Chapitre 6

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Adrien avait tenu parole et m'avait envoyé un message le soir même pour me demander si j'étais libre pour dormir chez lui le lendemain. Je m'étais empressé de lui répondre par l'affirmatif, en tâchant d'ignorer la chaleur qui m'était montée aux joues en constatant qu'il pensait toujours à moi alors qu'il était avec sa copine. Évidemment, excité comme je l'étais ( sans mauvais jeu de mots) à l'idée de le revoir si vite, j'avais peu dormi cette nuit là mais rien n'aurait pu entacher ma joie de retrouver nos instants de complicité. J'avais tout de suite avertit Maya et Nathan, trop heureux de retrouver notre ancienne relation. Ils avaient été cependant beaucoup moins enthousiastes que moi, inquiets que je me fasse de nouveaux espoirs. Je devais avouer que c'était désormais le moindre de mes soucis. Mon amour pour Adrien avait tendance à me rendre déraisonnable au possible.

Une heure et demie avant de partir chez lui, je pris une rapide douche. J'allais ensuite me planter devant mon armoire, une simple serviette nouée autour de la taille. Je me retrouvais comme une fille en train de chercher la tenue parfaite pour son premier rendez-vous avec son petit copain. Sauf que de un, je n'étais pas une fille, de deux, ce n'était pas un rendez-vous et de trois la personne chez qui j'allais n'était même pas mon petit copain. Avec un soupir de résignation, je rangeais ma chemise à carreaux. De toute façon, il n'allait même pas faire attention à ma tenue. Je pris donc un simple tee-shirt Game of Thrones. Je mis quelques affaires de toilette dans un sac. J'étais seul à la maison et je m'en allais donc sans prévenir. Adrien habitait à vingt minutes à pied de chez moi alors je ne pris pas la peine de prendre ma voiture. Marcher me ferait du bien et me permettrait de me calmer un peu avant d'arriver chez lui.

J'avais été heureux depuis que j'avais reçu son message mais je me surpris maintenant à me trouver un peu stressé. C'était la première fois depuis plus d'un an que nous allions passer un long moment rien que tous les deux. Et s'il m'en voulait encore? Et si les choses ne se passaient plus naturellement entre nous? Et s'il se rendait compte que nous nous étions trop éloignés et qu'il n'avait plus besoin de moi dans sa vie? J'essayais de chasser ces idées de ma tête alors que je tournai dans sa rue. Je m'arrêtai devant le numéro 18, marquai un temps d'arrêt et respirai un bon coup. Ok Shawn maintenant il faut toquer. Juste deux coups. Ouais je pouvais faire ça. Facile. Je m'aperçus toutefois en sortant ma main de ma poche qu'elle tremblait un peu. Mince, j'avais passé des dizaines et des dizaines de soirées ici et tout s'était merveilleusement bien passé, pourquoi cette fois-ci serait différente? Cette pensée m'encouragea et je profitai de cet instant de courage pour frapper. J'entendis des bruits de pas de l'autre côté de la porte alors que je triturai nerveusement une couture qui dépassait de mon jean. Finalement, un Adrien au sourire rayonnant ouvrit la porte en grand. En réaction à quoi mon cœur commença à s'emballer un peu trop dans ma poitrine.

-Shawn ! m'acccueillit-il joyeusement. Ça me fait plaisir que tu sois là.

Comment étais-je censé résister après ça ?

-Salut, fis-je plus timidement. C'est vrai que ça fait longtemps depuis la dernière fois.

-Entre, surtout fais comme chez toi.

Il s'effaça pour me laisser entrer et me lança dès que je le doublai:

-Sympa ton tee-shirt au fait.

Je me fis un facepalm mental. Je savais que j'aurais dû mettre ma chemise finalement. Il me regardait peut-être plus que je ne le pensais.

Nous reprîmes naturellement notre ancienne routine. Commande de pizza - Napolitaine pour moi, Quatre fromages pour lui, beaucoup de Coca et une bonne série de films.

-Tu veux regarder quoi ce soir ? me demanda-t-il justement.

-Comme tu veux, je te laisse choisir.

-Ok alors on va commencer par le dernier Avengers, s'exclama-t-il avec enthousiasme. Tu l'as déjà vu ?

Je secouai la tête. Son choix ne m'étonnait pas, il n'avait vraiment pas changé. Nous avons décidé d'attendre les pizzas avant de lancer le film sur son ordinateur. Nous en avons donc profité pour continuer notre discussion d'hier en nous racontant tout ce que l'autre avait manqué en un an.

-Au fait, ta rencontre avec ta belle-mère ? lança-t-il à un moment de la discussion.

-Elle est plutôt cool, dis-je en repensant à notre rencontre d'hier. Elle s'appelle Mary et elle est conductrice de trains. C'est pour ça qu'elle travaille parfois de nuit et que mon père doit garder le petit monstre. Mais elle est plutôt sympa et elle cuisine bien. Au moins il y aura quelqu'un dans la famille pour nous sauver de l'intoxication alimentaire. Je suis surtout content que mon père ne soit plus tout seul. Il n'avait rencontré personne comme ça depuis le divorce.

-Tant mieux alors, tu aurais pu tomber sur une horrible marâtre, ria-t-il en se levant pour aller chercher les pizzas comme le livreur venait de sonner.

Je profitai de son absence pour mieux détailler sa chambre. Rien n'avait vraiment changé. Je remarquai des nouvelles photos de sa copine sur son bureau. Je décalai une pile de manuels devant pour ne plus les apercevoir depuis le lit. Je savais que c'était mesquin mais je ne pouvais pas supporter de voir sa tête alors que j'étais enfin seul avec Adrien. Je vis que la photo de nous deux au skate park trônait toujours sur sa bibliothèque et cela me réchauffa le cœur. Mon portable sonna alors qu'Adrien revenait dans la pièce, les mains encombrées par les cartons de pizza qui répandaient une délicieuse odeur. J'allais rejeter l'appel pour avoir la paix quand je vis s'afficher le numéro de la maison. Décidant que c'était peut-être important, je m'excusai auprès de mon ami avant de décrocher.

-Allô, fis-je.

-Grand frère, c'est bien toi?

C'était une malédiction ! Allait-il vraiment me poursuivre partout où j'irais ?

-Qu'est-ce qu'il y a Maël ? fis-je exaspéré qu'il m'ait interrompu dans un moment avec celui que j'aimais. Et puis comment as-tu eu mon numéro ?

-Facile, il est enregistré dans les contacts du téléphone fixe, rétorqua-t-il.

-Tu es tout seul à la maison ? demandais-je quand même en me demandant pourquoi il m'appelait.

-Non, maman est dans la cuisine et papa va bientôt rentrer. Mais je voulais jouer avec toi aux Power Rangers et t'es pas là.

-Même si j'avais été là je n'aurais pas joué aux Power Rangers, l'informais-je.

Adrien me lança un regard amusé en entendant cela.

-Tu es encore avec ton amoureux du skate park c'est ça ? rétorqua le marmot au bout du fil.

Je manquai de m'étouffer avec ma salive. Comment un gosse de 6 ans pouvait- il avoir deviné ça quand le principal intéressé ignorait tout de mes sentiments ?

-Je suis chez mon ami Adrien, oui, répondis-je en appuyant bien sur le mot ami.

-C'est pas ton ami, répliqua Maël, têtu. C'est ton amoureux. Tu le regardes comme maman regarde papa.

Je ne pu m'empêcher de rougir en ayant cette discussions devant le dit amoureux.

-Écoute Maël, tu gardes ça pour toi, ok? On en reparle en rentrant.

-Ok, je ne dis rien seulement si tu joues aux Power Rangers avec moi en rentrant, enchérit-il du tac au tac.

Je poussai un soupir, vaincu.

-C'est d'accord...

-Génial, à demain grand frère ! Ne faites pas trop de bêtises !

Il raccrocha sans me laisser le temps de répondre et je dévisageai longuement mon téléphone. J'étais pratiquement sûr que ce n'était pas normal d'être aussi rusé et manipulateur à 6 ans. Adrien me demanda si tout allait bien et j'éludai rapidement le sujet, bien décidé à profiter pleinement de ma soirée. Nous nous sommes de nouveau installés dans son lit pour manger nos pizzas, l'ordinateur posé entre nous. Les trois heures suivantes que durèrent le film furent plutôt calme. Comme d'habitude, Adrien ne pu se retenir de faire des commentaires toutes les cinq minutes. Cela en aurait énervé beaucoup mais j'aimais cette facette enfantine chez lui. De plus, je n'aurais rien pu dire, bien trop fasciné par cette main qui effleurait parfois ma cuisse. Oui, j'étais pathétique. Comme il était seulement vingt-trois heures à la fin du film, Adrien décida d'aller se laver rapidement pour se mettre à l'aise après. C'était vrai que passer la soirée en jean n'était pas des plus agréable. Je me changeai dans sa chambre pendant qu'il était sous la douche. Avant, nous avions l'habitude de dormir tous les deux en caleçon alors j'hésitai quant au choix de ma tenue. Mais même si je le voulais uniquement pour moi, Adrien était en couple et je devais respecter ça. Je devais accepter de ne pas être celui qui le rendrait heureux et qui le comblerait toute sa vie. C'est avec ces pensées en tête que j'enfilai simplement le bas de jogging ainsi que le tee-shirt que j'avais prévu. Même s'il me voyait comme un simple ami, je me sentirais honteux de dormir à moitié nu avec lui en sachant que nous ne partagerions pas les mêmes pensées. Je savais aussi que je ne pourrais m'empêcher de le regarder et pas de la façon amicale que je le devrais. Cependant, Adrien semblait en avoir décidé autrement puisqu'il déclara sitôt entré dans la chambre :

-Qu'est-ce que tu fous habillé comme ça? Tu ne dors plus en caleçon? me demanda-t-il en entrant, lui-même dans cette tenue.

Je m'efforçai de détourner le regard et déglutis difficilement. Oui bon, j'avais peut-être prit le temps de le détailler un peu.

-Heu...s-si, bégayais-je lamentablement.

Il plissa les yeux dans ma direction, se demandant sûrement pourquoi j'agissais si bizarrement.

-Ne fais pas ton timide alors, mets-toi à l'aise.

Qu'on ne vienne pas me dire que je n'avais pas fait preuve de bonne volonté. Je me déshabillai d'un geste lent, les joues rouges en sentant le regard du châtain qui ne me quittait pas, pour me retrouver finalement en caleçon. Je me glissai pour la troisième fois de la soirée à ses côtés, dans son lit.

-Qu'est ce qu'on regarde cette fois? l'interrogeais-je.

-Ça 2, m'annonça-t-il simplement.

Je le regardai, la tête inclinée. Qu'est-ce qui lui prenait ? Il savait parfaitement que les films d'horreur me faisaient flipper. Il m'ignora, se contentant de lancer le film. Je ne dis rien et me calai mieux contre les coussins, appréhendant la suite. Le début du film n'était pas trop flippant. Je remontai seulement quelques fois la couette devant mes yeux mais c'était tolérable. Au bout d'une heure toutefois, je commençai à sentir une boule d'angoisse se former dans mon estomac. La noirceur de la pièce me paraissait de plus en plus inquiétante. Mine de rien, je me rapprochai petit à petit d'Adrien, en quête de réconfort, sans toutefois oser le toucher. S'il l'eut remarqué, il n'en dit rien et continua à fixer l'écran. Seulement, le clown apparu subitement et je ne pu retenir un petit cri aigu, tout sauf viril, de franchir mes lèvres. Cette fois, je planquai entièrement ma tête sous la couette. La situation ne m'amusait pas du tout. Toujours sans un mot, je sentis Adrien m'attirer contre lui. Je me retrouvai alors la tête sur son épaule, à moitié grimpé sur lui et la chaleur de son torse m'apporta un réconfort immédiat. J'entremêlai mes jambes aux siennes et me calai de façon à entendre les battements réguliers de son cœur, ce qui acheva de m'apaiser. Il me caressa la chute des reins de sa main dont le bras était passé sous ma tête. Je poussai un soupir de bien-être. Je me sentais à ma place comme jamais, là, au creux de ses bras. Cette position me semblait tellement naturelle et nos corps s'imbriquaient tellement parfaitement que je m'étonnai qu'il ne remarque pas lui aussi à quel point nous étions fait pour être ensemble. Il enfouit son nez dans mes cheveux et prit une profonde inspiration avant de déposer un baiser léger comme une plume sur mon front. Bon sang, mon cœur allait exploser.

-Shawnie, commença-t-il d'un voix grave et basse qui me mit dans tous mes états, je vois bien que même si on s'est rapproché de nouveau tu restes distant. Je sens bien que tu me caches encore des choses mais je veux vraiment retrouver notre relation d'avant. Tu es de nouveau avec moi mais pourtant tu restes si éloigné. Tu es vraiment important pour moi et tu m'as tellement manqué. J'aimerais ne jamais te lâcher pour être sûr que tu ne t'éloignes plus et que tu ne partes plus jamais loin de moi.

La gorge nouée, je fus incapable de répondre. Je le regardai fasciné par tout ce qui sortait de cette bouche qui me tentait tant. Je me nourrissais de ses paroles. Ses mots me touchaient tellement. Je comprenais maintenant qu'il avait fait exprès de mettre un film d'horreur pour que cet instant arrive et je comptais bien profiter un maximum de ce rapprochement bienvenu. Je respirai à pleins poumons son odeur naturelle qui m'avait tellement manqué. Je voulais m'en imprégner pour l'avoir partout avec moi. L'idée de quitter ses bras me sembla être l'épreuve la plus terrible de ma vie et cette pensée me fit me coller encore plus à lui, si cela était possible. Il resserra sa prise autour de moi en réponse, rapprochant nos deux corps au maximum. Le film ne me faisait plus peur du tout maintenant que j'avais mon Adrien auprès de moi pour me protéger.

-Je t'aime, soufflais-je comme Morphée commençait à m'emporter.

-Moi aussi Shawnie, me répondit-il en embrassant ma joue. Moi aussi.

Et ce fut ainsi que je m'endormis, bercé par les battements de son cœur alors que le mien battait pour lui à l'unisson.

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