10. RKG-215

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Le cœur de Leto rata quelques battements quand le pachydermique et arthritique Foudroyant se glissa entre les alvéoles étroites de RKG-215. Le faible albédo de ce minuscule rocher obligeait Leto à ouvrir ses deux yeux et user de ses deux mains pour manœuvrer. Riksa Grande était une petite étoile à neutrons qui n’avait laissé dans son souffle qu’un champ de débris stériles. Ce système n’intéressait aucun investissement colonial ; tout juste quelques marginaux à la recherche de planques. Autant dire que la surface de RKG-215 n’avait aucune raison d’être correctement modélisée, rendant inopérant le pilote automatique.

— C’est déjà un miracle que ce caillou soit sur les cartes, bougonna le capitaine dans sa barbe.

— Capitaine, ça va pas passer à droite…

— Je connais mon tas de ferraille, quand même. Ça passe.

— Non, ça ne passe…

Le grincement de l’habitacle donna raison à Keiron et de nouveaux motifs pour râler à Leto.

— Mais qu’est allée foutre Kamila dans un trou pareil ?

Et par trou, il désignait la ridicule entrée creusée à même la roche, la seule qu’avait dénichée le drone de reconnaissance. Avant de collectionner d'autres rayures sur sa carrosserie, le capitaine se résigna à ancrer son bolide sur une surface à peu près plane. Il allait falloir continuer à pied.

Keiron tenta de convaincre Mélèm de rester à bord – ce dernier demeurant mutique sur la potentialité de danger. Néanmoins, l’Oracle savait se montrer obstiné. Leto l’encouragea au prétexte que ses pouvoirs – si obscurs lui soient-ils – pourraient s’avérer utiles. En vérité, il ne lui faisait pas suffisamment confiance pour lui laisser les clés du vaisseau. Même s’il y avait peu de chance qu’il sache le faire décoller pour se carapater avec. Encore moins pour qu’il parte sans son garde du corps.

Keiron peina à enfiler une combinaison de sortie, trop petite pour sa carrure ; Mélèm flottait dedans. Comme à son habitude, le papa poule abreuva son poussin de recommandations sur le déplacement en zéro-G. Leto réalisa seulement qu’il allait s’agir d’une première pour ce garçon ; fait incroyable de l’avis de ce vieux loup de l’espace qui avait grandi dans ces environnements hostiles sur une colonie proche de la Bordure.

— Ça devrait bien se passer, tenta de se conforter Leto. Restez derrière moi.

Ordre superflu, puisque les trois s’attachèrent. Leto s’élança vers la façade opposée avec une habilité qui surprit Keiron. De la même manière, le militaire honora avec brio cet exercice de routine. Et comme prévu, Mélèm valdingua comme une poupée de chiffon, incapable d’endiguer la panique de ne plus sentir son propre poids le raccrocher au plancher des vaches. Keiron remplit son rôle patiemment et usa des propulseurs chaque fois qu’il le fallait pour réorienter son protégé.

Bon an mal an, le groupe cahota jusqu’à l’intruse métallique de cette aérosidérolite. Leto avait embarqué son multitool au cas où la commande d’ouverture se montrerait peu hospitalière. Il constata l’inverse et ce ne fut pas pour le rassurer.

— Le verrouillage a été forcé. Merde.

Keiron parvint à la hauteur de Leto, agrémenté d’un Mélèm plus agrippé à lui qu’un chasseur pirate à un transporteur de platine.

— Peut-être était-ce déjà ainsi avant que ta sœur n’y pose ses bagages. Ces planques dans les astéroïdes sont squattées au gré des opportunités.

Ce qui ne rassura qu’à moitié Leto. Il passa une main fébrile sur la commande et la mâchoire de mèls s’ouvrit par à-coups inquiétants. Le capitaine tira une large bouffée d’oxygène de son réservoir : serait-ce enfin le jour de leurs retrouvailles avec Kamila ? Ce jour qui mettrait fin à six ans de jeu de traques et d’errances ? Pour l’instant, la cache ne dévoilait qu’un épais rideau de noir. En l’absence de lumière résiduelle, même la vision nocturne de ses implants rétiniens n’était pas suffisante. Circonférence des lampes au maximum, le trio balaya l’espace à peine assez large pour une corvette. À première vue désert.

Une fois le sas refermé sur l’extérieur, l’ordinateur des combinaisons claironna que l’enclave était encore pressurisée et respirable. Ils rabattirent les casques peu commodes et cherchèrent la sortie de ce hangar.

— Pose tes pieds là, Mélèm.

Keiron fit atterrir son compagnon sur le revêtement gravitaire du sol. Surpris par l’attraction soudaine, l’Oracle aurait sans doute perdu l’équilibre sans le soutien indéfectible du militaire.

— T’as jamais marché sur du gravisol ? s’étonna Leto.

La question était idiote ; il n’y avait que dans les colonies reculées et pauvres que certains habitats n’avaient pas les moyens de s’équiper intégralement en cylindres de simulation de gravité. Aucune chance que le petit ait déjà posé les pieds dans ces lieux marginaux.

Dans le noir, il ne vit pas le regard probablement furibond du garçon. Leto attendait peut-être une répartie agacée, mais, une fois n’est pas coutume, le silence lui répondit.

Il n’ouvre vraiment la bouche que lorsqu’il a quelque chose à dire celui-là, songea Leto. Enfin, la bouche… façon de parler.

— Leto, tu ne pourrais pas envoyer un mouchard explorer le complexe en amont ? questionna Keiron pour en revenir aux priorités.

— Tu crois que j’ai ça sur moi ? Je ne suis qu’un transporteur de marchandises, pas un militaire suréquipé de l’YUF. Le drone de reconnaissance est trop gros pour officier en intérieur.

Keiron tira une moue désapprobatrice que Leto ne put s’empêcher de trouver vexante.

— Dans ce cas, restons groupés et allons-y doucement. Ce silence ne me dit rien qui vaille.

Par automatisme, l’ancien militaire prit le contrôle de cette mission d’exploration. Bien que Leto en comprenne le bon sens, il lui fallait lutter contre la tentation de se ruer dans ces sombres couloirs en hurlant de nom de sa sœur. Si Kamila se trouvait ici, il désirait en avoir le cœur net, et vite.

Leto avait cédé – un véritable crève-cœur – son Xiom37 à celui qui serait le plus apte à le manier. Comme il regrettait de ne pas avoir eu la présence d’esprit de s’emparer du blaster de Yoran – son nom avait fini par lui revenir. Mais les tirs de sa compagne l’aurait sûrement réduit en cendres avant qu’il ne pose la main dessus.

Keiron ouvrait la voie avec précaution. La nappe de jais les absorba. Dans ce silence, seulement troublé par le bruit caoutchouteux de leurs pas, Leto s’attendait à une mauvaise rencontre chaque fois que le faisceau éclairait une nouvelle jonction. Pas de monstre à l’horizon, juste quelques objets hétéroclites décoratifs qui auraient dû être fixés au lieu de flotter en plein milieu du passage. Ils croisèrent pêle-mêle un cacnatus gonflable, une holo-photo d’un paysage volcanique de Runaster, une E-montre, des câbles de connectiques ancestraux et beaucoup de débris et de poussière. Soit cet endroit avait été précipitamment abandonné, soit…

— Qu’est-ce qu’ils fabriquaient ici, à votre avis ? demanda Leto pour tromper son angoisse.

Jusqu’alors, le trio n’avait inspecté que des bureaux et lieux de vie. La cache était équipée avec toutes les commodités, mais ne semblait être rien de plus qu’un squat ordinaire, pour l’instant.

— À toi de nous le dire, Leto. Que faisait ta sœur pour en venir à s’isoler dans un endroit pareil ?

Le capitaine fit mine de réfléchir. Il n’en avait hélas pas la moindre idée. Avant ce drame sur Meksan, lui et Kamila partageaient absolument tout. Puis leurs routes avaient divergé, jusqu’à ce qu’il n’ait plus aucune nouvelle.

— J’en sais rien. Elle était physicienne, mais elle ne me parlait pas de son travail. Avant qu’elle disparaisse, elle avait évoqué un projet d’étude sur les Arménautes. Mais est-ce qu'elle bosse encore dessus… En tout cas, ce n’est pas dans cette planque désertée que je risque de la trouver penchée sur un modélisateur géant ! Pourquoi tu nous as amenés ici, Mélèm ?

Leto rongeait son frein pour ne pas laisser exploser sa furie contre leur « guide », mais le sentir si inerte, dans une situation où le capitaine abandonné aurait eu grand besoin de son phare… il ne pouvait pas supporter ça. À sa question, Mélèm détourna vite le regard dans ce que Leto prit pour une trace d’embarras. Une part de lui aurait peut-être concédé à l’agresser physiquement en le secouant comme un prunelier, si Keiron n’avait pas apposé une main ferme sur son épaule.

— Il reste encore une pièce à vérifier. On discutera après.

Sans perdre de temps, Keiron se dirigea vers la dernière porte – la plus large – de la coursive. Son œil attentif d’unité d’élite observa le chambranle du sas de mèls.

— Un piège à percussion. Déjà déclenché. Je n’aurais pas aimé être à la place de ceux qui ont encaissé le choc.

La bouche sèche de Leto n’osait rien répondre. Keiron débloqua l'entrée d’un coup de crosse sur le panneau. L’ouverture de la porte leur confirma un mauvais présage lorsque les lampes éclairèrent quelques gouttes de sang en suspension. Sur le côté, Keiron découvrit un antique disjoncteur et rétablit le courant.

Les paupières de Leto papillonnèrent le temps de s’adapter à l’agression brutale des plaques photoniques. Sans les barrières de l’obscurité, la pièce les narguait de sa superficie. Elle n’était pas profonde, mais haute, et le gravisol s’étirait vers le « haut », dans la continuité d’une traînée verticale de machines aux formes variées et aux fonctions inconnues. Leto n’avait pas besoin de lever les yeux bien loin pour constater que les trois quarts de ces blocs d’électroniques étaient brisés et endommagés : une myriade de morceaux de verre constellait l’atmosphère.

Sa patience à bout, il courut, quitte à décrocher en apesanteur, craignant de ne retrouver, encore une fois, aucune trace de sa sœur. Craignant d’apercevoir son corps entre deux machines.

— Kamila, Kamila !

Le désespoir prit le pas sur la raison et son appel de détresse rebondit sur les parois lisses du laboratoire saccagé. Kamila, Kamila… L’écho se riait de lui. De ses vœux naïfs, de sa confiance benoîte. Aucune trace de sa sœur. Pourtant, là, en suspens parmi le bazar de cylindres cuivrés disloqués, un éclat différent attira son regard.

Fébrile, Leto emprisonna le petit tour d’onyx au creux de ses gants. Son bracelet. Celui que leur mère lui avait offert après sa remise de diplôme sur Meksan. Les souvenirs déferlaient comme s’ils avaient imprégné la surface du bijou. La gaité de ce jour bénit, la fierté des parents, le sourire assuré de sœur, certaine que l’avenir lui ouvrait ses portes. C’était il y a longtemps, très longtemps avant la catastrophe, mais Kamila ne s’en était jamais départi.

Il arrivait trop tard. Encore une fois, son spectre lui glissait entre les doigts. Il aurait aimé hurler sa peine, mais le dépit l’assaillit et fermenta la rage de son échec. Telle une soupe de magma trop longtemps contenue sous sa chape rocheuse, il lui fallait jaillir.

Il bondit jusqu’à Mélèm.

— Tu avais promis ! Notre accord stipulait que tu m’aiderais à retrouver ma sœur. Ma sœur en entier, pas juste un putain de bracelet ! Je n’avais pas besoin de toi pour remonter une piste froide. Alors, tu ferais mieux de cracher le morceau et de me dire où elle est, à présent !

Ses mains agirent d'elles-mêmes pour empoigner la combinaison de Mélèm et la rapprocher de sa colère menaçante. Évidemment, Keiron n’allait pas le laisser toucher un seul cheveu de son protégé. Les bras puissants du colosse s’enroulèrent sur ses épaules et l’arrachèrent à sa prise.

L’expression de Mélèm n’avait pas oscillé durant tout le processus, figé dans cette froide et sempiternelle indifférence. Leto embraya.

— Oracle, Oracle… Laissez-moi rire ! Ils sont où tes pouvoirs incroyables chiffrés à huit millions de crédits, hein ?

L’expression de Mélèm ne changea pas, sauf sur cette dernière pique. Un voile de détresse à peine perceptible fit tressaillir ses lèvres et ses sourcils. Très légèrement. Puis, sans attendre son reste, il tourna les talons et s’enfuit du laboratoire.

Leto s'imaginait que Keiron se précipiterait à sa suite, mais le grand noir se contenta de relâcher Leto après le départ de l’Oracle.

— Peut-être qu’on peut trouver des indices sur ce qui est arrivé à ta sœur ici. Fouillons les lieux, avec un peu de chance, les enregistrements d’holovidéos…

Leto ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Keiron allait-il vraiment continuer à prétendre qu’il n’y avait aucun problème ?

— Pourquoi Mélèm ne peut-il pas directement voir où elle est ? insista Leto.

Keiron ignora sa question, faisant mine de fouiller entre deux cuves de polymère éventrées.

— Keiron !

L’intéressé consentit à stopper son cinéma. Il le fallait un jour. Il soupira et se tourna lentement vers Leto.

— Il n’aimerait pas que je t’en parle.

— À ce stade, je me fiche pas mal de ce qu’il plaît ou non à Monsieur. Arrête de le couver comme une petite chose précieuse. Il a voulu prendre la tangente : qu’il assume ! Vous m’avez embarqué dans cette galère avec votre chantage : remplissez votre part du marché !

Il n’était pas habituel de surprendre Keiron baisser piteusement la tête, lui qui maintenait toujours sa stature aussi fermement qu’un roc laissait entrevoir, pour la première fois, une faille.

Sans qu’il puisse se l’expliquer, cette vision attrista Leto. Il ébouriffa sa chevelure sale et assagit sa voix.

— Désolé, je laisse la colère m’emporter. Je ne devrais pas. C’est juste que… vous n’êtes plus tous les deux, maintenant. Qu’il le veuille ou non. Alors il serait temps de songer à mettre au parfum de certaines choses, tu ne crois pas ?

Keiron ne le regardait pas. Il grattait machinalement la surface d’une tubulure comme s’il cherchait à en effriter les feuillets de titane.

— Que t’imagines-tu au sujet des pouvoirs de l’Oracle ?

— Pas grand-chose, soupira Leto. Ce n’est pas comme si votre clan était transparent sur le sujet, mais on raconte qu’il peut tout voir dans l’univers ; le présent, le passé et même l’avenir.

— C’était sans doute le cas… il y a cent ans.

Leto connecta aussi vite qu’il put les liens dans son cerveau lent.

— Lors du premier conflit avec les Arménautes ?

— Tout juste. Après cela, les pouvoirs des Oracles suivants ont décliné sans que l’on ne comprenne pourquoi. Le clan redouble d’efforts pour préserver l’illusion, mais dans les faits, l’Oracle actuel n’est plus capable d’accomplir les exploits de ses prédécesseurs.

Leto se gratta le menton avec perplexité.

— Mais pourtant, il peut lire dans les pensées et il a quand même vu que Kamila était passée par ici !

— Il a des visions, mais ne les maîtrise pas vraiment. Il ne peut pas décider de ce qu’il aperçoit.

Leto abdiqua et se laissa choir contre le rebord d’un ordinateur, ses gants fourrageant dans sa tignasse désespérée.

— Et bien sûr, tu attends qu’on soit devant le fait accompli pour me l’avouer ! Bordel, vous m’avez vraiment arnaqué, hein ?

— Désolé. Mélèm était sincère dans sa volonté de t’aider, tu sais… Peut-être qu’il parviendra à avoir une nouvelle vision.

Leto se redressa comme un ressort et ses cent pas martelèrent un bruit visqueux sur le gravisol.

— Ça suffit les faux-espoirs ! Regarde cet endroit : tout est sens dessus dessous ! Il y a même un impact de tir, là. Il est arrivé malheur à ma sœur et si elle est encore en vie, elle est probablement en danger, alors non, je n’ai pas le loisir d’attendre qu’une vision providentielle gracie Monsieur Grincheux !

Quand Keiron se releva d’un bond, Leto craignit une seconde de se voir châtier pour le sobriquet affublé à son protégé. Au lieu de ça, l’ex-militaire inspecta la trace de tir du bout des doigts. Il fronça les sourcils et Leto comprit pourquoi : elle avait été imprimée par une bille à couronne électrique. Une putain de crépiteuse ! Au moins, il s’agissait d’une arme non létale. Les groupes qui utilisaient encore cette technologie obsolète se comptaient sur les doigts d’une main, alors peut-être…

Keiron dessina un angle invisible dans l’air et marcha d’une dizaine de mètres suivant cette rétrotrajectoire. Tordant son cou dans toutes les directions, il finit par trouver ce qu’il cherchait. Une bille carbonisée par l’échauffement électrique flottait paisiblement. La prise du militaire mit fin à son errance calme et l’indice fut passé au scanner de son regard aguerri.

— Une munition de Cylon-β. Il y a bien une organisation criminelle connue pour signer ses méfaits avec, mais…

Leto blêmit, car il voyait très bien de qui il parlait.

— Les Agents du Styx.

Dans quelle panade s’était donc fourrée Kamila ?

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