1. Passagers clandestins

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— Et donc, puis-je savoir ce que vous foutez dans mon vaisseau ?

Les deux paléorats s’échangèrent un regard lourd de sens. Comme Leto aurait aimé déchiffrer les messages cachés dans ces yeux sombres comme le vide spatial, a minima pour anticiper une attaque de ces intrus. Par réflexe, il resserra sa prise sur le Xiom-37 accroché à sa ceinture.

Mais, en face, l’hostilité dégonfla comme un ballast de dépressurisation. L’homme de droite, noir comme la suie et gonflé de muscles taillés au laser ; assurément le plus imposant des deux – Leto le réalisa lorsque ce dernier se releva, le dépassant d’une tête – présenta un sourire aussi blanc qu’affable.

— Je vous présente mes excuses. Nous n’avons pas eu d’autres choix que d’embarquer sans attendre votre permission. Nous nous ferons aussi discrets que possible, sans toucher à vos réserves, cela va de soi. Une fois débarqués sur Sélos, vous n’entendrez plus jamais parler de nous. Vous avez notre parole.

Et Leto n’avait guère d’autres choix que de le croire sur parole. Il n’était qu’un malheureux livreur intersystèmes, lâche et partiellement alcoolique ; nul doute que ce géant lui fracasserait le poignet avant qu’il n’ait le temps de viser avec son Xiom.

Ce n’était vraiment pas sa journée. Leto s’était réveillé, la tête littéralement à l’envers, en décuvant son alcool de la veille dans un sas à gravité variable, fait extorquer quelques crédits par une brochette de gardes orbitaux véreux en allant décharger une cargaison d’ocytocine sur Lokanka, puis embrouillé avec la douane pour une bête faute sur le manifeste de son rafiot-cargo… Enfin, il avait suffi qu’il oublie d’enclencher la fermeture centralisée de son vaisseau, durant les trois minutes que dura le règlement de ses frais de stationnement, pour qu’il se retrouve avec deux passagers clandestins dans sa cale ! Le sort ne lui laissait aucun répit.

Bougon et mauvais perdant, le capitaine berné grommela.

— Vous avez une idée du prix d’un trajet de Lokanka à Sélos ? Du supplément que ça va me coûter avec le recycleur à oxygène qui va devoir tourner à plein régime ? Sans compter l’eau que vous allez inévitablement me ponctionner sur un trajet de trois cycles… Donnez-moi une seule bonne raison de ne pas vous livrer aux autorités sélosi en arrivant !

Leto s’était vaguement préparé à devoir affronter un revirement du colosse face à ses récriminations. Il resta de marbre. En revanche, son comparse se releva d’un bond, poings serrés, pour se ficher devant lui, la colère dépeinte sur ses traits harmonieux.

Aux antipodes du premier intrus, celui-ci pourrait être un ange exilé du paradis. Mais Leto n’étant pas croyant pour un sou, il opterait plutôt pour un Lokankani pur souche ; avec ses cheveux caramel et son teint hâlé, moucheté de grains sablés qui soulignaient deux perles d’eau marine. Son petit nez retroussé, comme sa moue boudeuse, peinaient à donner corps à une ire crédible. Son ami interposa un bras en travers de sa poitrine, comme pour le retenir de se jeter à la gorge du capitaine. Leto ne se sentait pourtant guère menacé par ce gosse qui lui rappelait davantage un pichon hargneux.

— Je comprends votre mécontentement, Capitaine…. ?

— Leto Sardaski.

— Oui, pardon monsieur Sardaski, mais vous ne gagnerez rien à nous livrer à la police : ils ne paieront pas vos frais. Tandis que si vous nous laissez libres sur Sélos, je vous promets que nous vous rembourserons dès que nous aurons trouvé de l’argent.

Leto secoua la tête de dépit : il n’en croyait pas un mot. Sitôt ces clandestins débarqués, il n’escomptait plus recevoir la moindre nouvelle d’eux. Mais le colosse avançait un argument pertinent : les dénoncer ne lui rapporterait rien d’autre qu’une vengeance puérile et ridicule. Après tout, n’avait-il pas, lui aussi, connu des années de galère dans sa jeunesse ? Siphonné un réservoir auxiliaire sur Ménon, en toute discrétion, après avoir bu ses économies comme l’alcool de pièvre ? Vandalisé une rame de l’Union-Rail et déclenché une bagarre en état d’ébriété ? Puis considérant les prix scandaleux des navettes depuis la rétrocession des lignes à Cardix Void, Leto ne s’étonnait pas tant que des petits malins tentent leur chance autrement.

— Vous avez intérêt. Sinon, je connais du monde sur Sélos qui sera ravi de s’occuper de votre cas…

Un semi-mensonge : s’il connaissait effectivement du monde, Leto ne disposait pas du luxe de payer un contrat pour les têtes de ces insignifiants paléorats.

— En attendant, reprit-il, que je ne vous voie pas traîner ailleurs dans ce vaisseau ni toucher à quoi que ce soit.

Le grand noir hocha la tête, le gamin le toisait silencieusement de son air farouche et Leto tourna les talons pour s’en aller terminer sa délicieuse bouteille de proshtï lokankani.

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