Chapitre 16

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Le lendemain matin, j'étais retourné courir alors que tout le monde dormait encore. Pourtant, lorsque je passai la porte de la maison une heure et demie plus tard, mon père était en train de boire son café dans la cuisine.

— Shawn, tu tombes bien ! Mary et moi devons aller travailler mais nous avions promis à Mael qu'il pourrait inviter Kévin cette semaine. Est-ce que ça te dérangerait de les garder aujourd'hui s'il te plait ?

Si ça me dérangeait ? Si le Kévin dont le morveux me parlait sans cesse était comme lui, j'allais devoir supporter une double dose de gamins surexcités, ce qui n'était initialement pas prévu dans mes plans du jour ! Cependant le regard suppliant de mon père m'empêcha de refuser.

— Ouais pas de problème, grommelais-je.

Il me remercia rapidement avant de partir travailler. Une fois seul, je lâchai un profond soupir. Dans quelle merde mais m'-je encore engagé ? En plus, j'avais oublié de le demander à quelle heure devait arriver le fameux Kévin.

Mary était elle aussi déjà partie alors j'entrepris de préparer le petit-déjeuner pour Maël et moi. C'est-à-dire que je me contentais de sortir deux bols de céréales avec du lait. Le gamin arriva quelques minutes plus tard comme j'avais déjà commencé le mien, installé devant la télé dans le canapé. Il me rejoignit rapidement et nous regardâmes Scooby-Doo tous les deux avant que je ne brise le silence.

— Papa m'a dit que ton copain venait tout à l'heure. Il est censé arriver quand ?

Le petit se retourna pour regarder l'heure sur l'horloge accrochée derrière nous avant de refaire face au dessin animé.

— Dans une heure, me sortit-il le plus calmement du monde.

Je m'étouffai presque avec mon lait. Comment ça dans une heure ? J'avais supposé que mon job de baby-sitter ne durerait que l'après-midi, pas une journée entière ! Indifférent au trouble qui m'habitait, il continua toujours sans me regarder, imperturbable :

— Je lui ai promis que tu nous donnerais une leçon de skate privée à tous les deux aujourd'hui.

Je lui lançai un regard noir, bien que ce fut inutile comme il ne me prêtait pas la moindre attention. Mais qu'est-ce que c'était que cette manie chez ce gosse de planifier des choses sans me demander mon avis avant ?

Comme promis, on sonna à dix heures et demie pile. J'ouvris la porte deux rouquins que je devinai être Kévin et sa sœur.

— Salut, je suis Sarah ! C'est adorable de ta part de t'occuper des garçons aujourd'hui. Si tu as besoin d'aide surtout n'hésite pas à me demander, je serais ravie de t'aider, fit l'aînée Weasley en posant sa main sur mon torse, ce qui me provoqua un frisson de dégoût.

— Laisse tomber Sarah, il a déjà un amoureux, rétorqua Mael qui m'avait suivi. Salut Kévin !

Un silence gêné s'installa entre nous pendant que les marmots partaient en direction du salon en criant déjà.

— Bon, et bien à tout à l'heure…

— C'est ça, marmonnais-je en réponse avant de refermer la porte.

Je retrouvais les deux monstres au salon et sentis la migraine poindre alors que mon calvaire n'avait pas commencé depuis deux minutes. Je sentais que cette journée allait se terminer par un bon Doliprane.

— On se calme les minus, fis-je en me massant les tempes. Vous ne voudriez pas regarder un film ?

Les installés tranquillement devant un film devrait me permettre un instant de tranquillité.

— Nan, c'est naze, argua le rouquin.

Ouais, ou pas.

— C'est le mot naze qui est naze. Vous ne voulez pas aller vous faire des passes au ballon dehors ?

Ils me regardèrent comme si je débarquais d'une autre planète. Je soufflais, exaspéré.

— Oh et puis faites ce que vous voulez du moment que vous ne dérangez pas tout et que vous ne me cassez pas les oreilles. Moi je vais geeker un bon coup dans ma chambre.

Après deux heures intensives de jeu, je décidai de lire un peu mais je dus finir par m'endormir car lorsque je me réveillais, mon réveil affichait quatorze heures huit.

— Merde les enfants !

Je sortis précipitamment de mon lit et suivis les cris jusqu'à la chambre de Mael. Je les retrouvais en train de jouer au gendarme et au voleur. Je soupirai de soulagement en constatant que la maison n'avait pas été rasée en mon absence et leur proposer e manger des pâtes et du jambon le plus naturellement du monde, comme si je n'avais pas complétement zappé l'heure du repas.

Une fois cette tâche expédiée, ils insistèrent pour aller au skate-park et je finis par approuver. L'air frais me ferait du bien et m'aérerait un peu de tous ces hurlements.

Les deux gamins ne firent que courir et sauter dans tous les sens le long du trajet et je fus bien content pendant quelques instants de savoir que je n'aurais jamais d'enfants. Il n'y avait qu'avec Adrien que j'aurais consenti à fonder une famille alors ça ne risquait pas d'arriver un jour.

Mael se fit une joie de montrer à son ami tous ses progrès en skate. Je fus sollicité à de nombreuses reprises comme modèle pour leur montrer des gestes techniques simples comme comment bien rouler, tourner et freiner. Je me pris finalement au jeu et acceptai même à la fin de leur montrer les figures les plus difficiles à exécuter.

— Regarde Shawn, j'ai regardé sur YouTube comment faire un kickflip, s'exclama Kévin à un moment.

Il prit de la vitesse, adopta une position douteuse et fit un drôle de mouvement mais avant que j'aie le temps de dire quelque chose, le skate s'élança pour venir me taper en plein dans le front. Le choc me fit tomber à la renverse et la dernière chose que je vis avant que le noir m'engloutisse fut le visage inquiet de Mael qui se penchait sur moi.

Lorsque je revins à moi, la première chose qui me frappa fut une douleur fulgurante au niveau de mon crâne. J'avais les idées troubles et ma vision était légèrement floutée. Quand je voulus porter la main jusqu'à la zone douloureuse, une autre m'en empêcha en retenant mon poignet avec douceur.

— Doucement chaton. Il ne faut pas toucher pas à ton bandage, tu as pris un vilain coup.

Mon cœur s'emballa quand je reconnus la voix pleine de sollicitude et de tendresse d'Adrien. Je me tournai vers lui lentement, ma vision avait du mal à faire des mises au point. Ma main qui avait été arrêtée dans son geste se tendit vers Adrien pour venir se perdre entre ses douces mèches, comme pour s'assurer qu'il était bien là comme mes yeux me faisaient défauts.

— Qu'est-ce que j'ai ? Pourquoi je vois tout flou ?

— C'est le cas ? s'enquit-il en fronçant les sourcils.

Il amorça alors un mouvement pour se lever du coin de mon lit où il était assis mais je le retins dans un geste désespérer.

— Tout va bien chaton, je reste près de toi, je vais juste sonner une infirmière.

Il s'exécuta avant de revenir s'installer près de moi en gardant ma main dans la sienne.

— Tu as pris un sacré coup, les médecins pensent que tu as une légère commotion cérébrale et vont te garder en observation pour la nuit. Mael a directement demandé de l'aide à un adulte pour appeler les secours, il est très réfléchi comme gamin. C'est ma mère qui t'a pris en charge et qui m'a prévenu ainsi que ton père.

Je lâchai un grognement. On voyait bien que ce n'était pas lui qui devait supporter ses piaillements incessants à longueur de journée. Mais je devais malgré tout avouer qu'il pouvait parfois adopter des comportements qui m'étonnaient pour son âge. Bon sang, mais qu'est-ce qui m'avais pris d'accepter de garder deux gosses, sachant à quel point j'étais doué avec eux ?

Sur ces mots, la mère d'Adrien entra dans la pièce suivie de près par mon père et Mael.

— Grand frère ! Je suis désolé ! Tu vas bien ?

Je grognais de nouveau pour la forme comme il venait de se jeter sur moi pour enrouler ses petits bras autour de mon cou.

— Tu nous as fait une belle frayeur mon grand, ajouta mon père en posant simplement sa main sur mon épaule.

Je voyais encore l'inquiétude danser dans ses prunelles et j'essayais de faire un sourire pour le rassurer. Cela ne prit malheureusement pas comme je n'avais réussi qu'à sortir une sorte de grimace. La douleur à mon front me lançait encore.

— Comment te sens-tu Shawn ? intervint alors la mère de mon ami adoptant un ton plus professionnel. Tu as mal quelque part ?

— Tu veux dire à part cette sensation constante qu'on est en train de transpercer mon crâne, demandais-je entre mes dents.

— Au moins tu n'as pas perdu ton sarcasme.

— Il m'a dit qu'il voyait flou, rapporta alors Adrien.

Si ça avait été quelqu'un d'autre que lui, je l'aurais fusillé du regard. Pourquoi fallait-il que je sois incapable de le regarder autrement qu'avec un regard transi d'amour ?

— C'est vrai Shawn ? Je vais regarder ça.

Elle s'approcha de moi et projeta une lumière dans mon orbe. La lumière me donna l'impression qu'on venait de me fendre le crâne et je ne pus m'empêcher de laisser échapper un gémissement de douleur. Elle rangea son instrument de torture et écrivit quelque chose sur sa fiche de suivit.

— Le médecin passera demain matin. D'ici là, repose-toi et ne force pas avec tes yeux.

J'acquiesçai d'un signe de tête avant de me laisser retomber sur les coussins. Mon père et Mael restèrent une vingtaine de minutes avant que je ne les force à rentrer, non sans qu'ils aient promis avant de revenir le lendemain matin.

Quand je vis qu'Adrien allait les suivre, je lui fis mon regard de petit malheureux et il soupira avant de venir se faufiler à côté de moi dans le lit après s'être déchausser. Je me fondis dans son étreinte alors qu'il passait ses bras autour de moi, inspirant son odeur à pleins poumons.

— Ne me fais plus jamais une peur pareil chaton, murmura-t-il en m'embrassant tendrement sur la joue.

Je m'accrochai pour toute réponse. Sa simple présence avait absorbé ma douleur. Et ce fut en me sentant aimé et apaisé que je m'endormis dans les bras du garçon que j'aimais

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