Chapitre 8 : Réunion de famille

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L’état de santé du grand-père de Seysus restait stationnaire depuis déjà plusieurs mois. La première bonne nouvelle semblait que l’hypothèse de Seneth paraissait valide, les rémanences s’avéraient une excellente source d’hyloplasme.

Ceci avait écarté son risque de condamnation. Mais le travail était à moitié réalisé. Le stabiliser n’était qu’une première phase dans le processus de réanimation. Maintenant, son taux d’hyloplasme devait remonter pour que son esprit réintègre intégralement son corps.

La seconde, qui découlait de la première, montrait que les rémanences avaient la capacité de restaurer localement la régénération d’hyloplasme. À la suite de ces observations, Seneth demanda à son équipe d’effectuer des greffes toutes les semaines sur l’ensemble du squelette.

Avec la réserve dont ils disposaient, réaliser la transplantation de sa totalité requerrait beaucoup de temps. Seneth venait de s’offrir pratiquement quatre années de sûreté.

Il avait largement le temps d’étudier le Majestic 13 de l’intérieur. Il avançait également sur les préparatifs du double braquage.

Il commençait à s’immiscer dans le département de recherches militaires. Son objectif s’avérait d’établir l’état de l’art des systèmes défensifs et surtout, trouver de l’équipement pour l’opération baptisée « Illumination ».

Les artéfacts avaient considérablement changé le monde de l’armée. Ils avaient permis entre autres l’utilisation de moyen de communication à longue distance. C’était une véritable révolution sur le plan tactique.

Évidemment, seules les troupes du Majestic 13 possédaient une telle technologie. Il était primordial que Seneth puisse mettre la main sur ces équipements.

Comme lui et ses partenaires allaient se voir séparer de près de la moitié de la ville, s’exprimer au sein de l’équipe paraissait plus que sportif. Ces fourniments leur seraient d’une aide cruciale.

La mère de Seneth quant à elle s’occupait de réaliser l’état des lieux au Temple de Mwrida. La première difficulté rencontrée demeurait la fréquentation. Le bâtiment étant ouvert en permanence, les gens venaient se recueillir à toute heure.

Elle avait essayé d’effectuer des relevés statistiques pour déterminer les possibles heures creuses, mais en vain. Elle avait estimé qu’en moyenne, dans le meilleur des cas, il y avait environ une douzaine de personnes sur place à chaque instant.

Une bonne nouvelle semblait que l’Ordre de Mwrida n’avait instauré aucun système de sécurité. Elle n’avait jamais remarqué la présence de quelconques gardes.

La mauvaise paraissait que la majorité des visiteurs venaient voir le corps de Mwrida. Comment alors subtiliser quelque chose devant les yeux des gens ?

Il existait forcément un moyen d’y parvenir. Tandis qu’elle continuait d’établir le plan du temple, elle trébucha et heurta un pilier en essayant de se rattraper.

Ses mains avaient activé une sorte de mécanisme. Une partie du sol se déroba faisant apparaître un escalier. Elle inspecta ce fameux pilier et y remarqua une plaque gravée : « Majestic 13 ».

D’après l’architecture de la pièce, en tournant dans le sens horaire, celui-ci constituait le treizième des vingt-quatre de la structure du bâtiment à partir de l’entrée.

Elle le mentionna donc sur son plan. N’étant pas une aventurière, elle n’emprunta pas le passage secret. Elle préférait que ce soit Seneth ou son mari qui examine le niveau inférieur.

Seth se trouvait avec son grand-père à la maison. Alors que ce dernier préparait du matériel pour aller se promener en forêt, quelqu’un frappa à la porte. Il descendit voir qui c’était.

— Bonjour, en quoi puis-je vous servir ?

— C’est plutôt à moi de vous demander ça, répondit l’inconnu.

— Ce n’est pas vrai ! C’est bien toi ? s’étonna-t-il.

— Eh oui ! C’est moi ! Bien vu ! Je pensais que c’était toi, mais non ! c’est moi ! expliqua son ami.

— Tu ne restes toujours pas marrant pour changer, se moqua-t-il. Allez ! Entre, et installe-toi.

— Salut p’tit bonhomme, je m’appelle Arch. Et toi, comment tu t’appelles ?

— Moi je m’appelle Seth monsieur Arch, réagit-il tout fier.

— Tiens, bois ça ! Ça te rendra peut-être moins bête, lança-t-il à son ami. Ah, oui ! Pendant que j’y pense, lui c’est ton petit-fils.

— Quoi ! manqua Arch de s’étouffer avec son breuvage. C’est pour ça que tu m’as fait venir ?

— Ah ! non, aucun rapport. Si tu te trouves ici, c’est parce que ton garçon a de gros ennuis.

— Ne me dis pas que…

— Hélas ! J’en ai bien peur. Malheureusement, le fils de Reysus, Seysus, s’avère son meilleur ami. C’était une question de temps avant qu’il ne fasse partie de leurs rangs. Mais pour l’instant, d’après Seneth, il n’y a rien à craindre, en théorie. Si tu es là, c’est parce qu’il possède un plan pour essayer de faire tomber le Majestic 13. Il nécessitait l’aide de quelqu’un de confiance. Et qui mieux que son père pour ça, plaisanta-t-il en lui donnant un coup sur l’épaule.

— Je pensais qu’en te le laissant, il serait du genre faible et assisté. Mais je dois avouer que je me suis trompé, se réjouit Arch. Trêve de balivernes, je ne pourrais jamais assez te remercier pour ce que tu as accompli pour moi et Seneth.

— N’oublie pas le petit Seth, annonça-t-il en le prenant dans ses bras.

— Évidemment ! Cependant, j’aimerais que nous gardions tout cela secret. Je veux dire au moins pendant toute la durée de son opération.

Une fois la balade en forêt terminée, nos deux amis fêtèrent leurs retrouvailles ainsi qu’un tas d’autres choses.

Afin d’éviter tout débordement de sentiments, ils préférèrent cacher ce qu’ils ressentaient même s’ils ne semblaient pas très forts à ce jeu-là.

Arch en profita pour faire connaissance avec son petit-fils. Seth appréciait énormément cet étrange monsieur. Il ignorait qu’il était son grand-père paternel.

Arch n’avait par ailleurs pas pu être un père pour Seneth. Le voir s’amuser avec Seth c’était comme s’il saisissait une seconde chance d’être un bon parent.

Ne pas avoir été un bon père ne devait pas l’empêcher d’être un bon grand-père. Le temps qu’il n’avait pas pu partager avec Seneth, il souhaitait l’offrir à Seth. Du moins, en partie, il ne pourrait pas rester aussi durablement qu’il le désirait à leurs côtés.

Aniah rentra à la maison en compagnie de sa mère.

— Arch ! C’est bien toi ? s’exclama la mère d’Aniah.

— Évite ! ajouta le père d’Aniah.

— C’est bien moi, répliqua-t-il déçu.

— Vous vous connaissez ? demanda Aniah.

— C’est ! Comment expliquer ? Une longue histoire, ma chérie, répondit la mère.

— Maman ! s’écria Seth.

— Ah, vous êtes donc la femme de Seneth si je ne m’abuse, déclara Arch.

— Oui, c’est bien elle, confirma le père d’Aniah.

— Tu es en train de me dire que ta fille et mon f.. euh, Seneth sont ensemble ? interrogea Arch.

— Ça vous pose un problème ? s’emporta Aniah.

— Non ! Pas du tout, ma chérie, répliqua aussitôt son père. Il est juste surpris que toi et ton frère adoptif, enfin, voilà.

— Veuillez me pardonner si je vous ai offensée, confessa Arch.

— Il est drôle le monsieur, ria Seth.

— Tu es bien le seul à le penser, mon petit, compatit le père d’Aniah.

Après ce début de réunion de famille, Arch sortit se changer les idées en ville. Il souhaitait s’assurer que l’endroit demeurait sûr. Il ne fallait pas que l’on apprenne sa présence.

Par chance, la maison était située dans un quartier très fréquenté, il pouvait se fondre dans la masse en cas de problème pour s’échapper.

Pendant son absence, Seneth était rentré. Son père – adoptif – lui annonça que le membre manquant de l’équipe se trouvait en ville. Il pouvait organiser sa réunion ce soir s’il le désirait.

Il alla donner un baiser à Seth et poursuivit dans son bureau. Il avait conscience qu’il mettait la vie de ceux qu’il aimait en jeu. Il ne voulait rien laisser au hasard.

Il prenait soin de compiler toutes les informations sur un tableau. Il essayait d’assigner un rôle précis à chacun. La préparation du plan progressait.

Arch avait fini de repérer les alentours. Tout semblait sûr. Il apprit que Seneth était rentré. Subitement, son attitude changea. Il donnait l’impression d’être apeuré.

— Ça ne va pas Arch ? demanda son ami.

— J’ai comme la sensation que je vais imploser. Je ne sais pas comment réagir quand je le verrai, confia-t-il.

— Essaye de t’imaginer que c’est simplement quelqu’un qui a besoin de tes services.

— Mais s’il ne m’aime pas, qu’il ne veut pas de moi dans l’équipe ?

— Ça n’arrivera pas, tu es de loin le meilleur, je te l’assure.

L’heure du repas approchait. Tout le monde se mit à table. Seneth descendit et salua Arch. Ce dernier tentait tant bien que mal de dissimuler son malaise. Cela semblait fonctionner pour le moment.

— Alors, Papa, raconte-moi comment vous vous êtes connus, demanda Seneth.

— Ah eh bien… Aïe, fit Arch en recevant un coup de pied de la part de son ami. Oui, explique-lui notre rencontre.

— Je ne sais même plus si je m’en souviens. D’aussi loin que je me rappelle, nous nous montrions toujours ensemble. Il est le frère que je n’ai jamais eu. Toutes les bêtises que j’ai réalisées, vous pouvez être sûrs qu’il s’avouait mon complice. Il ne m’a jamais laissé tomber alors qu’il demeurait ami avec le célèbre Reysus, raconta-t-il.

— Reysus ? Le père de Seysus ? questionna Seneth.

— Oui, il était un de mes meilleurs amis avec ton père, répondit Arch.

— C’est quand même étrange qu’en plus de vingt ans, nous ne nous soyons jamais rencontrés, pensa Seneth.

— Tu sais, parfois la vie nous réserve de nombreuses surprises, ajouta la mère embarrassée.

— Tous les trois, vous vous connaissez a priori ?

— Affirmatif ! quand j’ai fréquenté votre père, nous nous trouvions tous dans la même classe avant l’université, rapporta-t-elle.

— Je vais arrêter de vous harceler avec mon interrogatoire. Je pense que notre équipe paraît au complet, déclara Seneth.

Ils finirent de manger tranquillement. Arch s’était finalement détendu. Seneth souhaitait avant tout que chacun se fasse confiance et devienne solidaire, telle une famille.

Il leur annonça donc qu’ils pouvaient entreprendre ce qu’ils voulaient ce soir. Ils parleraient de l’opération une autre fois.

Seneth partit coucher Seth. Il désirait passer une nuit en amoureux avec Aniah. En sortant de la chambre de son fils, il entendit la porte d’entrée claquer.

Il alla voir. Il aperçut Arch sur le porche.

— Alors, vous avez prévu quoi, si je peux me permettre, demanda Seneth.

— Oh, rien de spécial. Je pensais à une petite promenade digestive, puis aller me coucher, histoire de récupérer de mon voyage, expliqua Arch.

Seneth saisit donc l’occasion d’en apprendre plus sur son nouvel équipier.

— Ah, c’est parfait, on pourrait se balader ensemble ?

— Euh… oui, pourquoi pas ? répondit-il de manière hésitante.

— C’est quand même étrange, je ne me rappelle pas vous avoir déjà rencontré et pourtant j’ai l’impression que vous me semblez familier. Ça me trouble. Et je dois dire que je ne suis pas très doué d’un point de vue social, confia Seneth. Je ne sais même pas pourquoi je vous raconte ça.

— Pas de problème, je dois avouer que je paraissais aussi légèrement anxieux de vous connaître, déclara-t-il.

— Ah, pourquoi cela ? Et puis après tout, vous fréquentiez déjà mes parents.

— Oui, c’est ça, tes… parents. Mais si je ne me trompe pas, Aniah n’est pas ta sœur ? questionna Arch.

— Génétiquement parlant, non, elle n’est pas ma sœur. Mais j’ai été adopté donc en quelque sorte, elle est l’un peu. À vrai dire, Aniah est aussi à la fois ma meilleure amie et mon amante. C’est la personne qui me connaît le mieux, même plus que moi-même.

— Et tes parents biologiques, qu’est-ce qu’ils deviennent à présent ? Sans être trop indiscret.

— Non, ça ne l’est pas, rassurez-vous. Ma mère est morte quelques instants après ma naissance et mon père je ne sais pas s’il se trouve toujours en vie.

— Et tu souhaiterais le connaître un jour ? demanda Arch.

— La question que je me pose sans cesse reste : est-ce qu’il serait prêt à me rencontrer ? Dans un sens, je suis celui qui a tué l’amour de sa vie, ma mère. Je ne lui en voudrais pas s’il ne désirait pas me revoir. Parfois, j’ai moi-même du mal à me regarder en face. Me dire que si je n’existais pas, elle serait peut-être en train de sourire en ce moment même, avoua Seneth.

— À mon humble avis, tu te trompes. Un père ne refuserait jamais de rencontrer son enfant.

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