle.

— En voilà une excellente annonce ! se réjouit-elle.

Une nouvelle fois, l’audace de Seneth s’était avérée payante. Mieux encore, les responsables avaient interprété son retour comme une preuve de loyauté, tant et si bien qu’on lui offrit la possibilité de rentamer des projets de recherches. Néanmoins, il ne lui proposa pas de poursuivre ceux sur lesquels il avait déjà commencé. Avec Aniah, leur potentiel intéressait énormément les chefs des laboratoires du Majestic 13. Ces derniers avaient besoin de savants pour développer des programmes secrets défenses. Cependant, un léger problème subsistait. Aniah et Seneth devaient présenter leurs travaux respectifs devant un jury de la Chambre de l’Éducation pour valider la fin de leurs études. Le Majestic 13 ne semblait pas assez fou pour diffuser des informations cruciales au reste du monde.

Ayant le bras long, le directeur de thèse joua de ses relations afin de contourner le système et forcer l’approbation des recherches d’Aniah et de Seneth, sans qu’ils aient à soumettre quoi que ce soit. Grâce à cette manipulation, notre couple ne devait plus rendre de comptes à personne, ce qui faisait les affaires du Majestic 13.

Personne n’aurait pu prédire un tel retournement de situation. Seneth ne l’aurait même pas imaginé dans un de ses plans les plus insensés. La chance paraissait se trouver à nouveau de leur côté. Et elle ne semblait pas s’arrêter là. Comme Aniah et Seneth demeuraient totalement libres de toutes contraintes, le Majestic 13 leur confia l’accès complet au site. Néanmoins, la contrepartie se révélait relativement gênante, ils avaient l’interdiction de quitter ce dernier, et ce n’était pas comme s’ils avaient le choix. Toutefois, par chance, encore une fois, ils n’allaient pas prendre leurs futures fonctions immédiatement. Pour travailler, toutes les équipes de savants disposaient d’un ou plusieurs assistants. Pour celle d’Aniah et Seneth, celui assigné n’était autre que Wain. Ceci expliquait pourquoi le Majestic 13 souhaitait tant son retour. Plus tôt il reviendrait, plus vite les recherches avanceraient. Ils bénéficiaient donc d’un peu de temps pour élaborer un nouveau plan.

De retour à la maison, Aniah et Seneth organisèrent un grand conseil afin de préparer la suite des opérations. Ils avaient l’occasion de découvrir l’intégralité des secrets du Majestic 13 et ainsi se faire une idée du dessein d’Apex. Mais quand bien même ils détenaient l’accès à toutes les informations dont ils avaient besoin, et sûrement davantage, le problème majeur restait que s’ils ne pouvaient pas les communiquer aux autres personnes du groupe. L’intérêt semblait relativement limité.

— Sauf si… j’ai peut-être la solution ! s’extasia Seneth.

Il monta à l’étage récupérer quelque chose dans sa chambre.

— On peut dire merci au Majestic 13, déclara-t-il. Ce sont des bandeaux révolutionnaires, ils permettent à leurs porteurs de dialoguer entre eux par la pensée, ils appellent ça la télépathie. Je savais qu’un jour ou l’autre, ces petits jouets allaient nous rendre un grand service. Et quoi de mieux qu’un objet créé par le Majestic 13 pour le Majestic 13 pour causer la perte du Majestic 13 ?

Heureusement, Seneth en avait dérobé une caisse entière pour fournir tout le monde.

Aniah, Seneth et Wain demeuraient fins prêts à infiltrer le plus profondément possible la treizième Chambre.

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