Chapitre 12 : Un nouvel allié

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Dans la famille, on s’efforçait par tous les moyens de trouver un plan afin de sauver Seneth de son châtiment. Toutes les solutions semblaient envisageables, même les plus improbables comme celle proposée par Seneth.

Le manque de recul paraissait la cause qui avait obscurci leur jugement. En effet, Arch et les parents d’Aniah savaient que la relation avec les Peymour ne relevait pas du hasard. Arch l’avait rappelé dans son récit.

S’il s’avérait proche de Reysus, c’était non seulement à cause du shamanisme, mais aussi de leurs femmes respectives qui demeuraient jumelles. Cela signifiait donc que Seneth et Seysus n’étaient pas simplement des amis, mais également des cousins.

— Qu’as-tu trouvé de si important, Aniah ? demanda Arch.

— J’ai repensé longuement à ton histoire et un détail m’a interpellée, confia Aniah. Les mères de Seneth et de Seysus étaient sœurs, n’est-ce pas ?

— Ah ! Je vois que tu as discuté avec ton père. Oui, c’est bien ça, confirma-t-il. Attends, mais c’est brillant ce que tu viens de mettre en avant.

— En exploitant son respect de la famille, on pourrait le rallier, suggéra Aniah.

— C’est ce à quoi je pensais. Seysus est le dernier des Peymour si l’on considère que son grand-père n’appartient plus réellement au vivant. De ce fait, nous sommes la seule famille qui lui reste. Certes, c’est un pari risqué que de jouer sur la corde sensible, mais cela semble, à mon humble avis, la solution la moins périlleuse, annonça Aniah.

Tout le monde avait l’air de partager son avis. Toutefois, une question demeurait en suspens.

— Est-ce qu’on doit mettre Seneth au courant ? interrogea Aniah dubitative.

— Ah, c’est délicat effectivement. Mais j’imagine que la logique voudrait qu’il l’apprenne, conclut brièvement le père.

— Je m’en charge, assura Arch. Je me trouve à l’origine de tout ceci après tout. Et puis, il souhaiterait certainement l’entendre de la bouche de son propre père.

Le moment tant redouté était enfin arrivé, Seneth allait découvrir l’identité de son père biologique. Mais pas seulement, il s’apercevrait également que Seysus demeurait bien plus qu’un ami.

En réalité, ils appartenaient à la même famille. Arch s’était porté volontaire pour tout lui dévoiler. Seneth et lui avaient déjà eu l’occasion d’aborder le sujet délicat de son adoption.

Il lui avait livré qu’il craignait sa rencontre avec son véritable père, si ce dernier se trouvait encore en vie.

Si Arch s’était proposé, c’était parce que Seneth n’avait confié cela qu’à lui. Ni ses parents ni sa compagne ne connaissaient son état d’esprit vis-à-vis de ses origines.

Seneth avait toujours été un enfant modèle. Il se sentait peut-être coupable de la séparation de sa famille biologique et il ne voulait pas en détruire une seconde.

La fin de la semaine était arrivée. Arch en profita pour passer du temps avec Seneth.

— Alors, ça avance ton enquête sur la couche 3 du Majestic 13 ? demanda Arch.

— Ah oui ! maintenant que tu en parles. J’ai discuté avec les deux techniciens simplets qui travaillent sur l’insufflation de vie avec le corps de Mwrida. Ils m’ont indiqué que parfois, des individus étranges en uniforme noir venaient collecter leurs résultats et inspecter l’expérience, rapporta Seneth.

— Attends, le Majestic 13 tente de ressusciter Mwrida ? s’enquit Arch stupéfait à la découverte du projet.

— Oui, sa dépouille reste sujette à des tests depuis plusieurs années, confirma Seneth.

— Ils ont récupéré son cadavre, très intéressant… marmonna-t-il. Dis-moi, tu as bien vu le corps dans sa totalité ?

— Tout à fait, pourquoi tu me demandes ça ? répondit son fils perplexe.

— Est-ce que la dépouille possédait encore ses bras ?

— À première vue oui, mais ils semblaient bizarres, comme des faux, explique-t-il.

— Ils détiennent donc son véritable corps. Mais ils n’arriveront jamais à la ranimer, son esprit ne s’avère pas suffisamment solidaire de son enveloppe charnelle. Ils doivent d’abord régler le problème de son taux d’hyloplasme trop bas. Enfin bref, là n’est pas le sujet, se reprit Arch.

— Tu t’es légèrement emporté, mais ce n’est pas bien grave, lança-t-il en souriant. J’annonçais donc que les deux simples d’esprit m’avaient indiqué que les potentiels membres de la troisième couche portaient des uniformes noirs.

— Avant de poursuivre l’élaboration du plan d’attaque, je dois te révéler quelque chose d’important.

— Ah ! Bon, bah… très bien, je t’écoute, déclara Seneth.

— C’est délicat à exprimer, et je ne suis pas un expert de ces choses-là.

— Pas besoin de prendre des gants et tourner autour du pot, quoi que tu aies à me confier, dis-le simplement, conseilla-t-il.

— Très bien, Seneth, je suis ton père.

Seneth resta stoïque.

— Hé ! réponds-moi, est-ce que ça va ?

La révélation d’Arch le plongea dans un mutisme soudain. Il continuait de marcher, mais ne laissait paraître aucune réaction à ce qu’il avait appris.

Ne voulant pas le brusquer, Arch mettait aussi un pied devant l’autre à ses côtés, calmement, en espérant une réplique de sa part.

Ils avancèrent pendant un long moment avant que Seneth ne s’arrête subitement. Il se tourna vers Arch et le serra fort dans ses bras. Il fondit en larmes.

— Doucement, gamin, je suis là, confia Arch. Ni toi ni moi n’avons l’air doués pour gérer nos sentiments. Avant que ta réserve lacrymale ne s’épuise, ça te dit que nous allions nous recueillir sur la tombe de ta mère ? proposa Arch. Elle me manque tellement si tu savais.

— Allons-y ! Papa. Ne t’inquiète pas, j’en ai mis de côté pour maman, lança-t-il en souriant.

Et c’est ensemble qu’ils se rendirent au Temple de Mwrida. Arch partagea avec lui quelques souvenirs qu’il avait d’elle.

Avec le temps, il avait développé ses compétences de shaman. Afin de donner à Seneth un aperçu de l’apparence qu’elle avait, il matérialisa dans le creux de sa main la dernière image qu’il avait d’elle.

Seneth put la contempler pour la première fois. Certes, ce n’était qu’un hologramme, mais pouvoir associer un visage à un nom lui procurait l’impression de mieux s’approprier les commémorations que son père lui racontait.

Arch allait remettre à nouveau les pieds dans le Temple de Mwrida depuis la fois où il avait enterré sa femme.

Ils avaient intérêt à se montrer prudents, car l’accès au tombeau s’effectuait en empruntant une zone contrôlée par le Majestic 13. Quoi qu’il en soit, ils allaient peut-être rencontrer ses membres.

Seneth faisait le guet pour qu’Arch puisse actionner le bouton du passage secret. La voie paraissait libre. Ils s’empressèrent de prendre les escaliers et de descendre au niveau inférieur.

Ils progressèrent au milieu des geôles pour atteindre le fleuve souterrain. Ils arrivèrent au tombeau. Ils n’avaient croisé personne sur leur chemin.

Ils se rendirent sur la sépulture de la mère.

— Si je suis votre fils à tous les deux, cela signifie que Seysus est celui de ton ami et de la sœur de maman. La logique impliquerait donc que lui et moi soyons des… cousins ? conclut-il.

— C’est exact, voilà la raison pour laquelle je préférais te le dire avant de définir un autre plan. Comme tu l’as vite compris, nous sommes la dernière famille de Seysus. De plus, en tant que Monseigneur, il serait un allié de poids, expliqua Arch.

— Mais jamais il n’acceptera de rejoindre notre cause, famille ou pas. C’est lui-même qui m’a appris l’existence du Majestic 13 en me disant qu’il dirigeait Arnès, rapporta Seneth.

— Et comment crois-tu qu’il réagira quand il saisira que nous luttons contre ceux qui ont assassiné ses parents ? De plus, ces mêmes personnes sont celles qui gouvernent réellement Arnès et lui n’est que leur pantin, énonça-t-il.

— Je vois que tu as déjà travaillé sur le sujet. Quand bien même on parviendrait à le rallier, comment l’approche-t-on ? demanda Seneth. Il n’est pas n’importe qui.

— C’est là, notre nouveau plan de bataille. Nous devons réussir à nous entretenir avec lui. Heureusement, nous disposons d’une invitation, partagea Arch.

— Ah oui ?

— Son grand-père. Si tu arrives à faire en sorte que son état de santé s’améliore, il sera forcément tenté de lui rendre visite. Ou alors nous le ravissons. Mais dans tous les cas, nous devons connaître ses moindres déplacements, expliqua Arch.

— Je pense que je viens d’avoir une idée pour l’attirer, annonça Seneth.

Ils finirent de se recueillir et partirent. Ils n’avaient toujours pas croisé un seul agent du Majestic 13. Ils n’allaient surtout pas s’en plaindre.

De retour à la maison, chacun se sentait enfin libre, débarrassé de ce secret qu’ils partageaient. La famille se trouvait presque au complet.

Il ne restait plus maintenant qu’à sauver le dernier membre, Seysus. L’opération semblait impossible, car il n’était pas n’importe qui. Il allait devoir choisir entre le pouvoir et l’honneur.

La semaine avait débuté et Seneth avait repris le travail. Il avait découvert un moyen d’attirer Seysus à lui. Mais afin de maximiser les chances de réussite, Arch se trouvait là pour procéder à l’enlèvement.

— Très bien, je pense avoir une idée qui pourrait nous aider à mettre au point une solution pour améliorer l’état de santé de Monseigneur Peymour. Je dois effectuer des prélèvements sur Seysus pour pratiquer des analyses. Comme ils appartiennent à la même famille, j’imagine qu’il pourrait s’avérer un élément clef pour nous faire avancer dans nos recherches, expliqua Seneth.

— Je vais donner de ce pas l’ordre de convoquer Monseigneur pour qu’il procède à une série de tests, confirma un laborantin.

L’appât était lancé, il ne restait plus qu’à savoir si Seysus allait mordre.

Le lendemain, on avait diffusé un communiqué annonçant la venue de Monseigneur dans le complexe. Seneth avait vu juste. Le plan pouvait commencer.

Il allait démarrer par de banals examens. Plus il en subirait, plus ça paraîtrait réel et sérieux. Il recevrait en dernier une prise de sang.

Seneth en profiterait pour lui injecter un anesthésiant afin de faciliter son extraction. Arch était dissimulé dans la même salle, prêt à procéder à l’enlèvement.

Il était déguisé en laborantin masqué pour l’occasion. La manœuvre de sortie consistait à s’évader par la grande porte.

Arch transporterait Seysus sur un brancard, emballé dans des draps. Seneth donnerait l’alerte en faisant croire qu’un employé – préalablement retenu en otage aussi – l’avait frappé puis avait ravi Seysus.

Ainsi, le temps que le Majestic 13 fouille le complexe, Arch aurait déjà pris la fuite avec Seysus.

Le plan s’était déroulé comme prévu. L’extraction n’avait rencontré aucun problème. La panique générée permit à Seneth de s’en aller comme si de rien n’était.

Le laborantin kidnappé se trouvait dans le Temple de Mwrida. Pour éviter qu’il ne se fasse exécuter par le Majestic 13, il était bâillonné et attaché afin de donner l’impression qu’il avait été enlevé – même si c’était réellement le cas – par des inconnus.

Seysus dormait à poings fermés dans la maison des parents d’Aniah. Seneth avait sûrement un peu forcé sur la dose d’anesthésiant.

Le soir, la famille – pour le coup au complet – attendait le réveil de Seysus.

— Dis donc, tu n’y es pas allé de main morte toi, déclara le père.

— Désolé de ne pas avoir été formé à la médecine, répondit Seneth en souriant. Attention, la belle s’éveille, annonça-t-il.

— Mais où suis-je ? demanda Seysus.

— Tu te trouves dans mon lit, répliqua Aniah.

— Accessoirement, c’est le mien aussi, mais je pense que ce n’est pas le propos, ajouta Seneth.

— Excuse-nous pour tout ça, mais nous devons te parler, signifia Aniah.

Ils lui racontèrent alors toute l’histoire à propos de la mort de ses parents, Apex, le Majestic 13, et qu’ils étaient sa dernière famille. Seysus resta enfermé dans la chambre plusieurs jours. À sa sortie, il semblait redevenu le jeune homme qu’il était avant de prendre le titre de Monseigneur. La vanité avait laissé place à l’humilité. Le pouvoir l’avait rendu différent.

Pour lui, la famille demeurait sacrée. Avoir de l’influence et des responsabilités était bien, mais ne disposer de personne avec qui les partager n’avait aucun sens pour lui. Il n’avait pas simplement rallié la cause, il avait rejoint sa famille.

— Tu sais, je regrette que nous ne soyons plus amis, confessa Seysus.

— En tout cas, moi, je saute de joie que nous soyons cousins, déclara Seneth.

Les deux acolytes avaient retrouvé leur complicité plus que jamais renforcée par ce nouveau lien indéfectible.

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