D'étranges incantations

3 minutes de lecture

Ce soir-là, à peine prit-elle son envol vers les cieux plongés dans le noir, qu'elle se cogna violemment contre le même oiseau que la veille. "Curieux hasard" , se dit-elle.

Croiser une chouette effraie dans les parages n'était pas si courant, leur espèce n'étant pas beaucoup représentée dans la région. C'était pourtant bien elle. Elle lui ressemblait en tout points, peut-être était-elle un peu plus enrobée, et plus mâture aussi.

  • Tiens, te revoilà, chère amie. Que fais-tu ce soir ? lui demanda-t-elle, curieuse.
  • Comme toi, je cherche ma pitance. J'ai passé la journée à dormir, répondit Anaé en feignant de bâiller et de s'étirer.
  • Regarde tous ces nuages qui s'amoncellent, nous allons bientôt avoir droit à la pluie.

À peine finit-elle sa phrase que des gouttelettes s'abattirent sur elle, de fines perles d'eau rafraîchissante et bienvenues.

Soudain, leur force redoubla, obligeant les deux animaux à se serrer l'un contre l'autre sous un chapiteau de feuilles, leurs serres empoignant fermement une branche de noisetier.

Au loin, l'horizon était bouché, elles allaient devoir patienter avant de pouvoir à nouveau s'élancer dans le ciel.

Déçue de ne pouvoir profiter de cette nuit qui s'offrait à elle, Anaé en profita pour observer sa voisine. Elle s'appelait Ornelle. Elle lui lançait des regards bienveillants. Elle lui souriait, et avait l'air ravie de partager ce moment inattendu avec elle. Mise en confiance, Anaé lui raconta alors ce qu'elle avait vu au cours de la journée, en omettant volontairement de dévoiler son lien de parenté avec son clan.

  • Aujourd'hui, une étrange tempête a tout secoué au creux de la forêt.
  • J'en ai entendu parler. C'est là où habitent les elfes. Nous les aidons parfois, elles sont si petites et démunies. Il faut bien du courage pour vivre seules ici.
  • C'est vrai, la forêt n'est pas toujours un havre de paix.
  • Regarde là-bas, qu'est-ce que c'est ? demanda Ornelle.

Elle pointa le bout de son aile vers un point lumineux, plus bas, au ras de l'eau.

  • Viens, on va voir, proposa-t-elle.

Contente d'avoir de la compagnie, Anaé accepta d'un hochement de tête.

Elles s'élancèrent d'un même battement d'aile, et s'approchèrent du bord de la côte, là où les vagues frappent les premiers rochers.

Elles distinguèrent une grotte d'où scintillait par intermittence un faisceau de lumière blanche.

Elles s'approchèrent sans bruit. Là, au creux d'une antre de granit, près du menhir de Kergavan, le long des roches plates, s'était abrité un personnage en apparence farfelu.

Vêtu d'une cape immaculée qui lui retombait sur les pieds, il se tenait debout, dos à la mer.

Ses cheveux gris hirsutes s'élevaient en masse au-dessus de sa tête. Sa longue barbe blanche se terminait en pointe jusqu'à la poitrine. Ses yeux bruns aux longs cils lançaient des éclairs. Ses bras s'agitaient de haut en bas en lançant des phrases incompréhensibles, des sortes d'incantations, à la manière des mages.

Les oiseaux restèrent cois devant une telle apparition. Figés, ils se regardèrent avec un grand étonnement. Il y avait là quelque chose de surnaturel.

Le mage se mit à psalmodier une prière :

"YEUL AR GOURSEZ
Ro Doue da Warez
ha gant da Warez Nerzh
ha gant Nerzh Poell
ha gant Poell Gouzoud
ha gant Gouzoud, gouzoud Reizh
ha gant gouzou Reizh e garout
ha gant e garout, karout pep Hanvoud
ha gant karout pep Hanvoud, karout Doue
Doue ha pep daelezh"

"O Dieu, accorde-nous ton Appui

Et avec ton Appui, la Force,

Et avec la Force, la Compréhension,

Avec la Compréhension, le Savoir,

Avec le Savoir, de savoir ce qui est juste,

Sachant ce qui est juste, de l'aimer,

Et avec son Amour, l'Amour de toute chose vivante,

Avec l'Amour de toute chose vivante, l'Amour du Dieu,

Du Dieu et de toute Bonté".

Cette apparition était encore plus troublante au milieu de la nuit, dans ce calme sépulcral rompu seulement par le fracas des vagues sur les rochers voisins. Le ciel continuait à déverser des trombes d'eau froide qui gênaient la vision de ce spectacle irréel.

Mais ce qui surprenait, surtout, c’était l’attitude de cet homme ridé et voûté, d’allure solennelle, qui tenait devant lui un énorme livre, une sorte de grimoire. Des textes anciens y étaient imprimés et parfois illustrés. Ses longs doigts ridés caressaient les feuilles de son livre ouvert. Son index pointait une des illustrations en particulier.

Comme, désormais, la capacité visuelle d'Anaé était excellente même la nuit, elle put distinguer tout ce qui était écrit. Elle découvrit avec stupeur un dessin étonnant. Il représentait une elfe au sommet d'une tour sur laquelle un drapeau flottait. Sur celui-ci était peint le mot"Ys".

Annotations

Vous aimez lire cornelie ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0