Chapitre 18

6 minutes de lecture

Lorsque j'ouvris les yeux pour la seconde fois de la journée, impossible de deviner la cause de mon réveil. Ma chambre était plongée dans le noir et la maison était mortellement calme. Une chaleur inhabituelle au niveau de ma joue me rappela d'un coup les événements qui venaient de se dérouler il y avait quelques heures à peine. Mon réveil m'indiqua qu'on était déjà en fin de journée et je culpabilisai en pensant à Assna qui était venue me tenir compagnie et à Mael que j'étais censé surveiller. Décidément, je craignais vraiment dans le rôle de grand-frère. Je décidai d'aller vérifier au salon et frémis en sentant la fraicheur du parquet sous mes pieds nus. Je ne trouvai personne en bas, seul un mot m'attendait sur la table à manger pour m'informer que mon père, Mary et Mael était partis voir une amie de cette dernière qui pourrait les aider à gérer la situation avec le père du petit.

J'aperçus mon téléphone abandonné sur le canapé et m'en saisis. Il s'était déchargé mais je vis plusieurs appels manqués d'Adrien ainsi que plusieurs messages me pressant de le rappeler. J'eus à peine le temps de lire tous les messages que mon portable me lâcha et s'éteignit. Au lieu d'aller chercher mon chargeur, je l'abandonnai de nouveau à sa place et enfilai mes Converses. Autant me rendre directement chez lui, d'autant que la situation avait l'air importante. J'écrivis ma destination sur le même papier que mon père au cas où ils rentreraient plus tôt et partis avec mon skate. Pas sûr que mon père soit très content s'il remarquait que l'objet avait disparu sitôt après ma blessure, mais cela me permit d'arriver plus vite.

A peine eus-je le temps de frapper que la porte s'ouvrît en grand, me faisant reculer d'un pas.

— Shawn, tu es venu !

Je fus tiré à l'intérieur avant d'avoir eu le temps de prononcer un mot. Adrien me fit monter les marches deux à deux jusqu'à sa chambre et nous attira sur son lit. Un grand pot de glace Haagen-Dazs avec une cuillère plantée dedans nous y attendait déjà. Il se jeta contre sa tête de lit et prit le pot sur ses genoux et commença à mélanger la glace en une bouille au lieu de la manger tandis qu'il commença :

— L'ex de Camélia l'a recontactée.

Ah. Je ne savais pas comment accueillir cette information.

— Quand ? demandai-je en feignant d'être intéressé.

Adrien restait mon ami après tout.

— Il y a quatre jours mais elle ne me l'a appris qu'aujourd'hui après qu'elle l'ait vu. Apparemment ça fait presqu'un mois qu'ils se reparlent. J'avais déjà surpris quelques fois son nom sur son portable mais je ne m'étais pas trop inquiété comme il n'habite pas à Lyon mais il est revenu il n'y a pas longtemps pour s'occuper de sa grand-mère malade. Et évidemment je n'ai le droit de rien dire puisque Monsieur est tellement gentil de mettre de côté pour venir s'occuper seul d'une vieille femme.

Voilà typiquement pourquoi je préférais les hommes aux femmes, ils étaient tellement moins prise de tête. Enfin, je me voyais mal conseiller à Adrien de virer homo, même si ça m'aurait bien arrangé. Je haussai les épaules à la place.

— Elle ne l'a vu qu'une fois, il est trop tôt pour commencer à paniquer. Certains ex arrivent à garder une bonne relation et c'est normal qu'il se tourne vers elle si elle est la seule personne qu'il connaisse à Lyon.

Un grognement me répondit.

— Je n'aime pas ça quand même, elle aurait dû me dire avant qu'elle prévoyait de le voir.

— Peut-être qu'elle le voit simplement comme un ami et que dans ce cas elle n'a pas jugé utile de t'avertir.

— Peut-être, convint-il d'un ton pas vraiment convaincu. Qu'est-ce que tu ferais, toi ?

Et il avait l'audace de me demander mon avis ! M'imaginer à sa place rien que deux secondes me retournait l'estomac, je n'avais aucune enfin d'imaginer sa vie avec sa parfaite relation avec la sainte Camélia. Je pris sur moi pour lui répondre en lui apportant un conseil d'ordre plus général.

— Pour moi, la base d'un couple c'est la confiance et le dialogue. Tu dois avoir confiance en elle et en son amour et ne pas l'emprisonner pour qu'elle puisse continuer à se sentir épanouie dans votre couple et lui parler dès que quelque chose te préoccupe, terminai-je en lui prenant le pot de glace des mains avant qu'elle n'ôte tout appétit.

— Quand es-tu devenu si sage, Shawnie ? C'est Lille qui t'a rendu si sage sans moi ?

— N'importe qui peut devenir sage quand il s'éloigne un peu de toi, me moquai-je.

— Comment ça ? Tu vas voir toi !

Sans préavis, il s'approcha de moi tandis que je sécurisai le pot entre mes deux paumes, suspicieux. Il approcha sa main de mon ventre et je retins mon souffle jusqu'à ce que je comprenne. Oh non pas les chatouilles. Pas les chatouilles ! Dix secondes plus tard, mes hurlements emplissaient la chambre, à mi-chemin entre le rire et la supplication. Ce traître osait profiter de mon grand point faible. Pour me venger, je mis mon doigt dans la glace au caramel beurre salé et lui en étalai sur la joue. Je profitai ensuite de sa surprise pour me reculer hors de portée de ses doigts chatouilleurs maléfiques et le contemplai, fier je moi. Je pris une grande cuillère de glace et la portai à ma bouche, ça avait ouvert mon appétit et ce parfum avait toujours été mon préféré tandis que mon ami avait un faible pour celle aux cookies. Un petit gémissement de satisfaction m'échappa quand le goût envahit mon palais. Un véritable orgasme culinaire cette connerie. Lorsque je rouvris la bouche, ce fut pour tomber dans les prunelles troublées d'Adrien qui me fixait, la joue toujours salie. Je lui retournai un regard interrogateur alors qu'il secouait la tête.

— Tu y es vraiment accro.

— L'inventeur de cette glace mérite un prix Nobel, arguai-je.

Son rire léger me répondit et je tachai d'ignorer le petit saut qu'effectua mon cœur dans ma poitrine. Je pris une deuxième cuillérée pour masquer mon trouble.

— Hé, laisse m'en un peu, protesta le blond en s'approchant de moi.

J'écartai rapidement mon trésor de lui, mais il parvint à m'arracher la cuillère des mains.

— Tu as la cuillère, j'ai le pot, je suis sûr qu'on peut trouver un arranger, me dit-il, penché sur moi, les yeux pleins de malice

Je lui lançai un regard empli de défi.

— J'ai le pot, c'est le principal.

Sans hésitation, je portai mon index et mon majeur et pris une grosse portion de glace.

— Humm, c'est pour qui la bonne glace au beurre salé, lançai-je pour le provoquer en approchant lentement mes doigts de ma bouche. C'est mo-

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase que la bouche d'Adrien se referma sur de mes doigts. J'eus un moment d'arrêt avant de me mettre à rougir furieusement alors que sa langue se mettait à lécher la glace autour de mes doigts. Mon cerveau m'envoya un signal d'alerte alors que mon corps commençait à réagir face à cette attaque par surprise. Ce coup-là était déloyal, comment mon cœur était-il censé ne pas craquer face à ça ? Je n'étais vraiment pas aidé ! Adrien releva alors la tête et se passa la langue sur les lèvres avec un regard taquin.

— Délicieux.

C'était le truc le plus sensuel qu'on m'ait jamais fait. Il ne se rendait même pas comte que j'essayais de fermer en moi les vannes de mon désir qui risquait d'éclater. Je pris une profonde respiration pour me calmer, et pour ne pas me laisser démonter, j'essuyai sa joue de ma main propre pour venir ramasser la glace et la portai à mes lèvres.

— Hmmm, oui, délicieux comme tu dis.

Son regard se couvrit d'un voile trouble et je déglutis discrètement dans cet instant de flottement entre nous alors qu'il se tenait au-dessus de moi. Pourquoi est-ce que tout à coup, ce n'était plus la glace qu'il regardait comme s'il allait la manger. Pourquoi était-ce moi qu'il regardait comme un dessert ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Yatagarasu3rd

L'amour ? Cela ne represente pas grand chose tant sa perception est différente selon les consciences. Est-il vraiment conscient ? Non ! Tout porte à croire que l'on en est victime, qu'il s'impose tristement aux esprits qui ne savent qu'il est imaginaire. Aux personnes qui peinent à le refouler. C'est comme un réflexe, mais qui au lieu de nous protéger nous rend plus vulnérable.

L'amour c'est le carburant de la haine, un repas qui une fois complètement consommé, nous rapproche du trépas.
1
0
0
0
Défi
Lumière d’écrits
Ça vient d’un livre que j’écris mais pas sur Scribay peu-être un jour je le mettrai sur Scribay (j’en suis au premier jet).
2
1
3
1
Défi
Elisabeth Blockelet


Il était là, accoudé au comptoir de notre bar favori. Ce bar, témoin de tous nos fous rires, de tous nos coups de gueule et de toutes nos confidences. Nous nous connaissions depuis des années, il m’avait vu grandir, devenir une femme, il me considérait comme une petite sœur alors que j’avais seulement deux ans de moins que lui. Comment lui dire qu’il était bien plus depuis tout ce temps ? A chaque fois que je le voyais, mon cœur battait la chamade, je devenais rouge et timide, le monde pouvait s’écrouler, il n’y avait que lui qui comptait à mes yeux. Il se moquait souvent de moi, mettant ça sur le compte de ma timidité, mais c’était bien plus. Malgré cette timidité dont il m’affublait, j’aimais faire rire toute la petite bande. Tout le monde me regardait attentivement en attendant le dénouement de mon énième histoire passionnante. Je sentais son regard plein d’admiration, ce regard plein de malices qui me donnait tellement de forces, mais me rendait si vulnérable. J’aimais son rire, un rire si joyeux, si naturel. N’importe qui fondrait devant lui tellement il était beau, charmant et attentionné.
Il était là, dans notre bar, il m’attendait. J’avais osé l’inviter dans ce bar, sans la bande pour que l’on parle. Il ne savait pas pourquoi, mais j’étais bien décidé à lui avouer mes sentiments, à lui dire tout ce que j’avais sur le cœur.
Je rentrai fébrilement dans ce bar. Il m’entendit entrer et tourna la tête vers moi. Il sortit son beau sourire. Je le rejoignis avec assurance comme si tout allait bien. Mais mon cœur disait le contraire. Nous nous installâmes à une table.
- Alors pourquoi m’as-tu fait venir ? Ça semblait important.
- Cela fait des années qu’on se connait toi et moi. Je dois avouer que je t’aime beaucoup.
Je n’arrivai pas à le regarder en face, mes yeux étaient figés sur les verres posés sur la table. Mes mains tremblaient. Il le remarqua immédiatement et posa ses mains sur les miennes pour les serrer avec force. Je sentais la chaleur de sa peau. Il sourit doucement et cela me mit instantanément en confiance.
Je souris et le regarda dans les yeux.
- Je t’aime beaucoup plus qu’en tant qu’amis.
- Oui oui moi aussi.
Le temps s’arrêta net à cet instant. Le monde n’existait plus. Seuls nos regards fixaient l’un sur l’autre ne comptaient. Et ce baiser langoureux et chaud fut le début d’une nouvelle page pour nous deux.
1
3
16
2

Vous aimez lire EightNoAme ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0