Chapitre 3.3

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Arrivant au véhicule, la jeune femme est touchée de voir que ses amis ont pensé à prendre un siège adapté pour Maddy. La petite s'installe, toute contente d'être en sécurité. Son aînée se sent coupable de lui avoir fait vivre un stress perpétuel. Elle secoue la tête. Elle n'a pas eu le choix. Elle ne pouvait pas leur laisser Maddy. Axel s'installe juste à côté de l'enfant. Antoine conduit, Tanysha à son côté. Elle se retourne, son sourire contrastant sur sa peau sombre :

- Le chemin n'est pas long, on n'est qu'à une vingtaine de minutes.

- D'accord ! s'exclame Maddy d'un air joyeux.

Elle regarde dans tous les sens, le visage ravi. Depuis combien de temps n'est-elle pas montée dans une voiture ? A nouveau, une pointe de culpabilité traverse le cœur d'Axel.

Je venais de retourner dans la Maison quand on m’interpella.

- Damoiselle Axeline ?

Je me retournai. Une jeune femme de quelques années mon aînée était derrière moi. Elle souriait, chose rare chez les Dames qui préféraient montrer un visage neutre. Elle tendit la main :

- Je suis Dame Tanysha.

Je serrai ses doigts sans bien comprendre. Ses yeux noirs brillaient.

- Je suis responsable de votre mission. Personne ne vous a mise au courant ? s'enquérit-elle face à mon incompréhension, fronçant des sourcils.

- Non.

- Oh. J'avais pourtant envoyé une novice vous prévenir il y a de cela une heure.

- Je n'étais pas dans la maison à ce moment-là. Ma Mémoire vient de naître, précisai-je.

- Félicitation, Damoiselle Axeline ! Comment s'appelle-t-elle ? poursuivit-elle, curieuse.

- Maddison.

J'étais de plus en plus suspicieuse. Elle était trop joyeuse pour être une Dame. Trop extravertie. Je ne bougeai pas de ma place mais mon visage se ferma sensiblement. Elle le remarqua immédiatement, ce qui la refroidit tout aussi vite. Elle recula d'un pas, le regard plus dur. Son sourire avait disparu.

- Nous partons après le déjeuner. Soyez prête.

La Dame me tourna le dos et partit. Surprise, je regardai sa tresse se balancer dans son dos jusqu'à ce qu'elle disparaisse.

Maddy est collée à la fenêtre, voulant être la première à tout voir. Bientôt, ils approchent du village. Perdue au milieu des montagnes alpines, la vallée semble sortie du monde. Les maisons sont éparpillées autour de petits chemins pavés et on peut voir des personnes de tout âge s'agiter telles des petites fourmis. Sur la place centrale, des enfants jouent en courant. Axel remarque le regard d'envie que leur lance Maddy. Elle se promet de lui permettre de les rejoindre. Après tout, ne sont-elles pas venues pour retrouver une vie normale ? Pour échapper à l'Organisation ?

Antoine gare la voiture sur un parking , un demi kilomètre avant les premières habitations. Ils sortent tous et, sac sur le dos, la troupe descend vers le village.

Axel est surprise par l'accueil qui leur est réservé. Tous se retournent à leur passage pour leur accorder un sourire et leur souhaiter la bienvenue. Maddy est toute excitée de retrouver du monde et Axel ne l'est pas moins. L'image est assez idyllique. Un lieu dépourvu du joug de l'Organisation, voilà quelque chose d'utopique !

Tanysha se tourne vers les deux nouvelles en ouvrant grand les bras :

- Bienvenue à l'Insurrection !

- Grandiloquent, n'est-ce pas ? intervient Antoine à l'oreille d'Axel, chuchotant.

Elle sourit. Oui, en effet, Tanysha n'y va pas à moitié. Mais elle n'avait jamais été partisane des demi-mesures. La métisse s'avance et glisse son bras sous celui d'Axel.

- Je vais te faire tout visiter. Tu vas vite comprendre notre fonctionnement, ce n'est pas dur. Ne t'inquiète pas, tu verras le grand bêta plus tard. Quant à Maddy, elle peut rester avec nous ou jouer avec les enfants.

La fillette lève la tête vers Axel.

- Je peux ?

Sa voix est pleine d'espoir. Elle n'a pas rencontré d'enfants de son âge depuis des lustres. La jeune femme se penche en avant pour se mettre au niveau de la petite. Avec un sourire, elle glisse une mèche de cheveux derrière l'oreille de Maddy.

- Bien sûr que tu peux, canaille.

Un plaisir évident monte sur son visage. Maddy se lève sur la pointe des pieds pour embrasser Axel sur la joue.

- À toute à l'heure !

Elle s'enfuit en courant. Son aînée se relève, heureuse de la voir si libre.

- J'y vais moi aussi, reprend Antoine, j'ai d'affreuses corvées à faire.

Tanysha lâche un rire et donne amicalement un coup dans son épaule.

- Affreuses corvées, bien sûr ! Terribles même.

- Terribles, opine l'ancienne Main, roulant des yeux sans cacher son sourire.

Axel suit l'échange avec le sentiment de ne pas y avoir sa place. Elle est une étrangère dans la vie qu'ils se sont créée. Puis cette pensée s'évapore quand ils se tournent vers elle. Antoine s'approche et imite Maddy en embrassant Axel sur la joue avant de partir. Tanysha sourit, prend la main de la jeune femme et l'attire vers le centre du village.

- Tu vas voir, tu vas t'y plaire.

Tanysha papote tout en marchant, Axel la suivant et l'écoutant avec attention.

- Pour le moment, Maddy et toi, vous allez dormir chez moi. Le temps qu'on vous trouve une maison. On cultive tout ici pour avoir le moins d’interactions avec le reste du monde possible. Histoire de ne pas infiltrer des éléments de l'Organisation dans notre fonctionnement. Avoue que ça serait bête si la Mistress décidait de nous exterminer avec des aliments pourris.

Elle rit de l'idée.

- On a donc beaucoup de travail dans les champs et tout le monde s'y relaie. Les repas du midi et du soir sont généralement pris en commun quand il fait beau. C'est toujours un grand moment de convivialité, tu vas voir, ici, on est une grande famille. Quelques rôles sont non interchangeables, c'est-à-dire qu'on a des hommes et des femmes qui n’ont qu’un rôle car il demande une grande expertise et cætera. (Tanysha pose sa main sur l'épaule d'Axel) On te trouvera une place. Qui sait, après avoir été tueuse en série, pourquoi ne pas t'occuper de l'école ?

Son sourire s'agrandit encore.

- Bref, tu l'as compris, on est tous contents de vous voir ici. On vous attend depuis ton appel.

Axel jette un regard derrière elle. Maddy court en riant. Depuis combien de temps n'a-t-elle pas été une enfant comme ici ?

- Il était temps qu'on arrive, oui.

À quatorze heures, j'attendais que Dame Tanysha arrive. Je ne la vis que cinq minutes plus tard. Pour vous, ce n'est rien, cinq minutes de plus, mais pour une Dame, c'est un retard exceptionnel. Nous nous devions d'être ponctuelles.

Comme moi, elle s'était changée pour revêtir la tenue réglementaire, une sorte de combinaison moulante tissée d'un fil si résistant qu'elle pouvait empêcher les coups des lames (mais pas les balles, malheureusement). Elle l'avait cachée sous une chemise blanche et un tailleur noir. Sur mon dessous, j'avais enfilé pour ma part une robe claire. Je devais avoir l'air innocent pour mener à bien mes missions. Si tout se passait bien, Dame Tanysha n'aurait jamais à quitter la voiture, tout comme la Main qui nous accompagnerait.

Je la suivis.

Il s'avéra que la mission était triviale. L'élimination d'une cible. Je n'aurais même pas à m'infiltrer chez elle puisqu'elle serait au parc. Simple. Je me demandai pourquoi Dame Tanysha n’avait pas choisi une fille plus jeune mais passai rapidement à autre chose, n'ayant pas à contredire le choix de ma supérieure et responsable.

Nous eûmes quelques heures de route pendant lesquelles mon esprit divagua. Je songeai notamment à la petite Maddison, en route pour son nouveau foyer. Je ne connaissais pas Sire Lucas, à peine Mère Sarah et pourtant, je venais de leur confier ma Mémoire en ne jugeant que leur physique. Un peu archaïque tout de même. Mes pensées dérivèrent ensuite vers Antoine. Quelle étrange rencontre tout de même ! La dernière fois que j'avais touché une Main, ça avait été lors d'une de mes premières missions, quand j'avais eu besoin d'aide pour monter sur un toit, étant trop petite pour atteindre la première prise. Même si nous n'avions échangé que peu de mots, j'étais encore troublée. Avant cela, les Mains n'étaient à mes yeux qu'une foule sans nom et sans visage, des objets. Cependant, quelque chose avait changé. Je me surpris à être dégoûtée de cette peur que j'avais sentie chez Antoine. Comme un chien battu face à son maître.

- C'est là.

Je sursautai en entendant Dame Tanysha. Un coup d’œil à ma montre m'indiqua qu'il était déjà dix-sept heures. Nous étions garés près d'un petit square de quartier. Des enfants couraient autour d'un jeu quelconque sous le regard vigilant de leurs parents. La responsable me tendit une photographie.

- Tes cibles.

Je baissai les yeux vers le petit morceau de papier et de plastique. Je pris un temps avant de comprendre ce que je voyais. Deux gamins. Le petit garçon ne devait pas avoir plus de trois ou quatre ans. Il tenait la main d'un bébé en poussette. Ils semblaient en plein éclat de rire.

Je levai la tête vers Dame Tanysha.

- Des... enfants ?

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