Chapitre 7 : Nouveau programme

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La situation n’évoluait pas. Seneth et son équipe étaient toujours confrontés au même problème à savoir trouver comment stabiliser le taux d’hyloplasme du Monseigneur.

Seneth proposa à ses collègues de prendre du recul. Il pensait que des détails pouvaient leur échapper. La motivation du groupe déclinait un peu plus à chaque échec.

Seneth prospecta les divers laboratoires dans l'espoir d'y découvrir une solution. De plus, les plantes médicinales commençant à ne pratiquement plus produire d’effets, il devait présenter un autre procédé afin de gagner du temps.

Il profita de sa visite pour essayer de trouver un moyen de compromettre le Majestic 13. Quand bien même il dénicherait quelque chose, comment allait-il en apporter la preuve au monde entier ?

Soudain, il aperçut deux savants sortir par une porte dissimulée. Il n’hésita pas une seconde et l’emprunta. Elle donnait accès à un niveau inférieur dont il ignorait l’existence.

Ce qu’il vit le tétanisa. Si ses yeux ne lui jouaient pas des tours, le corps allongé sur la table d’opération était celui de… Mwrida.

Mais que manigançaient-ils avec ? Brutalement, un puissant flash lumineux emplit la salle. Puis plusieurs s’enchaînèrent. Ces derniers n’avaient pas l’air réguliers, mais plutôt aléatoires, il en conclut qu’un dispositif captait la foudre pour ensuite la décharger dans la dépouille de Mwrida.

Cela s’apparentait à de la résurrection. Son enveloppe charnelle demeurait la rémanence parfaite, une âme entière dans un corps presque complet, les bras paraissaient artificiels.

Il ne lui manquait que l’énergie vitale pour ressusciter. Et c’était exactement ce qu’ils essayaient de lui apporter.

La puissance d’un éclair semblait la plus grande manifestation d’énergie que l’on puisse trouver à l’état naturel. Réaliser une conversion d’énergie électrique en énergie vitale ne représentait pas l’aspect le plus difficile de l’opération. La question restait de connaître quelle quantité s’avérait nécessaire pour revivifier une personne.

Selon certains scientifiques, le corps se comporterait comme un condensateur. On devait le charger complètement pour espérer des résultats. Une fois cela effectué, celui-ci pouvait fonctionner en parfaite autonomie.

Seneth se demandait depuis quand ils essayaient de la ranimer. Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir.

— Salut les gars ! Alors ! comment ça se passe ici ? interrogea-t-il.

— Hé ! Bah… rien de spécial, comme d’habitude, répondit un des opérateurs.

— Eh bien ! depuis le temps, vous avez du courage, déclara Seneth.

— Je n’ai pas vraiment à me plaindre, je suis nouveau. Va dire ça à Wain qui semble là depuis toujours, se moqua le plus jeune.

— Qu’est-ce qu’il a, Wain ? clama-t-il.

— Rien de grave, nous nous demandions si tu te rappelais depuis combien d’années tu bosses ici, suggéra Seneth.

— Ah ! Si ce n’est que ça ! Je pense une bonne dizaine. J’étais tout seul à l’époque, je devais tout effectuer moi-même, répondit-il.

Seneth n’en revenait pas, ces deux-là ne semblaient que de simples techniciens. Son bluff avait marché parfaitement.

Soudain, un éclair de génie le traversa. Il avait découvert le moyen de mettre en porte-à-faux le Majestic 13. Si le corps de Mwrida se trouvait ici, alors à qui appartenait celui exposé dans le temple ? Sans nul doute, il s’agissait d’une réplique. Il se hâta de retourner à son poste avant d’éveiller les soupçons.

De retour au laboratoire transbiotique, une personne l’attendait.

— Excusez-moi, vous êtes bien monsieur Seneth Garlan ? questionna cette mystérieuse personne.

— C’est exact, c’est bien moi. Que puis-je pour vous servir ?

— Je vous demanderais de bien vouloir me suivre, monsieur, votre femme est actuellement en train d’accoucher à la maternité du Temple. Elle a souhaité votre présence.

— Très bien alors, faisons vite.

C’est lancé à vive allure que le carrosse fonçait droit en direction de la maternité. L’homme venu chercher Seneth était un expert de la conduite de ce type de coche. Une course effrénée se déroulait dans la ville.

L’objectif paraissait maintenant visible. Seneth descendit du véhicule et se hâta à l’intérieur. On l’emmena dans la chambre où Aniah était en train d’accoucher. Quand il entra dans la pièce, sa compagne tenait dans ses bras un adorable petit garçon.

Seneth fondit en larmes. Le personnel commença à quitter les lieux pour leur offrir un moment d’intimité.

— J’ai fait aussi vite que je pouvais, dit-il essoufflé.

— Tu es là, c’est l’essentiel. Et de toute façon, tu te serais évanoui, se moqua-t-elle.

— Ce n’est pas aimable ça, s’indigna-t-il en esquissant un sourire. C’est incroyable de le voir. J’ai du mal à réaliser.

— Ne t’inquiète pas, si la majorité des gens réussissent à élever des enfants alors pourquoi n’y parviendrons-nous pas ? interrogea-t-elle.

— Tu lui as déjà donné un prénom ?

— Non, le petit a décidé de sortir sans prévenir. Si tu as des suggestions, partage-les.

— Je n’ai aucune idée. Je n’arrive pas à réfléchir là, ajouta-t-il embarrassé.

— Très bien, faisons simple. Comme c’est un garçon, il va porter le même prénom que toi, enfin presque, je le trouve trop long le tien.

— J’ai compris. Allez Seth ! viens dans mes bras.

Aniah et Seth restèrent quelques jours de plus à la maternité pour s’assurer de leur bon état santé. Seneth était parti préparer la chambre pour accueillir le nouvel arrivant.

— Alors, comme ça, j’ai un petit-fils ?

— Oui Papa. J’espère qu’il se montrera plus gentil que moi à cet âge, blagua-t-il.

— De toute façon, je suis prêt à faire face à n’importe quelle situation. Je ne parviens pas à admettre qu’Aniah et toi avez un enfant. Si l’on m’avait dit qu’un jour cela se produirait, je ne l’aurais jamais cru. Je me souviens encore de vous durant votre puberté. Vous nous en avez fait voir de toutes les couleurs avec votre mère. Ça ne me rajeunit pas, raconta-t-il d’un ton nostalgique. Si seulement Arch pouvait assister à ça, soupira le père.

— Arch ? Qui est-ce ? questionna Seneth.

— Rien, je divague une fois de plus. En tout cas, ta mère va aimer la nouvelle.

Malgré cette euphorie générale, Seneth n’oubliait pas sa mission principale : faire tomber le Majestic 13.

Cependant, l’arrivée de Seth ne facilitait pas les choses. Son emploi actuel payait bien, très bien même. Il ne pouvait pas se permettre de le perdre pour le moment.

Aniah étudiait encore à l’université, elle ne pouvait donc pas travailler. Cette fois-ci, Seneth n’avait plus le choix, il devait sauver le grand-père de Seysus. Il avait beau chercher, il ne trouvait aucune solution.

En effectuant les cent pas, il eut une idée. Lorsque l’on construit un artéfact, l’élément manquant s’avère l’énergie vitale. Mais dans son cas, c’était l’hyloplasme qui lui faisait défaut. Où en dénicher en quantité suffisante ? Comment en injecter ? Eurêka ! Dans les rémanences. Il se précipita dans le laboratoire transbiotique.

— J’ai trouvé ! jubila-t-il. Enfin, ce n’est encore qu’une hypothèse qui nécessite d’être vérifiée. Nous allons lui poser des greffes de rémanences.

— C’est possible de réaliser ça ? demanda un scientifique.

— Il n’y a qu’une seule façon de le savoir, répondit Seneth. Localisez et rassemblez-en le plus que vous pourrez afin de maximiser nos chances de réussite.

La très grande majorité d’entre elles s’apparentait surtout à des os. En en possédant un nombre important, les adapter au corps du greffé paraissait envisageable.

Après quelques jours de collecte, ils disposaient d’un immense stock. Le temps vint de procéder à un tri suivant les différentes parties du squelette. Des mois s’avérèrent nécessaires pour classer de manière pertinente les rémanences. L’opération consistait à remplacer un bout de son tibia gauche par une de ces dernières.

Théoriquement, la seule complication semblerait un rejet du greffon. C’était la première fois que l’on transformait une personne en… artéfact.

On ignorait totalement ce qu’il pouvait arriver à la fin de la procédure. Impossible d’estimer les chances de survie de Jeysus. À présent, ils devaient s’armer de patience et étudier l’évolution de son état.

Pendant ce temps, Seth grandissait. Aniah avait demandé le report de sa thèse dans les laboratoires de l’Université de Zenfei pour prendre soin de lui. Seneth semblait libre tant que le niveau de santé du Monseigneur paraissait stable. Il pouvait donc commencer à établir un plan pour faire tomber le Majestic 13.

Il avait déjà pu remarquer que le corps de Mwrida exposé au temple constituait une imitation. La première des choses consistait à procéder à l’échange entre la réplique et l’authentique.

Ensuite, il allait effectuer un acte de vandalisme sur la dépouille véritable. Bien avant que le monde s’en aperçoive, le Majestic 13 devrait s’empresser de remplacer ce qu’il pensait jouer le rôle du faux par le vrai.

Cela rassurerait l’esprit populaire et assiérait l’autorité de l’Ordre de Mwrida. En parallèle, la rumeur du blasphème se répandrait. Et qui dit blasphème, dit hérétique. Normalement, une enquête devrait être lancée pour démentir ou non cette rumeur.

L’analyse du corps montrerait alors qu’il demeure une réplique et l’Ordre de Mwrida serait obligé de s’expliquer. Seul problème, Seneth allait avoir besoin de l’aide de plusieurs personnes. Qui oserait s’attaquer à une société secrète qui dirigeait le monde ?

Il ne pouvait se permettre de mettre n’importe qui dans la confidence. Il ne pouvait donc pas faire appel au service d’une guilde, les coûts seraient bien trop élevés. Il n’avait pas le choix, il allait devoir former son équipe avec son père et sa compagne. Mais trois membres ce n’était pas assez pour ce double braquage.

Les attaques devaient se trouver simultanées, une dans le Temple de Mwrida et l’autre dans le laboratoire du Majestic 13. Une personne de plus dans le groupe semblait nécessaire.

Le soir du premier anniversaire de Seth, il décida de faire part de son projet.

— Comme ce soir nous sommes tous réunis, j’aimerais vous demander une faveur. Aniah s’avère déjà dans la confidence. Cela fait quelques mois que je prépare un plan pour faire tomber une société secrète : le Majestic 13, expliqua Seneth.

— Le Majestic 13 ? Qu’est-ce que c’est ? questionna son père.

— L’Ordre de Mwrida possède aussi sa propre Chambre, appelée le Majestic 13. Cette Chambre contrôle les douze autres.

— Tu es en train de nous dire que c’est l’Ordre de Mwrida qui domine le monde ? s’étouffa-t-il.

— En quelque sorte. Et sans le savoir, me voici un membre du Majestic 13. C’est mon ami Seysus, le nouveau Monseigneur qui en est le dirigeant. Malheureusement, je me sens condamné, car ma vie est liée à celle de Monseigneur Peymour Ier.

— N’est-il pas censé être mort ? interrogea la mère.

— Non, il est maintenu dans un coma profond et mon travail consiste à le réveiller. Et s’il décède, je succombe également. Je dois trouver une solution pour m’en sortir. Et je pense détenir un plan. Néanmoins, pour celui-ci, votre aide s’avère indispensable. Et c’est très risqué. Mais avant de vous dévoiler l’opération, nous allons avoir besoin d’un autre membre sûr, raconta Seneth.

— Tu sais, avec de la chance, je connais peut-être la personne qui pourra nous rendre service, déclara son père.

— C’est vrai ? Et on peut compter sur lui ? questionna promptement Seneth.

— Je lui confierai ma vie, affirma-t-il.

— Excellent, quand tu auras pris contact avec lui je te laisserai organiser la prochaine réunion, finit Seneth.

Pendant que son père tentait de joindre le potentiel équipier, Seneth allait repérer les environs afin de tracer des plans et étudier la sécurité en place.

Seneth demanda à sa mère d’en faire de même dans le Temple de Mwrida tandis qu’il s’occupait du complexe du Majestic 13. Il devait recenser le nombre de personnes, leurs postes, leurs horaires ainsi qu’un tas d’autres détails, car ces paramètres avaient tous leur importance.

Dès lors, Seneth consacra de moins en moins de temps à sa famille. Seth passait beaucoup du sien avec son grand-père, car celui-ci pouvait le prendre avec lui à son bureau à la Polyclinique.

Et surtout, grâce à son dernier patient, il pouvait profiter de sa guilde pour séjourner à la campagne. La femme du paysan leur faisait découvrir les joies d’une nature paisible. Ensemble, ils cueillirent des fruits, ils ramassèrent des champignons, pêchèrent des poissons et cuisinaient de bons petits plats.

Voilà déjà plusieurs semaines que le père de Seneth avait contacté sa connaissance et toujours pas de réponse. Un beau jour, alors qu’il s’apprêtait à aller chasser avec Seth, quelqu’un frappa à la porte.

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