Chapitre 11 – Mary

3 minutes de lecture

Une immense sphère pourpre éclairait le ciel d'une lueur sanguinaire. Ce soleil rouge absorbait des perles cramoisies qui montaient lentement depuis le sommet d'une immense pyramide à degrés. Ce monument de pierres grises était pourvu de deux escaliers parallèles et au sommet, sur une plate-forme trônait deux sanctuaires érigés côte à côte. Le premier à gauche était peint de bleu et semblait plonger dans une calme torpeur alors qu'à droite le temple peint de rouge semblait pris d'une effervescence fanatique. Devant ce sanctuaire rouge, un autel de pierre était dressé au sommet de l'escalier. Les marches de l'escalier étaient encombrées d'une longue file d'hommes, de femmes et d'enfants les mains liées derrières le dos, la plupart de ces malheureux portaient des vêtements simples et ceux qui semblaient plus riches n'avaient que quelques bijoux et des parures colorées de plumes. Cette triste procession était menée par des guerriers portant des peaux de jaguars, des plumes dans les cheveux, un bouclier rond et une épée à lame dentelée. Au terme de leur montée les prisonniers étaient saisis fermement et plaqués violemment sur la grande dalle de pierre de l'autel. Un prêtre presque nu et le corps recouvert de sang frais brandissait un couteau d'obsidienne rouge en direction de l'astre ardent et murmurait une prière impie. Le cœur de pierre de l'arme semblait palpiter au rythme des paroles du prêtre. La monstrueuse litanie prononcée par le prêtre était audible de tous.

Ô Huitzilopochtli ! Grand Soleil Rouge ! Dieu de la guerre !
reçoit cette offrande de sang humain
abreuve toi de cette eau précieuse
donne la force à nos guerriers pour vaincre nos ennemis
offre tes pouvoirs à nos prêtres pour qu'ils te servent !

Le rythme de la pulsation malsaine du couteau et de l'astre rouge se mirent alors à résonner à l’unisson. Le couteau s’abattit sur le malheureux étendu sur la froide pierre de l'autel maculée de sang à demi-coagulé. Le prêtre pratiqua une incision thoracique puis posa son couteau sur la dalle de pierre. Il saisit les bords de la plaie avec les deux mains et tira vigoureusement dans un immonde bruit de craquement, la victime perdit connaissance dans un râle d'agonie. Le prêtre enfonça sa main gauche dans le torse du sacrifié et farfouilla un instant avant d'en saisir le cœur. Il retira l'organe encore chaud et l'éleva en direction du soleil rouge, l'astre pulsa plus fort alors que le muscle cardiaque se contractait pour la dernière fois. Cette pulsation put être ressenti aux alentours de l'autel sanguinaire. Le prêtre frémit en recevant l'infâme bénédiction de son dieu cosmique. Certaines victimes hurlèrent de terreur, tentant vainement de s'extirper des mains de leurs geôliers d'autres semblaient tétanisés et restaient gémissants sur place.

La douleur était lancinante mais Mary ouvrit les yeux pour ne plus avoir de vision, elle sentait l'odeur omniprésente du sang et elle avait mal mais elle sentait aussi un froid sourd l'envahir. Elle était gravement blessée à l'abdomen, tout son haut était imbibé de sang. Elle avait si mal maintenant qu'elle était réveillée, mais elle préférait supporter cette souffrance plutôt que de sombrer à nouveau dans ces cauchemars, elle ne voulait plus voir d'horreur. Elle serra les dents et regarda autour d'elle, elle s'était réfugiée dans un terrain vague au milieu d'une friche envahie par les mauvaises herbes et par quelques arbustes rustiques. Mary était hésitante, elle savait qu'elle devait chercher du secours si elle voulait vivre, mais elle avait peur de faire plus de mal, elle était encore terrifiée par la bête qui l'avait contrôlée ces derniers jours. Cependant cette volonté inhumaine ne semblait plus être là, Mary attendit quelques instants et alors qu'elle sentait qu'elle allait encore perdre connaissance elle se décida à sortir de son abri, pour chercher de l'aide, pour vivre, peut-être. Elle essaya de se relever mais tomba aussitôt sur les genoux. Elle ressentit une vive douleur et s'affala sur le coté, elle hurla. Dans un ultime effort, muée par l'instinct de survie Mary tendit les bras et se tira en avant, elle commença à ramper vers la route. Elle avança péniblement laissant derrière elle une traînée carmin.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Jacques IONEAU
Pan sur le sonnet
15
26
6
2
Défi
Victor Bouvier

Sur sa joue une larme sèche.
7
0
2
0
Défi
PM34

Humanité...
Larve magnifique mais égocentrique, tu es Narcisse qui se contemple dans son lac jusqu'à en mourir ! Lève les yeux et vois la forêt brûler !

Humanité...
Qui suis-je pour te juger ? Un fragment de toi qui n'est ni respectable, ni méprisable. Un homme ordinaire qui, comme beaucoup, se pense différent. Un homme abject, en vérité, car conscient mais aussi immobile qu'un évanoui.
Un homme, en somme, qui n'a rien fait de sa vie.

Mais un homme, cependant, qui ose se prétendre écrivain et qui prend sa plume un soir pour te parler, en sachant bien que c'est vain.
Qu'ai-je à te dire, humanité, que d'autres n'ont déjà dit ? Que je te hais ou que je t'aime ? J'hésite entre les deux.
Tu n'es pas bonne ou mauvaise, humanité. Tu es créatrice de beauté et d'horreur. On pourrait essayer d'estimer en quelles proportions, mais serait-ce utile ?
Je n'ai, de toute façon, pas l'envie de me lancer dans des calculs. Tu devras donc te contenter de ma vision biaisée et subjective.

Humanité, listons quelques-unes de tes œuvres si tu le veux bien.
La Petite Sirène de Copenhague qui regarde, mélancolique, la mer. Auschwitz, lieu des pires horreurs. Le Colisée de Rome, où se sont affrontés hommes et animaux pour le plaisir du public. La Tour Eiffel, colosse de métal et représentante des techniques architecturale de son époque. Le SMS Vulkan, navire de soutien aux sous-marins de la Kaiserliche Marine. Les animaux musiciens de Brême, hommage au conte des frères Grimm.
Je ne parle là que de l'Europe et ne cite que peu de choses, c'est une encyclopédie qu'il faudrait pour tout lister.

Humanité... Il est temps pour moi d'annoncer mon verdict, car te voilà qui me lis.
Que dois-je penser de toi ? Je l'ignore, en vérité...
Que pensé-je de toi ? Ça je l'ai déjà dit... Mais sauras-tu voir au delà du texte ? Sauras-tu relier les points pour avoir la réponse ? C'est ce que nous verrons...
12
47
5
1

Vous aimez lire Guillaume Etuy ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0