Chapitre 11 : Révélation

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Le récit qu’Arch raconta datait d’une vingtaine d’années, quelques jours environ avant la naissance de Seneth. Aniah avait beaucoup été intriguée par cette histoire. Ceci l’avait poussée à se rendre à la bibliothèque. Elle consultait les archives dans le but d’en apprendre davantage. Elle recoupait les informations par rapport aux faits et dires d’Arch.

Le meurtre de Reysus et sa femme devait être renseigné quelque part. Selon elle, cela avait dû représenter l’affaire du siècle : l’héritier de l’Ordre de Mwrida assassiné violemment avec sa compagne en plein jour, laissant leur nouveau-né orphelin.

Aniah parcourait les journaux un par un, mais étrangement, elle ne découvrit rien. Elle poursuivit ses recherches en s’intéressant particulièrement à Arch.

Comme ce dernier avait été déclaré hérétique, on était en mesure de retrouver le décret associé. Elle alla près du tableau des primes pour voir s’il s’y trouvait.

Même constat, absolument aucune trace d’un quelconque Arch. Aniah commençait à avoir des doutes quant à l’authenticité de l’histoire qu’il leur avait racontée.

Elle nourrissait le soupçon qu’il avait l’air d’un imposteur à la solde du Majestic 13 qui serait chargé de surveiller Seneth. Elle se devait de prévenir sa famille du mal qui les guettait. Elle partit de la bibliothèque comme une furie.

À la sortie, elle bouscula quelqu’un. Avec son faible gabarit, elle chuta et se retrouva les fesses à terre.

— Je suis extrêmement confuse, veuillez m’excuser, déclara Aniah.

— Ce n’est rien Aniah. Je ne faisais pas attention, répliqua l’individu.

— Vous savez qui je… Ah, tiens… Arch, c’est toi, ajouta-t-elle consternée.

— Qu’est-ce qui t’amène dans cette bonne vieille bibliothèque des familles ? demanda-t-il innocemment le sourire aux lèvres.

— Je… euh… dois y aller, bégaya-t-elle en se hâtant.

Aniah traversa une grande partie du centre-ville en courant. Malgré la fatigue, elle ne s’arrêta pas une seule fois. Elle rentra en trombe chez elle.

— Maman ! s’écria Aniah.

— Oui ma chérie, répondit-elle, par ici, je prépare à manger.

— Seth ? Mon cœur, je suis là ! continua-t-elle de vive voix.

— Chut ! Tu vas réveiller le pauvre petit. Tu peux au moins me dire ce qu’il se passe plutôt que de hurler comme une folle.

— C’est Arch, il n’est pas celui qu’on croit, confia-t-elle.

— Quoi ? Mais c’est impossible, je le reconnais, c’est lui, affirma sa mère.

— Non, tu te trompes. Je suis allée à la bibliothèque pour en apprendre plus sur son histoire. Bizarrement, je n’ai rien trouvé qui corrobore son récit fantastique. Aucune trace de lui dans les archives. Pas la moindre information sur le meurtre des héritiers, déclara-t-elle.

— Mais, ils sont bel et bien morts, n’est-ce pas ?

— Peut-être, mais en tout cas, Arch n’est pas lié à cette disparition. Je reste sûre que c’est un imposteur, un agent du Majestic 13 venu nous surveiller et nous réduire au silence si nécessaire.

— J’ai du mal à croire ce que tu me racontes, confessa sa mère.

— Si cet individu est Arch, comment papa a pu le contacter s’il est soi-disant un hérétique vivant au bout du monde ? questionna Aniah.

— Mais alors tu penses que ton père nous ment lui aussi ? interrogea-t-elle dubitative.

— Non, enfin, j’imagine, répondit Aniah confuse.

Plutôt que de céder à la panique, elles préférèrent rester à la maison et attendre le retour des hommes. En parlant d’Arch, le voilà qui rentrait, seul.

— Les autres ne t’accompagnent pas ? demanda son amie.

— Seneth doit se trouver encore au travail à cette heure-ci. Quant à ton mari, je ne l’ai pas vu depuis le petit-déjeuner, affirma-t-il.

— C’est étrange, il n’est pas du genre à s’éclipser comme ça, sans prévenir, confia Aniah.

Elles ne pouvaient s’empêcher d’effectuer le rapprochement entre le retour solitaire d’Arch et l’absence inhabituelle de son père.

L’atmosphère devint tendue au sein du foyer. Seth se réveilla et rejoignit le rez-de-chaussée. Lorsqu’il vit Arch, il se précipita dans ses bras.

Les femmes se regardèrent. Aniah l’attrapa dans son élan.

— Doucement, petit bonhomme ! Qu’est-ce qu’on a déjà dit ? On ne court pas dans le salon, déclara-t-elle.

Seneth n’allait plus tarder à rentrer. On n’avait toujours aucune nouvelle du maître de maison. Sa disparition devenait inquiétante. Seul Arch semblait ne pas y prêter attention.

— Bonsoir tout le monde ! salua Seneth.

— Hé gamin ! Comment vas-tu ? demanda Arch.

— Je suis exténué. J’ai passé la journée à inspecter le complexe, aucune information à propos de la couche 3 du Majestic 13, déclara-t-il.

— Elle apparaît encore plus secrète qu’une société secrète, plaisanta Arch. Plus sérieusement, j’ai développé une théorie à leur sujet : il s’agit d’une guilde au milieu. Elle aurait réussi à identifier et intercepter les échanges entre Apex et le Majestic 13. Par la suite, elle serait parvenue à s’instaurer comme intermédiaire entre les deux. Apex ne posséderait alors aucun lien direct avec le Majestic 13, préservant ainsi son anonymat. Et cette guilde occulte resterait inconnue auprès d’elle en répondant au nom du Majestic 13.

— Très intéressant, mais très difficile à vérifier, commenta Seneth.

— Dis, tu n’aurais pas vu Père, interrogea Aniah.

— Il doit être en train de dormir, suggéra-t-il.

Au même moment, certainement alléché par l’odeur de cuisson des aliments, le mystérieux fugueur apparut.

— Te voilà toi ! Où te cachais-tu ? lui hurla sa femme.

— Bah… je me reposais là-haut avec le petit, expliqua-t-il.

Arch arborait un large sourire à la vue de son ami.

Aniah n’en démordait pas pour autant, elle restait persuadée qu’il était un imposteur. Elle passa la majeure partie de la soirée à observer la moindre de ses mimiques en espérant trouver quelque chose de suspect.

Le lendemain, sa méfiance envers lui s’était amoindrie, mais subsistait toujours. Elle souhaitait discuter avec son père pour, dans le pire des cas, le mettre au courant de ses doutes.

— Papa, ça te dérange si l’on converse en privé ? c’est relativement important, demanda Aniah.

— Euh… oui, répondit-il, tu peux tout me dire, si je peux me montrer utile.

— Très bien, allons nous entretenir dans le jardin, ajouta-t-elle. Tu te souviens du récit d’Arch, n’est-ce pas ?

— Oui, tout à fait.

— Celui-ci m’avait captivée alors j’ai voulu en apprendre davantage. Je me suis rendue à la bibliothèque pour mener des recherches. Figure-toi que je n’ai absolument rien trouvé sur Arch, confia-t-elle. Aucun document ne le mentionnait, du coup, j’ai du mal à croire que cet homme semble réellement ce qu’il prétend être.

— Comment ça, tu penses qu’il est un… usurpateur ? Ah ah, alors celle-là c’est la meilleure, déclara-t-il en riant vivement. Hum ! pardon, se reprit-il en voyant le regard sérieux de sa fille, je me suis emporté.

— Oui, je sais que ça peut paraître fou, mais malheureusement il n’y a rien pour appuyer ses propos. Et puis, imagine, le futur Monseigneur assassiné avec sa femme, si cette information n’effectue pas plusieurs fois le tour d’Arnès c’est à ne plus rien y comprendre, expliqua Aniah.

— Tu as fouillé dans les archives de la Grande Bibliothèque de Zenfei ? demanda-t-il.

— Oui, j’ai même consulté le tableau des primes pour voir la liste des bannis, mais son nom n’y figurait pas. À présent, tu saisis mon scepticisme, confia-t-elle. Mais, je souhaiterais te poser une question. En supposant qu’il se montrerait honnête et que donc il est un hérétique, comment as-tu fait pour prendre contact avec lui ? s’enquit-elle.

— Ah… comment j’ai fait ? balbutia-t-il en se grattant le front.

— S’il te plaît, papa, si tu tiens à notre famille, dis-moi la vérité, je t’en supplie.

— Si je te la dévoile, il faudrait que… s’interrompit-il pour réfléchir.

— Que quoi ! Me réduises au silence ? déclara-t-elle nerveusement.

— Quoi ? Non, pas du tout ! Ne raconte pas de sottises, tu passes trop de temps à lire à la bibliothèque. Je voulais dire que c’est important que tu gardes ça pour toi. Cela doit rester secret, pour le moment, confessa-t-il.

C’est alors qu’il dévoila la vérité à sa fille. Les évènements s’étaient réellement produits, il y avait une vingtaine d’années de cela, à la suite du récit d’Arch.

— L’histoire qu’Arch nous a racontée s’avère malheureusement authentique. La raison pour laquelle tu ne trouves rien à la Grande Bibliothèque de Zenfei est que j’ai moi-même effacé toute trace de lui dans les archives, et partout ailleurs. Quand il m’avait dit qu’il devait fuir, cela ne pouvait signifier qu’une chose, l’Ordre de Mwrida en avait après lui. Seule l’hérésie pouvait mener quelqu’un à tout plaquer pour s’en aller. C’est alors que j’ai compris qu’il était fortement menacé et a fortiori nous aussi. Arch devait ne plus exister si je voulais que notre famille reste en sécurité, expliqua-t-il.

— Quel lien possède-t-il avec nous pour que tu doives à tout prix le protéger ? demanda Aniah.

— Arch et moi paraissions comme des frères, prêts à donner notre vie pour l’autre. Dans son récit, il raconte avoir fui Zenfei avec sa femme. Mais il a omis de dire une chose : elle se trouvait enceinte depuis déjà plusieurs mois.

« Les évènements avaient beaucoup affecté son état de santé. Si Arch était revenu à Zenfei, c’était pour me demander d’aider sa compagne qui semblait mourante. J’étais le seul qu’il connaissait avec des compétences en médecine avancée.

« J’ai tout essayé, mais sans véritables moyens hospitaliers, je n’ai pu sauver que leur fils. Il portait le corps de sa femme sur ses épaules et son bébé dans un bras. Nous retournions chez moi. C’était à ce moment-là qu’il me délégua la tâche de prendre soin de son enfant. Avant de disparaître dans la nature, il m’avait dit que si je cherchais à le joindre, je n’avais qu’à me rendre dans le tombeau, au Temple de Mwrida. Là-bas se trouvait dans un des sarcophages le corps de sa femme. Il l’avait confié à Mwrida pour qu’elle veille dessus.

« J’imagine que c’est grâce à elle que j’ai pu entrer en contact avec Arch. Elle doit, en quelque sorte, lui servir de médiateur. Même si moi, je ne la perçois pas, elle en revanche peut m’écouter. Probablement au moyen de techniques spirituelles, le message semble alors retransmis jusqu’à lui, supposa-t-il.

— Attends, je récapitule, si j’ai bien compris, Arch t’aurait confié son bébé, son fils. Tu es en train de me dire qu’il est le père biologique de Seneth, conclut-elle.

— Je l’ai adopté et traité comme mon propre enfant, car Arch me l’a demandé.

— Et dire que je pensais que c’était un agent du Majestic 13, que je parais bête. Ça justifie alors l’attachement de Seth, il a dû sentir quelque part qu’il existait un lien entre eux. Je n’arrive pas à le croire, livra-t-elle.

— Mais rappelle-toi, tu ne dois rien dire à Seneth. Du moins pas tant que lui et Arch aient exécuté leur opération. Nous connaissons très bien son rêve de découvrir ses véritables parents, mais ceci risquerait de le perturber et je ne veux pas d’aléas dans leur affaire, expliqua-t-il.

— Je comprends parfaitement, papa, affirma-t-elle en le prenant dans ses bras. Merci de me faire confiance. Pendant que nous discutons davantage de cela, j’aimerais te demander, tu pourrais m’accompagner à la tombe de la femme d’Arch ?

— Oui, bien sûr ! Cela serait un honneur ! Toutefois, je ne sais pas si son esprit demeure encore présent, mais nous pourrons toujours remercier Mwrida pour son aide précieuse. Elle est un peu l’ange gardien de la famille.

Soulagée d’apprendre la vérité, Aniah alla voir sa mère afin de la rassurer. Tout danger était écarté. Malgré tout, elle culpabilisait d’avoir douté de la confiance de ses parents et surtout, de remettre en cause l’honnêteté d’un homme qui menait une vie d’hérétique.

L’ambiance chaleureuse revint au sein de cette famille. À l’instar de son fils, Aniah appréciait à présent la compagnie d’Arch. Sa méfiance était devenue de l’histoire ancienne. Son respect envers lui paraissait immense.

Elle commençait à se sentir fière de partager un bout de son existence, et qu’il soit le grand-père de Seth. À force de l’observer, elle remarqua des traits communs avec Seneth.

Elle aurait également aimé connaître la femme d’Arch, sa belle-mère. Alors qu’elle pensait à l’arbre généalogique de sa famille, elle réalisa subitement quelque chose d’une importance capitale.

Elle s’empressa de trouver Arch et son père afin de leur en faire part.

— Je sais comment renverser le Majestic 13 ! s’exclama-t-elle.

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