Chapitre 4.2

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Axel lève le regard vers la montagne. Le soleil passe derrière le pic, l’auréolant d'une belle lueur dorée. L'ombre grandit déjà sur la vallée. La jeune femme regarde avec émerveillement les petites lumières s'allumer à mesure que l'obscurité s'étend. Elle est assise sur un rocher à quelque distance du village. D'ici, la rumeur des personnes se perçoit à peine. Dans le lointain, on entend les clarines de vaches et, de temps en temps, le cri perçant d'une marmotte résonne. Tanysha est allongée dans l'herbe derrière elle, ses bras croisés sous sa tête, les yeux fermés.

- J'adore cette ambiance. Ce calme. C'est si paisible.

Axel tourne la tête vers son amie. Elle ne l'a jamais entendu parler avec autant d’apaisement. Sans sa voix surexcitée, elle semble plus mature et plus grave.

- Vous avez trouvé un bon endroit, opine la blonde.

Tanysha se redresse.

- Nous n'avons pas été les premiers à choisir la vallée, tu sais ? On est arrivés ici par hasard avec Antoine, mais en fait, l'Insurrection existe depuis aussi longtemps que l'Organisation. On a une quantité d'archives incroyable. Certains papiers remontent au sixième siècle, c’est-à-dire plus ou moins quand l'Organisation a été créée. On a même une sorte de contrat passé entre quelques Dames, enfin, des anciennes Dames. Elles sont les premières à avoir officiellement écrit que l’Organisation est mauvaise. Ce sont elles qui ont commencé l'Insurrection. Bon, elles ne l'appelaient pas comme ça à l'époque, mais c'est assez impressionnant.

- Je ne pensais pas qu'elle était aussi vieille... L'Insurrection, je veux dire, précise-t-elle, pas l'Organisation.

- Moi non plus, rit Tanysha. Antoine et moi, on est tombés sur cette vallée sans vraiment la chercher. (Elle a un vague geste vers le village) Il était désert quand on a débarqué. De ce que j'ai compris, les précédents dirigeants sont tous morts mystérieusement il y a sept ou huit ans -même si on peut facilement penser que l'Organisation y est pour quelque chose- et aucun nouveau chef n'a été nommé. Le village est plus ou moins tombé dans l'anarchie et les gens ont fini par partir. Antoine a trouvé la liste des anciens et on a voulu les contacter. La plupart avait disparu mais certains ont pu revenir. Ils nous ont beaucoup aidé à reconstruire le système même s'il n'est pas comme celui d'avant.

- Mais l'Organisation ne vous a jamais attaqué ? Après tout, elle sait où vous êtes, non ?

- On lui fait peur, réplique Tanysha avec un petit sourire narquois. Comme elle, on a des taupes un peu partout, avec une réserve d'informations importante. S'il nous arrivait quelque chose, tout irait dans la presse. La Mistress ne peut pas se le permettre, tu sais bien les efforts qu'elle emploie pour garder l'Organisation à l'abri des simples humains.

En contrebas, une lourde cloche tinte. Le son rebondit entre les monts. Tanysha se lève, s'étire avant de frotter ses vêtements pour en enlever les brins d'herbe égarés. Elle tend la main vers Axel.

- C'est l'heure de manger.

Mes mains étaient crispées sur les poignées de la poussette. Mon Glock pesait lourd contre ma cuisse. J'avais beau réfléchir, je ne savais toujours pas quoi faire. Il me fallait aller vite, Dame Tanysha n'attendrait pas indéfiniment. Je tournai au croisement suivant et vis du coin de l’œil un commissariat. Pourquoi pas ? Je vérifiai que je n'étais pas suivie, plongeait mon oreillette entre les plis de mes poches, espérant que les bruits seraient étouffés, puis traversai. Damien tenait fermement mon poignet. Je songeai un instant à les laisser sur le bord de la route en espérant qu'une voiture imprudente ferait le sale boulot. Je secouai la tête. Ridicule. Des enfants. Ce n'étaient que des enfants. Je ne pouvais pas leur faire ça.

Je restai sur mon idée première et poussai les portes du bâtiment. J'eus quelques difficultés à faire entrer la poussette -les parents sont des génies pour réussir du premier coup- mais finis par arriver au comptoir. La femme derrière leva à peine les yeux.

- Oui ?

- Je vous amène deux gosses, ils étaient perdus dans un parc.

Elle grommela. N'aimant clairement pas être ignorée et encore moins quand mon temps était compté, je frappai du plat de la main sur son bureau. Elle redressa la tête, visiblement de mauvaise foi, notant ma robe déchirée et mon chignon défait de son regard dur.

- Oui ?

- Des gosses. Je vous l'ai déjà dit.

- Ah, oui.

Elle se pencha pour prendre un papier.

- Faites votre déposition.

Je retins ma respiration un instant pour ne pas perdre mon sang froid avant d’obtempérer. Je pris le document, un stylo et m'assis plus loin, Damien à côté de moi, la poussette en face. Comment ça se remplissait ? Je regardai dehors. Dame Tanysha devait s'impatienter. Merde. Il fallait que je bouge.

J'ignorai les cases portant sur mon identité, griffonnai rapidement « enfants perdus, parc Mitterrand, accompagnant introuvable » et abandonnai le papier.

- Damien, tu restes ici, d'accord ? Des gentilles personnes vont s'occuper de toi.

Il ouvrit la bouche. Pour répliquer ? Pour pleurer ? Qu'importe, j'étais déjà partie. Quelques rues plus loin, je remis mon oreillette. N’entendant aucun son à l’autre bout, je me détendis imperceptiblement. Si Dame Tanysha n’était pas en train de gronder à mon oreille, c’est qu’elle n’avait rien perçu d’étrange. Ou du moins, je l'espérais. Je me glissai dans une petite ruelle déserte et passai la main entre mes jambes, cueillant mon pistolet au passage. Son poids dans ma paume était aussi rassurant qu’angoissant. Je ne les avais pas tué.

Les mains crispées autour de la crosse, je tendis l’arme vers une poubelle abandonnée. Un coup sourd éclata, puis un second. Le silencieux de mon pistolet était efficace mais pas assez pour supprimer tous les sons produits par la balle. Je rangeai avec fluidité le pistolet dans son étui, le souffle un peu court, avant de filer sans bruit par l’autre extrémité de la rue, m’enfonçant dans l’ombre d’un immeuble.

Elles descendent de la montagne, le gravier roulant sous leurs pieds. Elles traversent le village, désert, pour arriver à la place centrale. Là, une grande animation se trouve. Des longues tables ont été installées un peu partout. Des adultes placent des couverts, d'autres apportent de grands saladiers, des marmites. Le fumet est appétissant et l'estomac d'Axel commence à gronder. Les plus jeunes, eux, continuent à jouer en attendant leur pitance. Le regard de la jeune femme s'accroche à la chevelure blonde de sa protégée. La petite comète court tout autant que ses nouveaux camarades. Elle rit. Cette image est agréable pour Axel. Cela lui fait plaisir de voir que Maddy redevient une enfant. Elle avait eu peur que leur fuite l'ait trop marquée, mais apparemment, pas tant que ça.

La petite s'arrête en la remarquant. Avec un grand sourire, elle reprend son chemin et s'écrase contre Axel qu'elle serre entre ses bras. Elle lève une tête joyeuse.

- Coucou !

La plus âgée lâche un petit rire. Elle caresse son front pour repousser les mèches pâles qui passent devant son visage et Maddy pouffe quand l'une d'elles lui chatouille les narines.

- Tu t'es bien amusée ?

- Oui ! C'était trop bien, ils sont gentils les autres.

Axel sourit.

- Tant mieux.

Elle dépose un baiser sur son front.

- Tu veux manger avec moi ou avec tes amis ?

Maddy a un regard vers la table où les enfants s'installent dans un joyeux capharnaüm puis relève la tête vers Axel.

- Mais tu vas pas être trop triste si je viens pas avec toi ?

Sa protectrice s'accroupit pour être à sa hauteur. Elle glisse une boucle derrière l'oreille de Maddy.

- Je pense que je vais pouvoir survivre, affirme-t-elle sérieusement.

L'enfant s'esclaffe. Elle jette ses bras autour de son cou et la serre avant de courir rejoindre ses amis. Axel la regarde partir et se relève. Tanysha, à côté d'elle, pose une main sur son épaule.

- Vous semblez très proches, observe-t-elle doucement.

Axel sourit.

- J'ai été son unique contact humain pendant presque trois ans.

- Je suis sûre qu'elle ne te voit pas juste comme ça.

La blonde hausse les épaules.

- Bref, on va manger ? Ça sent bon.

- On sait jamais avec Antoine, s'amuse Tanysha, il passe son temps à essayer des nouvelles choses, des nouveaux mélanges. (Elle hume l'air) Mais c'est vrai qu'aujourd'hui ça sent drôlement bon. Il a dû vouloir se surpasser. On se demande pourquoi, n'est-ce-pas ?

Axel rit quand son amie lui donne un coup de coude accompagné d'un regard entendu.

- Bien, allons voir si nous finissons la soirée aux toilettes !

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Bradchallenge1819
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Défi
Grunni

– Sont-ils ici ?
– … Moui.
– J’ai peur.
– De ces tueurs ?
– Oui !
– Ils sont... ici.
– Que va-t-on faire ?
– Prendre l’air !
– Si seulement.
– Si, intérieurement !
– Alors on abdique ?
– Non, on leur fait la nique !
– Est-ce donc là notre fin ?
– Hum… je le pense bien.
– Alors, on va…
– N’y pense pas.

– Grand frère ?
– Jennifer ?
– D’Jennie !
– Génie ?
– Aussi, si tu le souhaites.
– Non, je ne suis pas si bête.
– On ne va pas s’en sortir.
– D’Jennie, on va s’enfuir !
– Non, ils vont nous trouver.
– Oui, je le sais.
– Alors, comment ?
– Là dedans !
– Ne sois pas si bête.
– Si, si, dans nos têtes.
– Y crois-tu vraiment ?
– Absolument !

– Je ne veux pas mourir.
– On va s’en sortir !
– C’est infaisable.
– C’est imaginable.
– Tu es trop optimiste.
– Réaliste !
– Nous ne sommes pas immortels.
– Mais nous sommes éternels.
– Ton souhait...
– Mon projet !
– … est utopique.
– Mystique.
– Tu me fais rire.
– Juste sourire.
– Désolée, je ne peux pas plus.
– C’est déjà bien, minus.

– Et papa, et maman ?
– Papa… maman…
– Je voudrais…
– Leur parler ?
– Une dernière fois.
– Cette fois…
– Tu n’as pas d’idées ?
– Hum… appelle-les !
– Oui, bien sûr !
– Je t’assure.
– Plus rien ne fonctionne !
– Si, prends le téléphone !
– Idiot !
– Allô ?
– Pauvre cloche !
– Décroche !

– Maman, je lui aurais dit…
– Vas-y !
– Merci… je t’aime.
– Idem !
– Je suis... heureuse.
– Merveilleuse !
– Ne t’en fais pas, je suis bien.
– Oui, elle est avec son frangin !
– Qui n’arrête pas de la ramener !
– Laisse-moi en profiter.
– On est… tous les deux.
– Seuls, face à eux !
– Et on va… s’envoler ?
– S’élever !
– Je suis en paix.
– Soulagée ?

– Papa…
– … fait du chocolat.
– Arrête, c’est toi qui voulait !
– Ok, ok, je suis désolé.
– Papa, je… c’est débile !
– C’est utile !
– Je les aime.
– Idem !
– Papa, je… on est bien.
– Elle est avec son frangin !
– Lourdaud !
– C’était beau.
– Trop abrégé.
– Y’avait peu de forfait.
– Tu me fais rire !
– À en mourir.

– Ça y est ?
– On y est.
– Merci.
– Je n’en ai pas fini.
– Donne-moi ta main.
– Tiens la bien.
– Sont-ce nos adieux ?
– Ferme tes yeux.
– Tout est noir.
– Non ! Vois l’espoir !
– Je vois…
– Vois !
– J’ai peur.
– Oui, ce sont des tueurs !
– Je veux, je vais... m’évanouir.
– Songe et… respire.

– Le ciel, des nuages…
– Sans ambages.
– Ça brille.
– Tu pars en vrille.
– Laisse-moi…. m’évaporer.
– Hey, je suis à tes côtés.
– On va vers le soleil ?
– Au pays des merveilles ?
– C’est trop brûlant.
– Partons vers l’océan.
– Voyageons vers l’infini.
– Nous ne sommes plus que des esprits.
– Oui, je parcours le monde !
– Telles des ondes…
– … nous rayonnons !
– À l’unissons !

– Envolons-nous.
– Comme des fous !
– Je t’aime
– Requiem.
– Adieu.
– Vers Dieu.
– À jamais.
– On renaît.
– Dans l’au delà ?
– De part tout ça.
– On s’évade ?
– Sérénade.
– Ta solution ?
– Ma conclusion !
– Tu arrives toujours à me faire sourire.
– Même mieux, à te faire rire !

...
– Croyaient-ils nous échapper ?
– Là ? Comme ils étaient cachés ?
– Crétins !
– Enfantins !
– Ils n’ont même pas cherché à fuir.
– Ni même à discourir.
– Étaient t-ils résignés ?
– Ils semblaient apaisés.
– Ce serait de l’insolence !
– Bien trop de grandiloquence !
– Hey... regarde la gamine.
– Ouais, on dirait qu’elle a bonne mine.
– Comme si elle s’apprêtait à rire !
– Et lui, regarde-moi ce sourire...
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On se sent parfois bien seul, ici-bas. Comme si, dans nos veines, quelque chose nous condamnait à l'errance. Mais il faut avancer. Essayer... Ou tomber.
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