Chapitre 5

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Me retrouver à quelques pas d'Adrien après tant de temps me paraissait presque irréel. Je commençai à regretter de ne pas avoir mieux choisit mes vêtements. C'est vrai, repasser mon tee-shirt m'aurait demandé cinq minutes. Lui était toujours impeccable et je sentis ma bouche devenir sèche tout à coup alors que mon regard glissait sur son tee-shit. Merde, pourquoi fallait-il qu'il ait des hauts qui le mettent autant en valeur aussi ? Le babillage de Maël n'était plus qu'un bruit de fond et toute mon attention était déjà entièrement portée au châtain devant moi. Je dû prendre sur moi pour ne pas juste tendre ma main pour la poser sur ce torse qui me faisait tant envie malgré moi. Je me forçai à relever les yeux vers ses orbes vertes qui étaient elles aussi posées sur moi.

-Salut Shawn, lança-t-il simplement.

Sa voix rauque m'envoya des frissons tout le long de la colonne vertébrale mais je fis mine de rien. Je redoutais - attendais ? - ce moment depuis un an. J'étais parti pour me mettre en tête que nous ne serions jamais rien de plus que des amis mais je me retrouvais plus démuni que jamais dès que je le voyais. J'inspirai profondément et pris soin d'avoir l'image de Camélia à l'esprit avant de lui répondre.

-Hey Adrien. Comment ça va depuis le temps?

Parfois, je méritais vraiment des baffes. Qu'est ce qui m'avait pris de balancer ça normalement alors que c'était moi qui m'étais mis à l'ignorer? La façon dont il haussa les sourcils m'indiqua qu'il devait penser la même chose.

-C'est plutôt à toi qu'il faut demander ça, souleva-t-il en croisant ses bras sur son torse.

Je me forçais à détourner mon regard de ses biceps saillants et d'avoir la décence de paraître gêné.

-Adri, ce n'est pas ce que tu crois...

-Et qu'est ce que je suis censé croire exactement ? m'interrompit-il en commençant à s'énerver. Tu peux me le dire peut-être Shawn, ce que j'ai fait pour mériter un an de silence?

-Je...Écoute Adrien...

-Stop, pas la peine de te fatiguer pour rien. Tu l'as sûrement oublié ça aussi mais je te connais par cœur et je sais que là tu allais me sortir un gros baratin. J'ai été surpris de te voir ici hier, je ne savais même pas que tu étais rentré et ça m'a foutu un coup au moral de savoir qu'on en est arrivé au point où tu fais ta vie sans me parler de rien. Je me doutais que tu reviendrais bientôt ici, tu as toujours aimé cet endroit et j'ai besoin d'explications. Shawn tu es mon meilleur ami, comme un frère pour moi même, j'ai besoin de savoir ce qui cloche entre nous. Je ne peux pas laisser des conneries de non-dits gâcher notre amitié.

Je baissai la tête au sol suite à ses mots. D'un côté j'étais content qu'il s'accroche encore à notre relation et qu'il ne veuille pas l'abandonner mais de l'autre, et c'était le plus douloureux, je ne pouvais que constater une énième fois que justement je ne serais jamais qu'un ami à ses yeux. Je pensais que l'ignorer était la meilleure solution pour l'oublier mais il fallait que je me rende à l'évidence, jamais je ne réussirais à oublier Adrien Gray, il était bien trop gravé en moi et je ne saurais plus comment vivre dans un monde où il n'existerait pas. Je ressentis un grand abattement me peser sur les épaules alors que je me résignais enfin à admettre que mon cœur ne battrait jamais pour un autre que pour lui.

-Tu as raison, j'ai déconné. Je sais que tu ne méritais pas ce silence de ma part et je suis désolé de t'avoir fait subir ça, vraiment. Mais je ne peux pas te dire pourquoi je suis parti, j'avais juste besoin de me retrouver seul pour faire le point. Pardonne- moi...

Son regard s'adoucit à la fin de ma phrase tandis qu'il m'attirait dans une grande étreinte.

-Viens la gros bêta! Tu ne crois pas que tu aurais pu tout simplement me le dire avant? Je ne suis pas débile non plus, j'aurais compris.

Je ne répondis rien et poussai un soupir de bonheur, le visage enfoui dans son cou. Je réalisai alors que c'était seulement maintenant que j'étais rentré chez moi car au plus profond de moi, j'en étais persuadé, ma place était au creux de ses bras. J'aurais donné n'importe quoi pour n'avoir jamais à en bouger afin de continuer à sentir son effluve naturelle mêlée à celle de son habituel parfum Giorgio Armani. Tout chez cet homme m'ensorcelait, j'étais sous le charme le plus complet. Et je devais être complètement fou car pour rien au monde je ne regrettais mes sentiments dans ces instants là.

-Tu m'as manqué, soufflais-je contre son torse.

-Toi aussi Shawnie, toi aussi, avoua-t-il en resserrant sa prise sur mes hanches.

Adrien était le seul à pouvoir m'appeler comme ça sans que je ne pète un câble. Je détestais qu'on m'appelle par ce surnom mais bizarrement, sortant de sa bouche ça ne m'avait jamais dérangé. J'aurais pu rester des heures et des heures à profiter de la chaleur réconfortante de ses bras qui m'enveloppaient mais c'était sans compter sur un "petit détail".

-Vous ressemblez aux deux mecs dans le manga yaoi de ma cousine.

Pourquoi diable avait-il fallu que je tombe sur le seul gosse de 5 ans qui connaisse le yaoi ? Je pensais qu'Adrien s'empresserait de s'écarter après ça mais je fus agréablement surpris de le voir s'esclaffer et se tourner vers Maël en gardant toutefois une main nonchalamment posée sur ma hanche. Ce léger détail suffit à faire rosir mes joues.

-En plus, ajouta-t-il, Shawn c'est Mon grand frère. Tu n'as qu'à t'en trouver un autre mais tu touches pas touche au mien!

-Je ne suis pas un objet,! m'offusquais-je tandis qu'Adrien se marrait à mes côtés.

-Tu ne m'avais pas dit que tu avais un petit frère, remarqua finalement ce dernier.

-Je m'appelle Maël! J'ai 6 ans et demi et je suis en CP, se présenta alors mon soi-disant frère. Mon meilleur copain s'appelle Kévin. Il est dans ma classe à l'école. Mon personnage préféré dans Marvel c'est...

-On va s'arrêter là, merci Maël, l'arrêtais-je.

Il avait appris sa présentation mot pour mot ou quoi? Exaspéré, je me tournai vers celui que j'aimais pour lui expliquer la situation.

-Maël est le fils de la copine de mon père. En ce moment elle travaille de nuit donc je ne l'ai jamais rencontrée. Du coup il reste chez nous et mon père le garde.

-Maman sera là ce soir, m'apprit alors le petit monstre.

-Super, lâchais-je d'une voix pleine d'ironie.

-Je vois que vous vous entendez déjà bien, ria Adrien.

Je le fusillai du regard. Pardon? Où pouvait-il trouver une seule once d'affection de ma part pour ce morveux?

-Oui, répondit-il naïvement. Shawn allait justement m'apprendre à faire du skate. Papa dit qu'il est très fort.

-Et il a bien raison, l'approuva le châtain en lui ébouriffant les cheveux. Tu sais que c'est aussi lui qui m'a appris à skater?

-C'est vrai? Il devrait devenir prof de skate, je suis sûr qu'il deviendrait très riche!

Je levai les yeux au ciel face à tant d'absurdité. J'avais du mal à m'émerveiller devant l'innocence de la jeunesse.

-Je peux rester un peu avec vous? m'interrogea mon ami.

Je sentis mon cœur rater un battement à la perspective de passer à nouveau du temps au skate park avec Adrien.

-Euh... Oui bien sûr, avec plaisir même, bafouillais-je.

Force m'était d'admettre que son sourire avait toujours la même capacité à me déstabiliser et à me faire perdre mes moyens.

Nous avons donc passé les deux heures suivantes tous les trois. Je montrai quelques techniques de base à Maël et profitai de ses nombreuses tentatives pour parler de tout et de rien avec Adrien. Comme avant. J'avais l'impression de rattraper le temps perdu. Et pour la première fois depuis mon retour, l'idée de réunir toute la bande m'enthousiasma, j'avais même hâte que nous nous retrouvions tous ensemble.

Surtout que je n'avais parler qu'à Assna de mon retour, j'espérais que les autres ne m'en voudraient pas trop. Avant mon départ, nous avions l'habitude de nous réunir très souvent chez Eden et Alexander qui habitaient ensemble et qui étaient les premiers à avoir pris leur indépendance. Nous avons aussi longuement parlé de notre prochain voyage pour voir Amy. Son père nous avait contacté pour lui organiser son anniversaire surprise dans une semaine. Il s'était cotisé avec son parrain pour payer à notre bande de cinq nos billets d'avion comme Amy serait encore à Manchester à ce moment là. J'avoue que j'étais pressé d'y être. Nous allions loger chez le parrain de notre amie. Nous avions l'habitude de tous nous entasser dans une pièce sur des matelas gonflables alors le logement ne serait pas un problème. Et je ne pouvais m'empêcher de penser que, comme d'habitude, j'allais finir par partager mon lit avec Adrien. Je savais que c'était mal de penser ça alors qu'il me considérait seulement comme un ami, dans un sens j'avais presque l'impression de profiter de lui, mais c'était plus fort que moi. Évidemment, j'avais aussi hâte de revoir ma meilleure amie après tout ce temps et de visiter cette ville dont elle nous avait tant parlé. Après tout, je n'avais jamais mis les pieds autre part qu'en France alors cette idée m'excitait particulièrement. J'avouais être légèrement angoissé à l'idée de prendre l'avion mais j'évitais de trop y penser pour l'instant.

Au bout d'une autre trentaine de minutes cependant Adrien se leva comme nous nous étions assis contre le grillage en regardant d'un œil Maël s'exercer. Je lui jetai un regard interrogateur.

-Je vais devoir y aller, j'ai promis à Camélia d'aller la chercher à son cours de violon.

Ces paroles me firent l'effet d'une douche froide. Évidemment, c'était trop beau qu'il n'ait pas encore parlé d'elle. Je me forçais à lui faire un sourire mais le résultat devait être plus tremblotant que sincère.

-Ok mec pas de soucis, ajoutais-je pour paraître convaincant.

Il leva les yeux au ciel. Décidément, il me connaissait trop bien.

-Arrête de faire cette tête abattue. Écoute, j'ai réfléchit pendant toute cette année et je me suis rendu compte que je n'y étais peut-être pas pour rien si tu t'étais éloigné. C'est vrai que je t'ai un peu délaissé au début de mon couple mais ne t'inquiète pas, je ne vais pas faire la même erreur deux fois et risquer de te perdre à nouveau. On va se refaire une soirée rien que tous les deux, je t'envoie un message bientôt pour organiser ça. J'espère que tu me répondras cette fois, ajouta-t-il malicieusement en me faisant un clin d'œil.

Je me sentis fondre à ces mots. Il avait vraiment une forte emprise sur moi. Je lui répondis d'un timide hochement de tête, encore légèrement honteux de mon silence.

Il prit soin de saluer Maël avant de partir. Un petit pincement se fit sentir au niveau de mon cœur alors que je songeai à où il allait. Je secouai la tête pour me changer les idées. Non, il ne fallait pas que je pense à ça. Adrien était finalement de retour dans ma vie. Mon cœur s'en réjouissait mais ma raison, plus méfiante, ne pouvait s'empêcher de se demander si c'était pour le meilleur ou pour le pire.

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