Chapitre 7

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Je me réveillais dans la même position le lendemain, à mon plus grand bonheur. Je profitai que le châtain soit encore endormi pour le détailler de près. Je gravai chaque courbes, chaque traits de son visage dans ma mémoire pour mieux les rappeler à moi quand je serais seul. Ce fut plus fort que moi, ma main vint s'approcher timidement de sa joue que j'effleurai d'une légère caresse. Je n'en revenais toujours pas d'avoir la chance d'être là, dans ses bras. J'avais l'impression de revenir de loin. Je jouai quelques instants avec une de ses mèches qui reposait sur sa joue en m'étonnant de sa douceur. Je la fis rouler une dernière fois entre mes doigts avant de poursuivre mon exploration. Mes doigts eurent un instant d'hésitation avant de venir effleurer ses lèvres. Un rire me tira de la transe de fascination dans laquelle je m'étais plongé. J'eus un bref sursaut avant de rougir fortement en me noyant dans les orbes vertes face à moi. Je m'éloignais d'un bond, honteux de m'être fait surprendre mais Adrien fut plus rapide et m'en empêcha en resserrant sa prise sur ma taille.

-Hé doucement chaton, murmura-t-il de sa voix rauque du matin.

Cela combiné au surnom me rendit encore plus rouge. J'avais très chaud d'un coup.

-Pas besoin de t'échapper comme ça, continua mon châtain, ce n'est rien. Tu peux me toucher le visage si tu veux, c'est ok. Je ne me souvenais pas que tu étais si timide avant, c'est mignon, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

-I-Idiot, grommelais-je en cachant ma tête dans son cou, gêné.

Il lâcha un rire en m'ébouriffant les cheveux. Personne ne pouvait dire que j'étais faible après ça. Il était parfaitement impossible de lutter contre mes sentiments quand il était aussi tendre avec moi. Sentant que mon cœur allait exploser s'il continuait à agir comme ça, j'amorçai un mouvement pour me lever. Je n'eus pas le temps d'aller bien loin qu'Adrien me ramena de nouveau contre lui, remontant une de ses jambes par dessus mon bassin pour me maintenir contre lui et m'empêcher de fuir.

-Où est-ce que tu vas ? Je veux rester encore un peu au lit et j'ai besoin d'un câlin de ma peluche préférée.

Je me souvenais que mon ami n'était pas du matin et qu'il aimait traîner au lit avant de se lever. J'aurais dû profiter d'être dans le cocon de son étreinte mais, sans vraiment savoir pourquoi, je le repoussai avec plus de force pour sortir de la couette.

-Arrête de dire des bêtises. Tu as une copine, ce n'est pas moi ta peluche préférée, rétorquais-je d'un ton sec qui m'étonna moi-même.

Je ne savais pas vraiment d'où me sortait ce sarcasme. J'avais toujours plus ou moins réussi à cacher ma jalousie et je ne comprenais pas pourquoi j'avais sorti ça là alors que ce n'était pas la pire chose qu'il m'ait dite depuis qu'il était en couple. Les yeux d'Adrien s'écarquillèrent suite à ma déclaration et j'aurais sûrement ri si la situation l'avait permis. Je marmonnai une vague excuse dans laquelle seul le mot toilette ressorti distinctement avant de prendre la fuite dans la salle de bain. Je me laissai glisser le long de la porte, enfouissant ma tête dans mes mains. Mais qu'est-ce qui m'avait pris ? Ce manque de contrôle ne me ressemblait pas du tout mais Adrien me faisait perdre tous mes moyens. S'il venait à découvrir mes sentiments pour lui, c'était la catastrophe. Qui savait comment il réagirait ? Mille scénarios sur sa réaction se jouaient dans ma tête. Mais aucun ne finissait bien. Comment cela l'aurait-il pu quand il y avait tellement d'obstacles entre nous ? Déjà - et c'était le plus important - il n'était pas gay. Et même s'il l'était, il me voyait bien trop comme son petit frère pour me considérer comme un candidat potentiel à son cœur.

-Shawn... fit une voix de l'autre côté de la porte. S'il te plaît, ouvre-moi. Ça me tue de t'entendre pleurer sans pouvoir te tenir dans mes bras pour te réconforter.

Ses mots me firent prendre conscience des sanglots qui secouaient mon corps. Je ne m'étais pas rendu compte que je m'étais mis à pleurer, même si cela paraissait plutôt normal quand on était occupé à penser qu'on ne vivrait jamais l'amour de sa vie. Car je savais parfaitement que mon amour pour Adrien était trop fort pour qu'il s'éteigne un jour. Cet amour était ancré au plus profond de moi et contribuait même à faire celui que j'étais. Il était en moi depuis si longtemps que j'étais certain de ne plus savoir comment vivre si cet amour me quittait. C'était cet amour, savoir qu'Adrien était bien là, qui me rendait capable me lever chaque matin. Car oui, j'avais beau avoir tenté de fuir cette part de moi en allant à Lille, cela n'avait au final servit qu'à confirmer ce dont je me doutais déjà fortement : j'étais irrévocablement et éperdument amoureux d'Adrien Gray. Et à cet instant, je me fichai bien qu'il ait une copine ou non, que j'ai une chance ou non. J'avais peur d'avoir tout gâché et voulait profiter un maximum de sa présence avant d'être de nouveau séparé de lui. J'ouvris la porte d'un geste brusque. Lui-même sembla être désarçonné par la soudaineté de mon mouvement puisqu'il fit un pas avant, déséquilibré comme il était appuyé sur la porte. J'entourai son cou de mes bras et m'affalai sur lui, pleurant à chaudes larmes tout ce que j'avais sur le cœur. Il passa un de ses bras sous mes genoux, l'autre sous mon dos et me souleva pour me ramener sur le lit en me berçant contre sa poitrine pour calmer mes sanglots. Il s'étendit sur le lit, m'allongeant sur son corps sans relâcher sa prise sur moi.

-Chuuut, respire calmement, ça va aller, me calma-t-il alors que je m'accrochai désespérément à lui.

Je retrouvai une respiration normale en quelques minutes. Ressentir toutes ces émotions différentes d'un coup m'avait épuisé et je me retrouvais à somnoler sur Adrien, bercé par mon châtain qui me caressait le dos et me faisait des papouilles dans les cheveux.

-Pourquoi essaies-tu tant de me fuir sunshine ? Tu m'en veux encore de t'avoir délaissé en passant trop de temps avec Camélia ? s'enquit-il.

Je me crispai à l'entente de son prénom et il interpréta mon crispement comme une approbation.

-Je suis désolé. J'aime énormément Camélia mais tu es ma priorité. Tu es mon petit frère, je te connais depuis tout petit. Je m'en veux de t'avoir laissé livré à toi même pendant un an et de ne pas avoir été là pour te protéger. C'est de ma faute si tu t'es éloigné mais je vais réparer ma bêtise, je te le promets.

Bon sang, comment des paroles pouvaient être à la fois si douloureuses et si réconfortantes ? Détendu par ses mains qui glissaient sur ma peau nue, je finis par m'endormir une seconde fois dans les bras d'Adrien.

Quand je me réveillai, toutefois, j'étais seul dans le lit. Une délicieuse odeur me parvenait de la cuisine et je m'empressai de m'habiller avant de descendre voir ce qui s'y préparait. J'eus la bonne surprise de découvrir Adrien devant les fourneaux en train de nous préparer des pâtes carbonara qui me faisaient saliver d'avance.

-Je vois que la marmotte est réveillée, ria le châtain en m'entendant approcher.

-C'est toi qui as voulu traîner au lit, soulevais-je.

-On ne contredit pas ses aînés, asséna-t-il en m'administrant un coup sur la tête avec une cuiller en bois.

J'essayai de lui arracher des mains pour me venger mais il fallait se rendre à l'évidence, il était plus fort que moi. L'ambiance fut donc beaucoup plus légère qu'en début de matinée quand nous sommes passés à table. Nous n'avons abordé que des sujets légers pendant le repas et rire de nouveau avec lui me fit un bien fou. Je l'aidais ensuite à faire la vaisselle dès que nous eûmes fini de manger. Le bruit de la sonnette nous interrompit pendant notre corvée. Adrien alla ouvrir pendant que je pestai intérieurement contre ce visiteur inopportun. Cependant, je m'arrêtai dès que je vis une chevelure brune passer la porte de la cuisine. Je jetai mon torchon sur la table et m'avançai vers le nouveau venu, un grand sourire aux lèvres.

-Alex mon pote, ça me fait tellement plaisir de te revoir !

Je lui posai une main affectueuse sur l'épaule en échangeant avec lui une puissante poignée de main de l'autre.

-Moi aussi mec, me répondit-il sur le même ton enjoué. Assna nous a dit que tu étais revenu il n'y a pas longtemps, on va enfin pouvoir se refaire des sorties tous ensemble !

C'était dingue que je réalise seulement en les voyant à quel point ils m'avaient manqué. Ça me donnais encore plus hâte de voir Amy et Eden. Alexander n'avait pas changé, il avait toujours ce franc sourire collé au visage, comme si tous ses ennuis glissaient dessus sans le toucher. Adrien lui dit de s'installer au salon pendant que nous terminions la vaisselle. Je rayonnai de joie suite à la visite inattendue de notre ami mais je voyais bien que notre hôte semblait quant à lui considérablement refroidi.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? lui demandais-je comme je n'aimais pas voir autre chose que de la joie sur le visage de celui que j'aimais. La présence d'Alex te dérange ?

Il secoua simplement la tête, ce qui m'énerva car j'avais l'impression d'être pris pour un imbécile quand il était évident que quelque chose lui déplaisait. Je posai mon torchon devant moi et lui attrapai la manche pour le forcer à se tourner vers moi.

-Ne me prends pas pour un imbécile, je vois bien que quelque chose te tracasse.

Sans que je puisse l'anticiper, Adrien me piégea entre l'évier et son corps, les mains posées sur le rebord derrière moi. Je n'avais pas vu venir ce rapprochement et une petite rougeur incontrôlée gagna mes joues.

-Qu'est-ce que...

-Pourquoi ? me coupa-t-il.

-Hein ? lâchais-je hébété en clignant des yeux.

De quoi parlait-il ?

-Pourquoi, répéta-t-il plus lentement, pourquoi Alexander a eut droit à un accueil si joyeux avec un grand sourire quand je n'ai eu que de la fuite et de la timidité ?

-Ce n'est pas pareil... bafouillais-je en me tortillant, coincé entre ses bras.

-Je peux savoir en quoi ?

-Alex est juste un ami et toi...heu...enfin tu comprends.

J'avais l'impression de m'enfoncer et que mes sentiments étaient inscrits sur mon front. En rouge clignotant.

-Non je ne comprends pas Shawn, s'obstina-t-il. Explique-moi.

-Tu sais bien qu'on a toujours eu plus qu'une amitié banale, avouais-je finalement en sachant qu'il ne me lâcherait jamais sinon. Je veux dire que tu es plus important que n'importe lequel de mes amis et ça rend notre relation plus profonde. Enfin je n'arrive pas à bien le dire mais c'est ce qu'il m'avait semblé en tout cas, m'embrouillais-je comme il restait silencieux. Je veux dire...je veux dire que...

Heureusement, il eut la gentillesse de couper court à mon baratin

-C'est bon, fit-il en souriant de nouveau malicieusement, j'ai entendu ce que je voulais entendre.

Confus, je le regardais sans bouger se reculer et ranger le reste de la vaisselle. Avant de disparaître de la cuisine, il se tourna vers moi et me balança par dessus son épaule :

-Toi aussi tu es le plus important pour moi, Shawnie.

Je restais seul dans la cuisine, un peu sonné. C'était moi ou à l'instant... Non, c'était impossible ? Adrien ne pouvait pas m'avoir fait une crise de jalousie...

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