Chapitre 13

7 minutes de lecture

Je me tournai vers la blonde, intrigué par ce soudain changement de comportement. Elle ferma les yeux d'un air las en prenant une profonde inspiration. Quand elle les rouvrit, ce fut pour planter son regard dans le mien et lâcher ce que je redoutais d'entendre.

-Tu es amoureux d'Adrien n'est-ce pas ?

J'ouvris la bouche pour répondre, quoi je ne savais pas, elle m'avait coupé l'herbe sous le pied. Elle ne me laissa pas le temps de me reprendre et enchaîna :

-Il parle beaucoup de toi, il était inquiet pour toi depuis ton départ. Il m'a dit que vous vous êtes embrassés à Manchester quand vous étiez bourrés. Ça l'a bien fait rire, c'est une simple connerie de mec bourré pour lui. Il m'a assuré que ça ne voulait rien dire pour aucun de vous deux puisque vous aimez tous les deux déjà quelqu'un. Mais toi, c'est de lui dont tu es amoureux, n'est-ce pas ? Non, pas besoin de me le confirmer, ton corps parle pour toi quand tu es avec lui. Il est vraiment aveugle pour ne s'être aperçu de rien. Tu es parti à Lille peu de temps après que je me sois mis en couple avec lui, je suis sûre que c'est ce qui t'as poussé à fuir. Mon dieu, tu es amoureux de lui depuis combien de temps au juste ?

-Pas mal de temps, avouais-je résigné.

Elle avait tout deviné, démentir n'était même plus possible à ce stade. Dire que j'étais terrifié était un euphémisme. Ma rivale au cœur d'Adrien connaissait mon secret, et qui savait ce qu'elle allait en faire ? Adrien s'était déjà éloigné après un baiser sous le coup de l'alcool alors qui savait comment il réagirait s'il savait que c'était pour lui que mon cœur battait depuis des années ?

-S'il-te-plaît, je t'en supplie ne lui dit rien.

-Tu ne comptais pas te déclarer ? s'étonna-t-elle.

Je secouai vigoureusement la tête.

-Non, non surtout pas. Ni maintenant ni jamais ! Il ne doit pas le savoir.

Les larmes commencèrent à perler au coin de mes yeux alors que la panique s'emparait de moi.

-Mais, poursuivit-elle, les sourcils froncés sous l'incompréhension, si tu l'aimes tu dois bien vouloir sortir avec lui, non ?

-Oui, enfin non... C'est compliqué. Oui je l'aime plus que tout depuis des années mais je sais qu'il est impossible que ce soit moi qui le rende heureux. Il t'aime, il n'est pas gay et il me considère comme son petit frère. Trop de choses qui font que nous deux, ça ne marchera jamais. C'est pour ça que je ne veux pas qu'il le sache. Je ne veux pas qu'il remette en question tous les moments qu'on a passé ensemble et qu'il me regarde d'un air dégouté.

-Je comprends, affirma-t-elle sincèrement. Mais tu comprends bien qu'en sachant ça et en voyant ce qu'il s'est passé quand je n'étais pas là que je ne peux plus permettre que ça continue. Je dois mettre les choses au clair et lui dire, ça devient vicieux cette affaire.

-Ne fais pas ça Camélia, la suppliais-je alors que mes larmes se transformaient en un torrent. Je te promets que je ne ferais plus rien, je ne le toucherai plus. S'il-te-plaît...

Je savais que j'étais lamentable à l'implorer comme ça mais je n'avais pas le choix. Je me fichai de ressembler à une loque devant elle, je devais préserver mon secret à tout prix. Mon état sembla la faire réfléchir à nouveau.

-Bon d'accord. Je veux bien ne rien lui dire. Mais, ajouta-t-elle en me voyant commencer à esquisser un sourire, je veux que tu coupes tout contact avec lui. Cette relation entre vous n'est vraiment pas saine.

Je m'étais réjouis trop vite. J'avais l'impression qu'en une phrase, elle m'avait planté une série de couteaux dans le corps. Mais j'étais impuissant. Ou je perdais Adrien parce que Camélia lui révélait la véritable nature de mes sentiments, ou je m'éloignais de moi-même et sa vision de moi ne changeait pas. Je devais renoncer à lui dans tous les cas. C'était la pire torture qu'on aurait pu imaginer pour moi mais je n'avais plus le choix à ce stade.

-C'est d'accord, finis-je par lâcher faiblement dans un souffle à peine audible. Je ne l'approcherai plus, je ne lui parlerai plus mais ne lui dis rien. Je te promets qu'il n'entendra plus parler de moi. Mais en échange, ajoutais-je d'une voix plus forte, promets-moi de prendre soin de lui et de le rendre heureux.

Elle me souria gentiment.

-C'est promis Shawn. Je suis désolée, je ne fais vraiment pas ça contre toi, tu à l'air d'être très attachant mais comprends-moi, je ne peux plus laisser les choses comme ça.

Je me contentai de hocher la tête, l'écoutant à moitié. Ça y est, c'était fini. Après toutes ces belles années d'amitié au long desquelles nous avions tissé un lien unique, tout se finissait comme ça. Et je savais que c'était de ma faute, à cause de mes sentiments déplacés. Et dire qu'Adrien allait souffrir par ma faute. Au moins lui aurait Camélia pour le réconforter. Pour le moment, je ne pensais pas en mériter. Camélia avait raison, cet amour n'était pas sain. Il fallait bien que je sois puni un jour à cause de ces sentiments qui me dévoraient. Et je devais l'accepter.

Je tournai les talons sans un mot. De toute façon, il n'y avait plus rien à ajouter. Tout était dit. Tout était fini. J'avaismon sac à dos avec mes affaires les plus importantes avec moi, le sac qu'était parti me chercher Adrien ne contenait que le matelas. Tant pis pour lui. Les joues ruisselantes de larmes, je fuis au seul endroit où je savais que je pourrais me sentir proche d'Adrien, mon Adrien qui était tout à moi à l'époque. Le skate parc. Je sortis de mon sac le sweat qu'Adrien m'avait prêté pour dormir dans l'avion . J'avais oublié de lui rendre avec tout ça mais je m'en fichais éperdument. Camélia avait gardé Adrien, j'avais bien le droit de me contenter d'un simple vêtement. Au moins j'aurais encore un peu son odeur avec moi. Qui savait si j'aurais la chance un jour de me blottir de nouveau contre lui et de respirer son odeur enivrante ? Je rabattis la capuche du sweat sur ma tête pour que mes pleurs soient cachés aux passant et me laissai tomber à l'ombre d'un grand arbre le regard vissé sur les skateurs qui exécutaient leurs figures en toute insouciance. Comme je les enviais. J'avais tellement envie de retrouver cette époque où cet endroit était notre refuge à tous les deux, notre coin secret rien qu'à nous. Notre point de rendez-vous. Je me sentais stupide à être le seul à m'accrocher vainement à ces souvenirs.

Qu'est-ce qui pouvait bien clocher chez moi pour que je tombe amoureux de mon meilleur ami ? L'avais-je d'ailleurs considéré comme tel un jour ? Si c'était le cas, je ne m'en souvenais pas, ou alors cette période n'avait pas duré longtemps. Cet amour était demeuré inchangé depuis notre enfance. Enfin, jusqu'à ce que le désir vienne s'y ajouter à l'adolescence, rendant ces sentiments interdits plus difficiles à cacher. Mes pleurs s'accentuèrent en pensant à tout ce que Camélia pourrait lui offrir : l'amour, le bonheur et même plus tard, une famille. Une boule se forma dans mon estomac à cette pensée. Non, impossible que j'assiste à son bonheur de loin sans en faire partie directement. Ça ferait trop mal. Je m'étais résigné depuis longtemps à ne vivre aucune histoire d'amour, mais le voir vivre la sienne sous mon nez serait le pire. Je préférais le perdre sans qu'il ne sache rien de mes sentiments, au moins le silence de Camélia allait permettre que l'on se quitte sans qu'il ne soit dégouté par moi.

Qu'allais-je faire à présent que je l'avais à nouveau perdu ? Repartir à Lille ? Tous mes amis étaient ici et il y avait ma nouvelle famille. Je me surpris à songer à Mael. Même s'il avait une capacité hors norme à me taper sur les nerfs, ce n'était que lorsqu'il réussissait à me tirer dans son monde d'enfant que j'arrivais à oublier tous mes problèmes. Je me rendis compte à cet instant que je m'étais relevé et que mes pas m'avaient naturellement guidé jusqu'à chez moi. Je trouvai mon petit frère dans sa chambre - wow ça faisait réellement bizarre de l'appeler comme ça. Il était occupé à détruire une ville en Lego, qui avait visiblement pris des heures à construire, avec un dinosaure géant. Les enfants demeuraient une totale incompréhension dans mon esprit.

-Grand frère ! piailla-t-il en se levant d'un bond pour courir vers moi en m'apercevant sur le pas de la porte.

-Salut Mael, bredouillais-je maladroitement. Je me demandais...hum... Enfin, ça te dirait qu'on joue ensemble ?

Son visage s'éclaira d'un coup comme si c'était le jour de Noel.

-Bien sûr. Tu n'as qu'à faire la police qui vient arrêter le T-rex qui détruit la ville.

Je ne m'appesantis même pas sur l'absurdité du scenario et m'exécutai docilement. Je me sentais pathétique à venir soigner mes peines de cœur auprès de mon petit frère de six ans. Le pathétique Shawn qui vient se consoler en jouant aux Lego. Mais je m'abandonnais à cet univers absurde et rentrai dans le jeu de Mael. Non, je ne repartirais pas à Lille. J'allais faire ma vie comme je l'entendais ici. Si éviter Adrien avait réussi à apaiser la passion dans mon cœur une première fois, je pouvais bien m'arranger pour ne pas le croiser en restant cette fois-ci dans la même ville que lui. J'allais reprendre ma vie en main. Le fait qu'il n'en fasse plus partie allait être douloureux mais je devais me faire à l'idée. Je savais que le temps et mes amis qui étaient au courant allaient m'y aider. Et puis, me dis-je en voyant Mael ravager la ville de plus belle, peut-être que j'allais pouvoir m'investir plus dans mon nouveau rôle de grand frère. La police entra alors en scène pour remettre de l'ordre dans les ravages causés par la bête destructrice.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Yatagarasu3rd

L'amour ? Cela ne represente pas grand chose tant sa perception est différente selon les consciences. Est-il vraiment conscient ? Non ! Tout porte à croire que l'on en est victime, qu'il s'impose tristement aux esprits qui ne savent qu'il est imaginaire. Aux personnes qui peinent à le refouler. C'est comme un réflexe, mais qui au lieu de nous protéger nous rend plus vulnérable.

L'amour c'est le carburant de la haine, un repas qui une fois complètement consommé, nous rapproche du trépas.
1
0
0
0
Défi
Lumière d’écrits
Ça vient d’un livre que j’écris mais pas sur Scribay peu-être un jour je le mettrai sur Scribay (j’en suis au premier jet).
2
1
3
1
Défi
Elisabeth Blockelet


Il était là, accoudé au comptoir de notre bar favori. Ce bar, témoin de tous nos fous rires, de tous nos coups de gueule et de toutes nos confidences. Nous nous connaissions depuis des années, il m’avait vu grandir, devenir une femme, il me considérait comme une petite sœur alors que j’avais seulement deux ans de moins que lui. Comment lui dire qu’il était bien plus depuis tout ce temps ? A chaque fois que je le voyais, mon cœur battait la chamade, je devenais rouge et timide, le monde pouvait s’écrouler, il n’y avait que lui qui comptait à mes yeux. Il se moquait souvent de moi, mettant ça sur le compte de ma timidité, mais c’était bien plus. Malgré cette timidité dont il m’affublait, j’aimais faire rire toute la petite bande. Tout le monde me regardait attentivement en attendant le dénouement de mon énième histoire passionnante. Je sentais son regard plein d’admiration, ce regard plein de malices qui me donnait tellement de forces, mais me rendait si vulnérable. J’aimais son rire, un rire si joyeux, si naturel. N’importe qui fondrait devant lui tellement il était beau, charmant et attentionné.
Il était là, dans notre bar, il m’attendait. J’avais osé l’inviter dans ce bar, sans la bande pour que l’on parle. Il ne savait pas pourquoi, mais j’étais bien décidé à lui avouer mes sentiments, à lui dire tout ce que j’avais sur le cœur.
Je rentrai fébrilement dans ce bar. Il m’entendit entrer et tourna la tête vers moi. Il sortit son beau sourire. Je le rejoignis avec assurance comme si tout allait bien. Mais mon cœur disait le contraire. Nous nous installâmes à une table.
- Alors pourquoi m’as-tu fait venir ? Ça semblait important.
- Cela fait des années qu’on se connait toi et moi. Je dois avouer que je t’aime beaucoup.
Je n’arrivai pas à le regarder en face, mes yeux étaient figés sur les verres posés sur la table. Mes mains tremblaient. Il le remarqua immédiatement et posa ses mains sur les miennes pour les serrer avec force. Je sentais la chaleur de sa peau. Il sourit doucement et cela me mit instantanément en confiance.
Je souris et le regarda dans les yeux.
- Je t’aime beaucoup plus qu’en tant qu’amis.
- Oui oui moi aussi.
Le temps s’arrêta net à cet instant. Le monde n’existait plus. Seuls nos regards fixaient l’un sur l’autre ne comptaient. Et ce baiser langoureux et chaud fut le début d’une nouvelle page pour nous deux.
1
3
16
2

Vous aimez lire EightNoAme ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0