Chapitre 32 : Astronomie

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Sa journée terminée, Aniah quitta le travail pour rentrer à la maison. Elle avait reçu sa dose d’émotions fortes grâce à Ratouf, son nouvel assistant. Elle ne pouvait s’empêcher de penser à ce pauvre enfant enfermé quelque part dans une pièce de l’Y. Le fait de collaborer avec le Majestic 13, même de loin, lui donnait l’impression de paraître complice des malheurs de ce petit. Chaque fois qu’elle croisait un jeune, des images d’horreurs apparaissaient dans sa tête. Elle se hâta pour rejoindre son domicile afin de ne plus prêter attention à ceux qui l’entouraient.

À la maison, les parents d’Aniah continuaient de résoudre l’énigme indiquant la date à laquelle Apex se rendrait à l’Y. Ils essayaient d’utiliser des notions d’astrophysique, mais sans réel succès. D’une part, cette science demeurait très peu développée et de surcroît, ils ne maîtrisaient pas cette discipline. Qui plus est, ils n’arrivaient pas à saisir la signification de la phrase. Comment la nuit pouvait-elle prendre le pas sur le jour ? Cela semblait n’avoir aucun sens.

Alors que la mission se déroulait à merveille depuis le début, à présent, les parents commençaient à perdre ses illusions. Aniah parvint jusque chez elle. Le projet Neophoenix paraissait l’affecter énormément. En rentrant, Seth accourut pour la serrer dans ses bras. En le voyant, ses tourments avaient l’air de s’être dissipés. Elle semblait s’apaiser peu à peu. Elle se dirigea vers l’escalier pour rejoindre sa chambre puis prendre un bain relaxant. En passant dans le couloir, elle aperçut Wain, debout, face à la fenêtre de son lit.

— Hé ! on dirait que ça va mieux pour vous, déclara-t-elle en souriant.

— Ah, c’est vous, mademoiselle Aniah, vous venez de rentrer du travail ?

— Oui, ça a été une dure journée.

Aniah lui raconta que le Majestic 13 en avait après lui en réponse à son comportement qui avait mis en péril le projet Neophoenix. Elle lui avoua également qu’elle le soutenait totalement et qu’elle s’engageait même à apporter son aide à l’enfant, comme lui l’avait réalisé. Elle lui révéla toute l’affaire familiale ainsi que leur croisade contre le Majestic 13.

— Seneth, il est votre mari ? demanda Wain étonné. Je l’ai bien connu ce brave garçon. Je regrette mon attitude un peu ronchonne avec lui, mais le projet avec Mwrida me pesait énormément, vous savez.

— Il ne vous en veut pas, je vous l’assure. Mais dites-moi, comment se passaient vos entrevues avec les personnes qui venaient récupérer les résultats des travaux ?

— J’ai raconté ce que je connaissais à votre père, il pourra vous donner les informations dont vous avez besoin pour votre affaire. Mais nous pouvons en discuter plus tard.

— Ce sera avec plaisir. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps, j’irai échanger avec lui, mais avant, direction le bain, s’enthousiasma-t-elle.

Ravie par ce qu’elle venait d’entendre, elle descendit par la suite à la salle commune. Elle regardait ses parents, désemparés autour de la table. Ils effectuaient les cent pas.

— Eh bien, ça n’a pas l’air d’aller vous deux. Que vous arrive-t-il ? demanda Aniah.

— On approche du but, et pourtant, on est loin d’y aboutir, répondit son père.

— Ne t’inquiète pas mon chéri, ce sont nos nerfs qui lâchent. C’est frustrant de n’être à un rien de réussir la mission, confia la mère.

— Laissez-moi vous assister. En quoi puis-je vous servir ? ajouta-t-elle

— Wain a été d’une grande aide, révéla son père. Il est parvenu à se souvenir d’un détail crucial, une sorte d’énigme que son interlocuteur aimait dire en guise de salut.

— Pour trouver la date, il faut que nous arrivions à déterminer quand la nuit prend le pas sur le jour, expliqua sa mère.

Cette expression laissa perplexe Aniah.

— Sans réfléchir, cela nous renvoie à identifier les transitions entre le jour et la nuit. Et au risque de me tromper, cela se produit tous les jours. À partir de là, cela se montre difficile pour en isoler un en particulier, conclut Aniah.

— Et si justement, cela ne se déroulait pas tous les jours ? se demanda la mère.

— Comment ça ? Explique-toi, lança son mari.

— Un de mes anciens collègues enseignants était un Xylor qui voyageait autour du monde. Un jour, il m’a raconté ses souvenirs d’enfance à Sylfängel, la cité des Xylors. Parmi eux, une excursion qu’il effectua au nord du continent de Nurwath le stupéfia. À une certaine époque de l’année, les jours ou les nuits pouvaient durer la journée entière, ce qui rendait impossible l’observation de cette fameuse transition.

— Mais oui, bien sûr, l’axe de rotation d’Arnès, je n’y avais pas pensé. Nurwath est située dans les hautes latitudes ce qui explique pourquoi on remarque un changement plus prononcé là-bas qu’à Zenfei.

— Excusez-moi de paraître un peu simplet, mais en quoi cela règle-t-il notre problème ? s’enquit le père.

— Justement, cela nous indique dans quelle direction regarder. Dans le sens commun, le jour et la nuit s’opposent et sont donc implicitement considérés de périodes égales. Or, ce n’est pas vrai, la preuve en résulte les différentes saisons au cours de l’année. Si je devais traduire plus rigoureusement l’énigme, cela donnerait quelque chose comme : lorsque la nuit dure plus longtemps que le jour. Et ça, en science on sait fixer cette transition particulière que l’on nomme solstice. Entre les deux, c’est celui de l’hiver qui correspond à la nuit dominante. Et voilà, je crois que nous avons identifié la date ! s’extasia Aniah.

— Je ne veux pas paraître rabat-joie, mais l’hiver a déjà commencé depuis quelques semaines, précisa le père.

— Oh non ! Cela signifie que nous allons devoir attendre presque… un an ! s’emporta Aniah.

— Vois le bon côté des choses ! Cela laisse du temps à Arch et les garçons. Ils pourraient préparer ce qu’ils ont à effectuer, rassura la mère.

— Wain m’a indiqué que la récolte des données avait lieu deux fois par an. Cela peut vouloir dire que l’autre rencontre pourrait se dérouler en… été ?

— C’est possible, mais rien ne souligne qu’ils viennent précisément chaque semestre. Si ça se trouve, la prochaine visite se tiendra dans trois mois. Nous ne disposons d’aucun indice et si nous fournissons une fausse information à Arch, je n’ose imaginer les conséquences, confia la mère.

— Je partage l’avis de maman, nous sommes sûrs d’un jour, basons-nous là-dessus, quitte à patienter aussi longtemps.

Ils avaient réussi à déterminer la date à laquelle Arch et la Liste Noire pourraient attaquer le Majestic 13 et Apex. La mission de la famille était désormais terminée. Enfin, elle n’était pas encore achevée, ils devaient à présent transmettre la date à Arch.

Le lendemain, comme elle ne travaillait pas, Aniah suggéra à Wain de discuter tous ensemble du projet Neophoenix. Celui-ci raconta donc les faits qui se trouvaient à l’origine de sa venue chez eux. Les parents d’Aniah semblaient avoir du mal à croire à cette histoire. Leur fille appuya les propos de Wain avec des informations confidentielles qu’elle avait pu lire. Elle leur confirma aussi que les agents du Majestic 13 qui rôdaient autour de la maison n’essayaient pas de les surveiller. Ils devaient ramener Wain à l’Y, mort ou vif.

— Wain, est-ce que vous avez pu approcher l’enfant ? demanda Aniah.

— Hélas, oui. Les chercheurs avaient besoin de mon aide pour lui administrer un tranquillisant. Quand je l’ai côtoyé, il avait l’air extrêmement agressif.

— C’est exact, je l’ai lu dans un rapport que son comportement s’avérât très lunatique. Je n’ose imaginer ce qu’ils lui font endurer, ajouta Aniah.

Aniah profita de la situation pour faire part de son intention de sauver l’enfant. Celui-ci se trouvait entre les mains des scientifiques fous du Majestic 13. Elle ne pouvait supporter la situation.

— Je reconnais que cela peut paraître insensé, mais nous ne pouvons pas abandonner cette enfant. Enfin, je ne peux pas, confia Aniah.

— Nous savons que ton motif semble bon, mais j’ai peur que cela suffise pour faire face à ses renégats, décrit son père.

— Elle ne sera pas seule, annonça Wain, je l’accompagnerai.

— Mais comment allez-vous vous y prendre ? questionna le père. Si Wain met un pied dehors, qui connaît ce que lui réserveront les agents du M13.

— Nous avons encore environ un an devant nous pour y réfléchir, répondit Aniah. Et puis, peut-être que l’on peut aussi compter sur l’aide de la Liste Noire afin de nous assister à remplir cette quête.

— Nous devons expliquer à Arch le projet Neophoenix, lui seul pourra aviser les autres de la situation, indiqua le père.

— Très bien, je t’accompagnerai pour délivrer le message à Arch, clama Aniah.

— Soit, ajouta-t-il.

Aniah s’apprêtait donc à sortir avec son père. Ils allaient se rendre au Temple de Mwrida. Ils guettaient leurs arrières, car ils avaient peur que les agents du Majestic 13 ne les traquent. Le hasard effectuant bien les choses, les voilà qui rencontraient le directeur du laboratoire de transbiotique.

— Aniah, quelle douce et heureuse surprise de vous voir ! déclara-t-il trop amicalement.

— Ah ! Monsieur le Directeur, permettez-moi de vous présenter mon père, annonça Aniah.

— C’est donc vous que je dois remercier pour le suivi et la prise en charge des soins de mon collaborateur Wain, ajouta-t-il en lui tendant la main.

— Vous savez, je ne remplis que mon devoir, répliqua le père en la lui serrant.

— C’est grâce à des gens comme vous que Zenfei demeure si prestigieuse, complimenta-t-il. D’ailleurs, comment se porte ce cher Wain ?

— Il va mieux, il semble à nouveau conscient, mais encore affaibli psychologiquement.

— Oh ! C’est, somme tout, relatif, Wain ne produit pas une très grande activité intellectuelle. J’imagine que ce que vous percevez comme de la fatigue n’est que son état normal. En outre, s’est-il exprimé depuis son réveil ?

— Il n’a fait que répondre à mes questions, précisa le père.

— Intéressant, selon vous, ce qu’il dit peut-il être considéré comme cohérent compte tenu de sa santé ? interrogea le directeur.

— Pour le moment, je ne lui ai demandé que des indications basiques sur ce qu’il ressentait.

— Hum… je vois. Aniah, comme convenu, vous me tiendrez informé de tout ce qui s’avère en relation avec Wain.

— Très bien, Monsieur le Directeur, répliqua-t-elle.

Une fois le directeur parti, Aniah et son père reprirent la route en direction du Temple de Mwrida. Le Majestic 13 ne semblait pas les pister. Ils se mélangèrent à la foule pour pénétrer dans le bâtiment. Le père actionna le mécanisme du treizième pilier pour dévoiler l’accès au niveau inférieur. Aniah et celui-ci descendirent par les escaliers qui venaient d’apparaître pour rejoindre les catacombes. Ils jetèrent un dernier regard derrière eux pour détecter s’ils étaient suivis. Ils se situaient à présent dans les geôles. Ils progressèrent en longeant le couloir principal. Il les mena à la berge du fleuve souterrain. De l’autre côté du lit se localisait la tombe de la mère de Seneth. Cependant, près du ponton se trouvait habituellement une embarcation pour traverser. Le père scrutait les alentours et la vit amarrée sur la rive d’en face.

— Attention, reste sur tes gardes, j’ai l’impression que nous ne sommes pas seuls, chuchota le père d’Aniah.

Son intuition s’avérait exacte. Après quelques minutes d’attentes, un agent du Majestic 13 sortit du tombeau. Il fut suivi par deux sbires qui transportaient un sarcophage. Ils déposèrent leur trouvaille dans le bateau puis y montèrent. Ils ne revinrent pas du côté du fleuve où se cachaient Aniah et son père. Ils se laissèrent entraîner par le courant pour rejoindre plus loin l’Y.

— Que crois-tu qu’ils vont faire avec ce sarcophage ? s’enquit-il.

— Je n’en ai pas la moindre idée, mais j’ai le sentiment que ça va mal se terminer, confia Aniah.

En regardant sur le côté, le père aperçut une toute petite embarcation. Elle apparaissait suffisamment grande pour accueillir deux personnes. Sur la berge d’en face, ils se hâtèrent de rejoindre la sépulture de la femme d’Arch pour délivrer leur message à ce dernier.

— Mais dis-moi Papa, es-tu certain qu’il va recevoir notre annonce ? interrogea Aniah.

— Comment crois-tu que je l’aie contacté en premier lieu ? Quand je lui ai posé la même question qu’à toi, il m’a répondu : « Tu sais, les liens du mariage ne cessent pas nécessairement à cause de la mort. »

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