Chapitre 3

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Je me réveillai dans la même position que je m'étais endormi. Nathan était déjà éveillé et jouait avec mes mèches du bout des doigts. Je refermai les yeux pour profiter de cette caresse aérienne. C'était le genre de réveil agréable que j'appréciais le plus.

-Bonjour, me dit doucement mon amant qui avait apparemment remarqué que je ne dormais plus.

-Bonjour, le saluais-je en retour, la voix rendue légèrement rauque par mon récent réveil.

Cela le fit sourire et il se pencha lentement vers moi afin de poser ses lèvres sur les miennes. La chaleur qu'il dégageait me procurait à chaque fois un grand sentiment de réconfort. Je me sentais enveloppé par sa présence, protégé.

-Tu sais que tu es une vraie bouillante humaine quand tu dors ? me taquina-t-il en frottant son nez sur le sommet de mon crâne.

Je m'étirai et lui donnai une pichenette sur le nez.

-Hé tu sais bien que je n'y peux rien ! En plus, c'est toi qui me serre comme si j'étais un nounours.

Un rire étouffé me répondit tandis que je sortais de mon lit pour aller prendre les premières fringues qui me tombaient sous la main dans ma valise. Heureusement, ce que j'avais pioché, un jean bleu délavé et un simple tee-shirt blanc, s'accordait plutôt bien. Je me retournai alors que Nathan enfilait lui aussi un tee-shirt. Nous sommes ensuite sortis de la chambre pour aller déjeuner et je vis en passant que la porte de la chambre de Maya était ouverte, signe qu'elle était déjà descendue. Ce fut donc sans surprise que je la vis dans la cuisine discuter avec mon père alors qu'ils buvaient tous les deux un café. Après les avoir salué, je préparais un petit-déjeuné pour mon ami et moi comme ils avaient déjà mangé. Nous devions aller à leur location ce matin pour qu'ils commencent à emménager. Il leur restait évidemment encore des affaires à Lille mais ils avaient pris le principal et ils pourraient faire encore quelques aller-retours pendant les vacances pour être bien installés d'ici la rentrée. Je ne me faisais pas d'idée, je savais pertinemment que j'allais souvent aller squatter chez eux.

-Quel est le programme aujourd'hui, les jeunes ? nous demanda alors mon père.

Mes amis se tournèrent vers moi, après tout, c'était moi qui connaissais le mieux le coin. Je trempai une de mes tartines dans mon chocolat avant de répondre.

-Ce matin on doit passer chez Maya et Nathan déposer leurs affaires. Après je pense qu'on va simplement se balader dans le quartier pour qu'ils se familiarisent avec les alentours.

-Et ce soir Assna nous enlève, compléta Nathan, clairement amusé par cette idée.

-Tes amis seront contents de te revoir, Shawn, renchérit mon père. Ils me demandent de tes nouvelles chaque fois que je les croise. Surtout Adrien, il m'a dit que tu lui parlais peu, il s'est passé quelque chose ?

Je me figeai instantanément dans mon mouvement et reposai ma tartine, ayant soudainement beaucoup moins faim. Je gardai les yeux baissés pour essayer de cacher mon trouble.

-C'est rien papa, juste une histoire entre potes, le rassurais-je néanmoins.

Il me lança un regard sceptique mais n'insista pas. Il respectait mon silence sans être pourtant dupe face à mon mensonge. Je grimaçai intérieurement. Je n'avais jamais su mentir. Et c'était encore pire avec Adrien, il pouvait détecter que j'allais mentir avant même que j'ouvre la bouche. Je repris mes esprits et continuai comme si de rien n'était, l'appétit en moins. Je ne voulais pas relever la tête pour affronter le regard compatissant de mes amis alors je me concentrai sur mon chocolat comme s'il allait me révéler mon avenir. Je me dépêchai de finir puis sautai en hâte de mon tabouret pour mettre les bols sales dans l'évier avant de m'éclipser pour annoncer un départ dans vingt minutes.

Je m'enfermai dans l'une des salles de bain pour me passer de l'eau sur la figure. Je restai quelques instants à fixer mon reflet tandis que des gouttes perlaient sur mon visage. Je ne voulais pas rentrer à Lyon et retrouver la même situation. J'avais beau avoir un nouveau soutien avec moi, je n'avais jamais été de nature confiante, surtout en ce qui me concernait. Je m'essuyai d'un geste vif le serviette, comme pour tenter de lutter contre cette humeur morose qui semblait s'installer en moi. Je me lavai les dents puis libérai la salle d'eau. Je descendis ensuite m'affaler sur le canapé pour attendre mes amis, surfant un peu sur les réseaux sociaux pour m'occuper un peu. Je regardai les story de mes amis d'un geste mécanique. Assna au théâtre. Amy à la patinoire, pour ne pas changer. Eden et Alexander qui regardaient un film en amoureux. Nathan dans le train pour Lyon...

Ce fut Maya qui me rejoignit en première, suivie deux minutes plus tard par notre ami. J'enfilai mes Vans pour aller charger le coffre. J'étais content de retrouver ma voiture. Quand j'avais eu mon permis il y avait quelques mois, mon père m'avait donné son ancienne voiture et s'en était acheté une nouvelle. Je me sentais beaucoup plus indépendant depuis. Leur location était seulement à quinze minutes à pied de chez mon père mais la voiture était nécessaire pour transporter leurs lourds bagages. Au bout d'à peine 5 minutes, j'arrivai dans leur rue où leur propriétaire nous attendait devant la colocation. Tout avait été signé, il ne lui restait plus qu'à leur remettre leurs clés. Nous avons expédié l'affaire, pressé de nos débarrasser de la phase d'installation. Je m'occupai de ranger les aliments qu'ils avaient ramené de Lille pendant qu'ils défaisaient leurs valises. Nous étions déjà venu visiter leur logement plusieurs fois alors nous ne nous étions pas embarrassés à refaire tout le tour. Cela nous occupa tout de même jusqu'à midi et je décida alors de les emmener manger à un fast-food à quelques rues d'ici avant de partir visiter le quartier. Le rangement nous avait ouvert l'appétit et nous avions tout dévoré en moins de vingt minutes. Je leur proposai donc de commencer par aller au parc pour digérer tout le gras que nous venions d'ingurgiter.

Je ne pus m'empêcher de me perdre dans mes souvenirs dans ce parc. Nous passions tout notre temps ici avec la bande. Mes pas me guidèrent naturellement vers un endroit en particulier qui avait bercé toute mon enfance et mon adolescence. Le skate park. C'était ici que j'avais rencontré Adrien. Si j'étais timide au quotidien, je me transformais une fois sur un skate et devenais plein d'assurance. Adrien était venu vers moi un jour pour me demander de lui apprendre à freiner. Nous nous étions ensuite retrouvés ici tous les mercredis après-midi, puis, petit à petit, le week-end aussi. Nous avions arrêté ce rituel une fois entrés en première quand il avait commencé à sortir avec Camélia. Mais j'avais continué à venir chaque mercredi après-midi, me faisant un devoir de ne louper aucun rendez-vous. Constater que j'étais le seul à visiblement tenir à ces moments avait été une des choses les plus douloureuse.

Je regardai avec mélancolie les gens, allant de la primaire à ceux qui avaient la vingtaine, faire du skate avec insouciance. Je n'étais pas monté sur une planche depuis mon départ et je me surpris lorsque je réalisai que ça ne me manquait que maintenant. Je vis deux enfants apprendre ensemble, ce qui me procura un sourire en coin. Leur image se superposait avec celle d'Adrien et de moi enfants tandis que je me revoyais à leur place. Ils semblaient légèrement instables sur leur planche, ce qui les empêchait d'avancer sur de longues distances. Sans réfléchir, je m'avançai naturellement vers eux, ignorant les regards interrogateurs de mes amis. J'étais à ma place ici, c'était mon territoire et je retrouvai mon assurance pour la première fois depuis une très longues période. Je m'approchai du brun qui allait tenter un nouvel essai mais son ami l'arrêta en me voyant arriver. Je m'abaissai pour pointer un point sur son skate.

-Tu dois mettre ton pied ici, lui indiquais-je. Tu prends tes appuis trop en arrière. Ton pied ne doit pas être tout à fait au centre de ta planche, place le légèrement en avant.

Mon ton assuré le convaincu et il s'exécuta, tentant un nouvel essai. Il alla plus loin que les fois précédentes mais dû s'arrêter pour éviter un mur.

-C'est mieux, beaucoup mieux, le félicitais-je. Tout est une question de pratique. Plus tu t'exerces, plus tu seras à l'aise.

-Merci monsieur ! s'exclama-t-il avec un grand air réjouit.

Je riais doucement.

-Appelle-moi Shawn veux-tu, je ne suis pas si vieux !

Il s'esclaffa avec son ami, hésita une seconde avant d'oser me demander:

-Tu pourrais me montrer comment tourner ?

-Bien sûr, lui assurais-je en lui faisant un franc sourire.

Je pris position sur la planche, retrouvant rapidement cette sensation familière et jetai un coup d'œil à Nathan et Maya qui ne perdaient pas une miette du spectacle qui avait l'air de les amuser. Je pris mon élan avant de me lancer.

-Quand tu fais du skate, repris-je d'un ton professoral, tu dois oublier que tu as des genoux. Utilise le reste de ton corps pour tourner.

J'improvisai alors un parcours dans le skate park, me lâchant même dans quelques figures qui m'avaient manqué. Je me sentais vraiment insouciant à cet instant. Les deux enfants me regardaient avec admiration de l'autre coté de la grille. Je m'élançai pour retourner les voir mais un mouvement derrière eux me fit regarder au loin. Il me sembla alors sentir mon sang se glacer dans mes veine alors que je remarquai Adrien qui se tenait là, à quelques mètres de moi, les sourcils froncés, le regard tourné vers moi. Je ne l'avais pas vu depuis un an et il me semblait qu'il avait totalement changé et à la fois pas du tout. Je le redécouvrais d'un nouvel œil, ne pouvant faire autrement que de fixer mon attention sur lui. Je voulais plus que tout croire que ce n'était pas le hasard si nous nous rencontrions à nouveau ici, que tout pouvait recommencer. J'étais prêt à courir me jeter dans ses bras. Bon sang, je croyais avoir réussis à reprendre contenance mais le simple fait de le revoir suffisait à anéantir toutes mes barrières. J'allais m'approcher de lui mais je remarquais alors son air froid. Tout me revint en plein fouet: notre éloignement, sa copine, mon amour non réciproque... Tout cela me paru beaucoup plus violent et me fit beaucoup plus mal que le grillage que je percutai au même moment. Je me retrouvai un peu sonné au sol, entendant plus que voyant mes amis ainsi que les deux enfants s'approcher de moi, inquiets de mon état. Je ne répondis pas à leurs questions, préférant relever la tête vers où se tenait Adrien quelques instants plus tôt. Mais seul un vide m'apparut et je me demandais alors si tout cela n'avait pas été qu'un tour de mon imagination. Ignorant toute douleur, je me relevai lentement en regardant partout autour de moi mais je dû me rendre à l'évidence. Rien n'avait changé et j'étais toujours seul dans ce skate park après toutes ces années.

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