Runes labyrinthe

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« C'est un cauchemar. C'est juste un mauvais rêve et je vais me réveiller dans un bon lit douillet. Nyla sera près de moi et le doux fumet d'oeufs de Dyop flambés viendra titiller mes narines. Un. Deux. Trois ! »

Hazu ouvrit les yeux pour la cinquième fois depuis qu'ils avaient constaté l'absence de la rivière. Il gémit de désespoir en voyant le tapis forestier qui avait remplacé le court d'eau. À côté de lui, Warren inspectait les environs, soucieux. Dans sa paume blessée, le Tout brillait tel une lanterne. Sa lueur bleutée accentuait les ombres déjà inquiétantes des arbres biscornus qui les entouraient.

« Je vais mourir. Tu vas mourir. Et si c'est pas un Mariok qui nous mange, ce sera un Palgus. On va errer dans cette maudite forêt et -boum- tomber dans un terrier. Warren, je n'ai vraiment pas envie d'être dévoré par un ver géant ! Mais je n'ai pas non plus envie de rester ici à...

- Chut ! Tu vas la fermer un peu ! C'est fou, depuis dix minutes tu ne fais que pleurnicher! Tu m'empêches de réfléchir...

- Réfléchir à quoi, Maître ? Au cas où tu l'aurais pas remarqué les Runes labyrinthe ont déjà fait effet ! Alors, excuse moi si je panique un peu. »

Le mercenaire dévisagea l'elfe. Hazu resta bouche bée, avant de reprendre avec sarcasme :

« Laisse-moi deviner, tu ne sais pas ce que sont les Runes labyrinthe. Pour un mage, tu es vraiment inculte, ma parole ! Parfois, c'est à se demander si tu peux vraiment contrôler la magie...

- Hazu... intima Warren, une colère froide animant ses yeux sombres

- Oui, oui ! Inculte et impatient. C'est pas avec ces deux qualités que tu vas attirer les donzelles, hein ! »

L'elfe couina quand son compagnon l'attrapa par l'oreille et le força à se relever.

« Ne t'inquiètes donc pas pour mes conquêtes et crache donc ce que tu sais avant que je ne perde patience !

- Très bien. Reprenons du début. Les Runes permettent aux hommes de contrôler les flots magiques souterrains. Il y en a plusieurs sortes et tu peux faire plus ou moins ce que tu veux avec la magie. Celles dont je te parle, les Runes labyrinthe, modifient ton environnement. Pour faire simple, imagine que tu quadrilles un territoire ; et bien, les Runes labyrinthe vont mélanger ces portions de terrain comme les pièces d'un puzzle. Si une personne se trouve dans le rayon d'action du sort, tout ce qui l'entoure va être modifié.

- C'est une illusion en somme, ponctua Warren.

- Oui et non. C'est assez difficile à expliquer - et si tu n'étais pas si bête, je n'aurais de toute façon pas eu à le faire - mais je vais quand même tenter. Tu es dans un château, chaque porte te mène à une pièce différente, d'accord ? Maintenant, je mets un sort sur ces portes pour que quand tu en ouvre une, tu ne te retrouves pas du tout dans la pièce attendue. On contraire, quand tu en franchis le seuil, tu pénètres, disons, dans les cuisines au lieu du salon. Jusque là tu me suis ? »

Warren plissait des yeux. Quelques rides de concentration se dessinaient sur son front et son visage vivement éclairé par le Tout ressemblait à une gargouille de pierre.

« Tu es en train de me dire que cette forêt est découpée en pièces et qu'il y a des portes ? J'avoue que je suis perdu.

- Oui ! Le sort découpe la forêt en zones qui sont reliées entre elles par des passages. Lorsque tu en franchis un, tu ne te retrouves pas dans la zone adjacente que tu apercevais, mais dans la zone avec laquelle il était connecté.

- Donc pour sortir de la forêt ou trouver le Pilier, il faut d'abord qu'on cherche ces fameux passages ?

- Dit comme ça, ça paraît simple, mais oui, c'est bien l'idée. Trouver les passages et comprendre comment ils relient les zones entre elles. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les Runes ne se sont pas activées dès notre arrivée.

- J'ai peut-être la réponse à cette question, intervint Warren. Dans mon rêve, l'elfe qui m'ensorcelait ne cessait de répéter que seul celui qui cherche, trouve. Il avait dans la main un objet similaire au mien et il l'a plongé dans un bassin. Je pense qu'au même moment, j'ai moi aussi trempé le Tout dans la Danseuse et ça a déclenché le sort. »

Les deux amis furent soudain hypnotisés par les douze faces lumineuses du solide. Au bout de longues minutes sans parler pendant lesquelles les bruits nocturnes devinrent assourdissants, Hazu frappa son poing dans sa paume, déterminé.

« Je suis certain qu'il y a un moyen de déjouer les Runes ! »

Il se mit alors à faire les cent pas en marmonant. Warren l'observait avec amusement s'arrêter d'un coup, la bouche grande ouverte, avant de secouer la tête et reprendre sa marche. Caresser la cicatrice sur son nez semblait être un tic chez lui.

« L'eau ! »

L'elfe avait crié cela comme une évidence. Il sembla chercher quelque chose au sol, puis, suite à une exclamation satisfaite, il revint vers son compagnon et le prit par le poignet. Hazu l'entraîna vers l'endroit en question et se mit à genoux. Warren en fit autant, toujours perplexe.

Devant eux se trouvait une petite flaque où flottait du plancton luminescent. L'elfe n'avait pas lâché son étreinte et désigna le Tout de son autre main. Warren déposa l'artefact dans l'eau et soudain, des fils brillants s'en échappèrent, comme ceux qui avaient animé la Danseuse. Ils dessinèrent un réseau sur le sol, tel une dentelle elfique. Emerveillées, les deux voyageurs remarquèrent que les filaments s'arrêtaient nets à certains endroits.

Hazu se leva et suivit une des lignes. Lorsqu'il arriva à la fin de celle-ci, il disparut.

Warren bondit et rejoignit en quelques enjambées l'endroit où se trouvait l'elfe quelques secondes auparavant. Il tendit la main et ses doigts rencontrèrent une résistance souple, comme si l'air était devenu consistant, visqueux, palpable. Puis ses phalanges furent englouties. Il poussa un cri. Son poignet n'avait plus de main, pourtant il sentait la peau fraîche de Hazu sous sa paume invisible. Il recula vivement son bras qui réapparut. L'elfe se matérialisa alors devant ses yeux, un sourire crispé aux lèvres.

« Bonne nouvelle : je crois qu'on a trouvé un des passages et comment utiliser le Tout pour nous guider ! Par contre, je suis pas sûr que ça nous aide vraiment... »

L'Elfe alla récuper le Tout, toujours posé au centre de la flaque. Dès que le contact entre l'objet et l'eau se rompit, le réseau de lumière s'éteignit. Seul l'artefact luisait encore faiblement. Hazu délogea ensuite sa dague de la carcasse du Mariok et se posta aux côtés de Warren qui n'avait pas bougé d'un poil. Le mercenaire palpait sa main pour s'assurer qu'elle était bien réelle. Son compagnon lui donna le Tout et disparut une nouvelle fois. Warren sortit de son hébétude et emprunta lui aussi le passage.

De l'autre côté, les arbres étaient identiques mais poussaient plus densément. Leurs cimes immenses semblaient vouloir toucher l'Eternelle et leurs branches éparses laissaient entrevoir le ciel. Les écorces couvertes de lichen devenaient visibles au fur et à mesure que l'aube naissante chassait l'obscurité ambiante. Le premier soleil devait commencer à se lever et ses rayons tranperçaient violemment la canopée. Les cris nocturnes avaient fait place aux vombrissements des insectes volants et un vent doux agitait les feuilles.

Hazu marchait déjà entre les troncs, en laissant derrière lui la trace de ses pas dans le tapis de feuilles mortes. Warren le suivit et fut surpris de voir son compagnon si contrarié. Puis, il comprit.

« Il n'y a pas d'eau, c'est ça ? »

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