Chapitre 4

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Le reste de l'après-midi fut plutôt morose après ça. Je n'avais pas fait grand cas des éraflures et des bleus que j'aurais sûrement par la suite. J'avais simplement rendu son skate au petit garçon avant de partir sans un mot, traînant mes amis à ma suite. C'était seulement au bout d'une demi-heure que j'avais consenti à leur dire ce qu'il me semblait avoir vu. Nathan s'était énervé, arguant qu'il aurait bien voulu le voir et que "il ne perdait rien pour attendre". Ils avaient ensuite essayé de changer de sujet en me demandant d'où me venait cette assurance sur un skate qu'ils ne me connaissaient pas. Heureusement, Assna avait tenu parole et était venue nous chercher vers dix-neuf heures pour nous emmener manger dans le quartier de la ville où les jeunes se réunissaient. Ça m'avait permis de mettre dans un coin de ma tête l'incident de cet après-midi. Elle nous avait payé une tournée de shots et après ça, nous étions tous détendus et riions comme une vieille bande d'amis. Nous avions ensuite déambulé dans les rues alentours en nous racontant des anecdotes sur nos vies, apprenant à mieux nous connaître. J'étais content que mes amis de Lille s'entendent bien avec Assna qui était une de mes amies les plus proches à Lyon. Nous étions rentré vers une heure du matin chez Maya et Nathan. Nous avions proposé à notre amie lyonnaise de rester avec nous mais elle avait décliné, devant voir Eden le lendemain matin et nous n'avions pas insisté. J'avais alors décidé de rentrer aussi chez moi, fatigué aussi bien physiquement que mentalement par cette journée. J'avais bien fait attention à ne pas faire de bruit en rentrant pour ne réveiller personne. Je m'étais ensuite glissé avec soulagement dans mon lit, prêt à accueillir un sommeil plus que réparateur. Mais je m'étais retrouvé incapable de fermer l'œil de la nuit. Mon esprit était trop obnubilé par Adrien. Je savais qu'il n'était pas censé me faire cet effet là mais parfois, j'avais envie de tirer sur ce lien qui nous unissait pour le ramener au plus près de moi. C'était dingue comment il m'avait parut si proche et à la fois si inaccessible au parc. Je frissonnai en repensant au regard qu'il m'avait lancé. À quoi d'autre aurais-je pu m'attendre ? Forcément que je l'avais déçu en l'ignorant sans raison apparente. La seule pensée qu'il puisse m'en vouloir suffit à me retourner l'estomac.

Je jetai un coup d'œil au réveil et vis qu'il était plus de trois heures du matin. Je repoussai les couverture avec un soupire vaincu. Mes insomnies s'étaient faites de plus en plus fréquentes lorsque mes parents s'étaient séparés à mes neuf ans, si bien que seule a présence d'Adrien avait permis de les calmer. Grâce à lui, j'avais réussis à redevenir serein quand je dormais seul. Je ne savais pas si c'était dû au hasard mais je m'étais surpris à en faire de plus en plus depuis qu'Adrien s'était éloigné de moi. Nathan avait alors réussit à m'apaiser à son tour mais pas comme celui que j'aimais en secret le faisait si bien. Mêmes si mes insomnies s'étaient faites plus espacées, il m'arrivait encore trop souvent à mon goût de ne pas pouvoir dormir ne serait-ce qu'une heure certaines nuits. Ça ne servait à rien d'insister, je sentais que j'avais affaire à une de ces fameuses nuits. Je me retrouvai donc au beau milieu de la nuit à manger des Chocapic devant Bob l'éponge. Au bout d'un long moment, des pas feutrés attirèrent mon attention alors que je tournai la tête pour tomber nez à nez avec Maël. Je l'avais presque oublié pour le coup celui-là.

-Tu n'es pas censé dormir toi ? constatais-je en retournant mon attention vers la télévision.

-Toi non plus tu ne dors pas, contra-t-il.

J'esquissai un sourire en coin. Il avait de la réparti pour un gamin. Ce fut peut-être la raison pour laquelle je ne le renvoyais pas dans sa chambre et continuais de lui parler comme si ce genre de réunion nocturne était totalement habituel.

-Tu as fait un cauchemar ? lui demandais-je alors, plus pour combler le silence que par réelle curiosité.

Il secoua la tête et enfouit son nez dans son ours en peluche.

-Maman me manque... m'avoua-t-il d'une petite voix.

Je me retins de lever les yeux au ciel. Qu'étais-je censé faire de cette information ? S'il comptait sur moi pour le border et lui lire une histoire, c'était raté. Avais-je déjà mentionné que j'étais extrêmement maladroit avec les enfants? C'était déjà un exploit que j'en ai abordé deux cet après-midi alors je n'étais pas prêt à poursuivre l'effort jusqu'à chez moi, merci bien. Mais il se trouvait que cet enfant là était presque mon frère alors je supposais que je devais peut-être faire un petit effort.

-Tu veux des Chocapic ?

Il me détailla d'un drôle d'air qui me mit étrangement mal à l'aise. Je tachai de cacher mon malaise en prenant une nouvelle cuillère de céréales. Il eut alors un petit rire avant d'opiner du chef. Je me levai donc pour aller lui préparer un bol, et remplir le mien par la même occasion alors que je l'entendais trottiner derrière moi jusqu'à la cuisine. Il semblait être moins bavard que la veille alors qu'il se contentait d'observer chacun de mes gestes sans un mot, lâchant juste un petit "merci" quand je lui tendis son bol. Nous étions ensuite retournés nous laisser tomber sur le canapé. Bob l'éponge était maintenant terminé et la télé diffusait un vieil épisode des Mystérieuses cités d'or. À peine dix minutes plus tard, alors que le silence se prolongeait, je sentis Maël poser sa tête sur mes genoux. Je restais un moment démuni, ne sachant pas comment réagir avant de simplement laisser tomber mon bras sur son ventre. Il s'endormit avant la fin du deuxième épisode. J'hésitai à le porter jusque dans son lit mais je décidai finalement de le laisser comme ça, je savais ce que c'était que d'avoir des difficultés à trouver le sommeil et je ne voulais pas prendre le risque de le réveiller. Je reportai donc mon attention sur l'écran en buvant la fin de mon lait. Au bout d'encore un épisode, je me surpris à commencer à somnoler moi aussi. Je nous calai mieux dans le canapé, essayant de me détendre moi aussi. Alors que ma vision se faisait floue, je me disais que ce n'était pas aujourd'hui que je saurais si Esteban parviendrait à retrouver Zia.

Je fus réveillé en sursaut par un cri. Je me redressai d'un bond pour regarder qui pouvait bien faire tant de bruit avant de me relaisser tomber parmi les coussins - dont je sentais la marque sur ma joue d'ailleurs. Évidemment, le calme de cette nuit avait été de courte durée puisque c'était maintenant un Maël complètement en forme qui venait de débarquer dans le salon vêtu d'un costume de cow-boy. La tête dans un coussin, je grognai des insultes bien senties qui auraient choqué ses petites oreilles innocentes.

-Maël, entendis-je alors mon père le réprimander d'une voix basse. Moins fort, tu vas finir par réveiller Shawn.

-Déjà fait, lui appris-je toujours sans bouger.

Ce que je regrettai tout de suite après. J'aurais dû continuer à faire semblant de dormir.

-Grand frère !! s'écria Lucy Luke en me sautant dessus.

Je. Déteste. Les. Gosses.

-Ne me saute pas dessus comme ça crétin! Tu n'es pas un poids plume non plus, tu aurais pu me casser le dos.

J'étais sympa avec lui pendant la nuit et c'était comme ça qu'il me remerciait ? Mon père intervint de nouveau, sortant de la cuisine.

-Shawn ! Ne parle pas comme ça à Maël, il n'a que six ans !

Le morveux alla se réfugier dans ses bras et je vis alors que ses yeux étaient humides. Mince, s'il y avait bien quelque chose qui me décontenançait plus que les enfants, c'était bien les enfants qui pleuraient. Et je doutais sérieusement que le coup des Chocapic marche cette fois.

-Excuse-moi Maël, je ne le pensais pas. J'étais simplement énervé d'avoir été réveillé.

-J'accepte de te pardonner à une condition, déclara-t-il avec aplomb, toute trace de larmes désormais bien loin.

J'avais l'impression de m'être fait légèrement avoir. Ce gosse ne manquait pas de toupet. Néanmoins, le regard d'avertissement que me lança mon père m'enjoint à me calmer.

-Laquelle ? demandais-je prudemment.

-Eh bien, commença-t-il, papa m'a dit que tu étais un champion du skate alors je veux que tu m'apprennes !

-C'est hors de question, répliquais-je en me détournant pour prendre mon portable sur la table basse du salon.

J'étais étonné d'avoir dormi jusqu'à treize heures passées mais je ne devais pas avoir dormi plus de sept heures, je me souvenais avoir regardé l'heure un peu avant cinq heures du matin.

-Allez, s'il te plait grand frère ! insista-t-il en sautillant autour de moi.

Avait-il seulement conscience qu'il m'énervait plus qu'autre chose ? Je l'ignorais royalement et me dirigeais à la cuisine pour me préparer un sandwich. Vu l'heure, ils avaient déjà dû manger sans moi. Mon père s'approcha alors de moi et posa sa main sur mon épaule.

-Désolé fiston, c'est moi qui lui ai mis cette idée en tête mais je ne pensais pas qu'il le retiendrait. Je crois qu'il veut simplement passer du temps avec toi.

Je soupirai. Si c'était mon père, c'était plus difficile de refuser. Il voulait réellement créer une bonne ambiance dans cette maison et je me sentis ingrat de ne pas aller dans son sens. Je baissai les yeux vers mon nouveau petit frère qui me fixait toujours d'un air suppliant.

-Ok, abdiquais-je. Mais tu changes de vêtements.

Je repensais alors à toutes les tenues dans lesquelles je l'avais vu, ce qui me poussa à ajouter:

-En fait je vais te les choisir.

Je me dirigeai sans lui laisser le choix dans sa chambre. Pas que cela semblait le déranger, il semblait même plutôt content que je m'occupe de lui. Je mis cinq bonnes minutes avant de trouver un short dans son armoire qui ne soit pas trop criard. Je lui pris avec un tee-shirt noir avec des extra-terrestres dessus. Il les enfila sans gêne devant moi et je jugeai le résultat correct. Je le laissai seul le temps de faire ma toilette et de m'habiller à mon tour. Résigné, je pris ensuite mon skate d'une main et mon sandwich de l'autre pour le manger sur le chemin.

-On y va papa, lui annonçais-je depuis l'entrée.

-Ok, amusez-vous bien les garçons.

Oh oui, je suis certain que je vais m'éclater, pensais-je ironiquement.

Je me concentrai sur mon sandwich pendant que Maël semblait avoir décidé de poursuivre sa biographie Wikipédia de l'autre jour.

-Donc Kévin, c'est mon meilleur ami ! On est tout le temps rien que tous les deux. En plus, il est super balèze dans tout ce qu'il fait. C'est pour ça que je veux apprendre à faire du skate. Comme ça après c'est moi qui pourrais lui apprendre quelque chose. Tu sais que Kévin parle anglais aussi ?

Je pris une nouvelle bouchée alors qu'il me vantait les exploits de son Kévin. J'espérais pour lui qu'il n'aurait pas avec lui une relation aussi compliquée que celle que j'avais avec Adrien. Moi aussi à son âge je ne parlais que de mon meilleur ami. Si seulement j'avais su !

-... et j'étais trop content parce que maman m'avait emmené manger au Quick. C'est mon restaurant préféré. Sinon j'aime bien aussi quand maman me fait son gratin dauphinois. Tiens, je lui en demanderai un la prochaine fois. Mon personnage Marvel préféré c'est Iron Man parce qu'il est trop stylé! Et mon personnage préféré dans Harry Potter c'est Dumbledore, il est trop fort! Tu connais Harry Potter? C'est qui ton personnage préféré?

-Rogue, répondis-je en terminant mon sandwich comme nous entrions au parc.

-Rogue ? Mais pourquoi ? Il est moche en plus, il a les cheveux tout gras !

-Parce que c'est le seul personnage qui sait vraiment aimer. Il favorise le bonheur de sa meilleure amie, qui en aime un autre, plutôt que le sien.

Inutile de préciser que je me retrouvais beaucoup dans ce personnage qui cachait ses blessures derrière du sarcasme.

-Si tu le dis, continua le petit blond tel le moulin à parole qu'il était. Je te ferais un dessin de lui alors. Je vais mettre ta couleur préférée pour que tu l'aimes bien. C'est quoi ta couleur préférée ? Moi c'est le rouge. Pourquoi tu t'arrêtes ?

À côté du skate parc, sur un banc à quelques mètres de l'endroit où je l'avait vu la veille, Adrien était assis comme s'il attendait quelque chose. Plutôt quelqu'un réalisais-je lorsque son regard se planta dans le mien. Je n'y retrouvais toutefois pas l'hostilité de la veille, ce qui me soulagea. Comme il se levait pour venir à ma rencontre, je réalisai aussi que c'était moi qu'il attendait. Il ne décrocha pas son regard du mien pendant qu'il s'approchait et je ne savais pas d'où je trouvais la force de le soutenir.

-Alors grand frère, c'est quoi ta couleur préférée ? insista Maël, visiblement inconscient de ce qui était en train de se passer autour de lui.

-Le vert, répondis-je automatiquement sans quitter les prunelles émeraudes d'Adrien qui n'était plus qu'à quelques mètres des yeux. C'est le vert.

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