Chapitre 9

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Adrien me tira quelques rues plus loin avant de s'arrêter près d'un marchand de glace. Toujours sans un mot, il en acheta deux, une à la menthe et une à la fraise qu'il me tendit. Je le remerciai dans un murmure en m'asseyant sur un banc à côté de lui. Une pointe de satisfaction pointa en moi en constatant qu'il n'avait pas oublié mes goûts. Le silence se prolongea pendant que nous mangions notre glace l'un à côté de l'autre. Finalement, alors qu'il commençait à manger son cornet, Adrien se lança.

-Je suis tellement désolé Shawn, j'ai été stupide. Je n'aurais pas dû dire ça. C'est juste que ton ami m'a tellement énervé.

-Nathan est un amour, l'interrompis-je. Il m'a beaucoup aidé à Lille et je lui dois beaucoup.

-Je n'aime pas ça, grogna-t-il. C'est moi qui aurais dû être là pour toi. Je ne devrais pas être le dernier à apprendre ce genre de chose alors que tout le monde semblait déjà au courant.

-La plupart l'ont deviné par eux-mêmes, annonçais-je, inconscient de la pique que je venais de lui lancer.

-Et ça m'énerve encore plus. Contre moi, précisa-t-il en me voyant hausser les sourcils. Je suis censé être celui qui te connais le plus et j'ai été incapable de voir l'évidence que j'avais sous les yeux.

Ce n'est pas la seule évidence qui t'échappe, pensais-je sarcastiquement, le regard perdu loin devant moi. Je croquai dans mon cornet pour m'éviter de dire une bêtise. Ou d'être trop honnête. Adrien cependant interpréta mon silence comme de la rancœur.

-S'il te plaît Shawn, pardonne-moi. Tu peux être ce que tu veux, hétéro, gay ou bi, tu resteras toujours mon petit frère de cœur, ajouta-t-il en posant sa main libre sur mon genou. Si tu savais combien je m'en veux, ça ne fait même pas une semaine qu'on se reparle et je gaffe déjà.

Je respirai profondément pour ne pas réagir plus que nécessaire à ce contact.

-Je ne t'en veux pas, le rassurais-je finalement sans encore oser le regarder dans les yeux.

Mes yeux étaient un véritable miroir et il n'était pas difficile d'y lire tous mes sentiments qui s'y reflétaient. Et je ne pouvais pas le laisser découvrir tout ce que j'avais à cacher, combien je tenais à lui, combien il me troublait, combien je l'aimais. Je me levai, dos à lui avant de lui lancer :

-Ecoute, je ne t'en veux vraiment pas. Je comprends que ce soit soudain pour toi et qu'il te faille un peu de temps pour admettre que je puisse être attiré par les hommes. Mais c'est comme ça, on ne choisit pas.

Alors que j'allais m'en aller, il me retint par le poignet, toujours assis sur le banc.

-Attends ! Je t'assure que ce n'est pas un problème pour moi Shawn. C'est juste que je suis suspicieux vis-à-vis de ce Nathan, ajouta-t-il, hésitant. Je me méfie de lui, j'ai peur qu'il te fasse du mal. Il n'est pas bon pour toi.

Je tournai la tête pour le regarder par-dessus mon épaule.

-Et qu'est-ce qui est bon pour moi Adrien, tu peux me le dire ?

Ne sachant pas quoi dire, il ouvrant et ferma la bouche plusieurs fois sans répondre. Résigné, je me dégageai d'un geste brusque pour rentrer chez moi cette fois. Etais-je en colère contre Adrien ? Non pas vraiment, il n'y était pour rien si son meilleur ami était désespérément amoureux de lui. Mais je n'avais pas aimé qu'il s'en prenne à Nathan sans le connaitre. Le métissé avait tellement fait pour moi. Et puis, pourquoi me reprochait-il d'avoir un amant quand lui devait certainement bien s'amuser avec Camélia ? Il n'avait pas le droit de vouloir contrôler ma vie après m'avoir délaissé comme ça. Tout à mes pensées, je ne vis pas arriver une mini tornade blonde quand je poussai la porte d'entrée.

-Grand frère ! piailla Mael en se jetant dans mes jambes qu'il enlaça de ses petits bras. J'ai fait des cookies avec maman comme elle ne travaille pas aujourd'hui. Tu veux venir les goûter ?

Automatiquement, je voulus refuser mais quelque chose m'en empêcha cette fois-ci. J'avais besoin de me changer les idées et quoi de mieux que l'innocence d'un enfant énergétique ? De plus, je n'étais pas contre quelques bons cookies. Je laissai donc Mael me tirer jusqu'au salon où Mary se trouvait déjà, installée sur le canapé avec une assiette de cookies devant elle sur la table basse.

-Bonjour Shawn, m'accueillit-elle avec un sourire sincère. C'était bien cette soirée chez ton ami ?

-Salut, répondis-je, plus réservé. Oui c'était pas mal, merci.

J'avais toujours du mal à m'habituer à voir mon père avec une autre femme que ma mère mais je savais que je finirais par m'y faire pour lui.

-Tiens, mange ce cookie ! Je l'ai fait spécialement pour toi, c'est le plus gros ! s'enthousiasma le petit blond en me tendant un gros cookie difforme.

-Heu...Merci, fis-je en me saisissant prudemment du biscuit.

Je pouvais bien lui faire plaisir s'il disait qu'il l'avait fait pour moi. Je mordis dedans devant son regard impatient, pressé d'avoir mon jugement.

-Il n'est pas mauvais du tout ce cookie, tu t'es bien débrouillé, le congratulais-je en lui ébouriffant les cheveux, déclenchant un petit rire.

Il me proposa ensuite de jouer avec sa mère et lui à des jeux de société. J'avis conscience que ce genre de moments étaient de plus en plus rare alors j'acceptai sans rechigner. Pour une fois, Mael avait réussi à m'entraîner dans toute la candeur de son monde enfantin et joyeux, loin des tracas du quotidien. Nous enchaînâmes les parties de Croque-carotte, de Monopoly junior, de SOS ouistiti et de Cluedo jusqu'à ce que mon père rentre à 19h. C'était fou comme je n'avais pas vu le temps passer. Mary était partie après la dernière de Monopoly pour préparer le repas. Mon père enleva sa veste et posa sa sacoche dans l'entrée avant de venir nous embrasser Mael et moi sur le front. Tandis qu'il s'approchait de ma nouvelle belle-mère pour l'embrasser plus intimement, je fus surpris de constater à quel point nous ressemblions à une vraie famille. Cela faisait longtemps que je n'avais pas connu un tel quotidien et je devais avouer que c'était vraiment apaisant. Le repas prolongea l'atmosphère léger de cet après-midi. Je constatai à nouveau que Mary était vraiment une excellente cuisinière alors que je dévorai mon poulet au curry. Je m'éclipsai après avoir remplis le lave-vaisselle pour appeler mes deux amis lillois. Je lançai un appel de groupe WhatsApp et ils décrochèrent dès la deuxième sonnerie.

-Alors, qu'est-ce qu'il s'est passé depuis hier soir ? attaqua aussitôt Maya.

-Et après votre départ surtout, enchaîna Nathan derrière elle.

Je me lançai dans un récit détaillé des événements, rougissant à certains passages tandis qu'ils n'en perdaient pas une miette. Lorsque j'eus fini, Nathan s'affala contre le dossier du canapé, les bras croisés derrière sa nuque, ce qui fit remonter son tee-shirt, laissant apparaître ses abdos que je ne pus m'empêcher de mater ouvertement.

-C'est que le petit Shawn est bien désobéissant, commenta le métissé avec un sourire narquois. Je croyais pourtant que ton cher Adrien t'avait interdit de me regarder à nouveau comme un amant.

-Il n'a pas à me dicter ma conduite, rétorquais-je. Je vois qui je veux et je fais ce que je veux de mon corps.

Même si mon cœur, lui, est soumis tout entier à sa personne, ajoutais-je en mon for intérieur, plein d'amertume.

-Le petit Shawn se rebelle, comme c'est mignon, ricana-t-il.

Maya me coupa avant que je n'aie le temps de répliquer.

-C'est vraiment bizarre. Je ne doute pas qu'il soit amoureux de Camélia mais il semble vraiment possessif et jaloux à ton égard.

-N'est-ce pas ? approuvais-je. Tu comprends mieux pourquoi c'est si dur de se détacher de lui. Moi j'ai arrêté d'essayer de le comprendre depuis longtemps. Mais si tu y arrives toi, tu me rendrais un grand service.

-En tout cas, il a été très sympa avec moi et ça ne me gênerait pas de le revoir. Ça me donnera une occasion d'apprendre à le connaître pour mieux comprendre ce qu'il se passe dans sa tête.

-Tu déconnes, s'indigna Nathan. C'est un vrai petit con. Désolé Shawn mais il ne respecte même pas tes choix et ne cherche même pas à te comprendre.

-Je pense que vous ne vous connaissez pas assez l'un et l'autre. Vous vous êtes basés sur une première impression et votre relation a mal commencé. Ça ira mieux la prochaine fois.

-Ce que tu peux être naïf mon petit Shawn. Ton Adrien ne m'appréciera jamais parce que j'ai osé toucher à son précieux Shawnie.

Je m'empourprai en l'entendant utiliser le surnom qu'Adrien me donnait.

-Ne m'appelle pas comme ça, rugis-je.

-Shawnie, Shawnie, Shawnie... chantonna-t-il pour m'énerver.

-Stop, arrêtez les mecs. On ne va pas se prendre la tête à cause de cette histoire. De toute façon Shawn tu fais ce qu'il te plaît et si tu veux continuer à avoir cette relation avec Nathan, Adrien finira par l'accepter pour toi.

Je fis une moue sceptique mais n'osais pas la contredire. Je parlais encore quelques minutes d'autres sujets avec mes amis avant de raccrocher. Maya voulait se coucher tôt pour essayer de trouver une voiture demain matin. J'allais prendre une douche avant de me glisser dans mon lit avec un livre, espérant trouver le sommeil. Je le finis au bout de deux heures et je n'étais toujours pas fatigué. J'éteignis la lumière pour essayer de m'endormir, en vain. J'avais essayé toutes les positions et rouler partout dans le lit, rien n'y faisait. Mon téléphone m'indiqua qu'il était quatre heures du matin. Pourquoi est-ce que je n'arrivais pas à bien dormir lorsque j'étais seul ? Soudain, je me redressai, une nouvelle idée en tête. Je poussai les couvertures et sorti de ma chambre pour rejoindre celle deux portes plus loin. Une petite tête blonde dépassait de sous la couette. Je m'approchai à pas de loup et le pris dans mes bras, sans oublier son doudou qu'il tenait de toute façon dans sa main, avant de revenir dans ma chambre. Il ouvra un œil quand je posai sa tête sur un de mes oreillers.

-Grand frère ? Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit-il.

-Rien du tout Mael. Ton grand frère a simplement besoin d'un petit câlin. Tu n'es pas content de dormir avec moi ?

Il marmonna une réponse que je supposais être positive et se roula en boule contre moi. Il se rendormit aussitôt, nullement perturbé par cette intervention nocturne. Je parvins à somnoler un peu. Peut-être que je dormirai quelques heures cette nuit finalement.

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