1er partie

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L’aube se lève à peine sur l’horizon, nimbant le ciel d’une douce clarté rose. La calèche hoquète sur le chemin comme si elle était malade. La route sinueuse et étroite est bordée de part et d’autre par un précipice. Depuis plus d’une heure que dure le trajet, Milo et sa cousine commencent à avoir les jambes engourdies.

Lyzon, quatorze ans, le nez collé à la vitre, observe les paysages blancs, rêvant peut-être d’apercevoir un ours polaire… le fait que nous soyons dans un petit village de Bretagne, n’ôte rien à ses espérances. Milo, treize ans, est lui, pressé d’arriver. Il lit une nouvelle fois la lettre commune, envoyée par leur grand-mère.

ʺ Mes chers enfants,

Un an que je ne vous ai vus. Vous me manquez beaucoup. J’aimerais vous voir plus, mais vous comprenez, je le sais, que ma fonction de Première Sorcière me prend énormément de temps et me contraint à voyager dans les royaumes enchantés.

Dans quelques jours, le 31 octobre et sa magie seront là. C’est le moment pour vous d’apprendre certaines vérités. Vous êtes prêts.

Je vous attends donc avec impatience et bonheur.

Tendrement.

Grand-Mèreʺ

Milo est fier de son aïeule. Son statut de Première Sorcière fait d’elle une des femmes les plus puissantes dans le monde de la magie, mais lui vaut aussi certaines responsabilités, comme résoudre des cas d’enchantements et mauvais sorts.

Après un soubresaut qui fait sauter les valises en l’air, le véhicule stoppe net, et la tête du cocher s’encadre par la petite vitre en plexiglas qui donne sur l’intérieur de la calèche.

L’homme à l’épaisse moustache blanche, baragouine quelques mots que les enfants ne comprennent qu’en tendant l’oreille.

— J’m’arrête là, vais pas plus avant ! S’pas prudent avec l’attelage ! Allez les mômes, pff, dehors !

Et alors qu’attrapant prestement leurs bagages les adolescents descendent du véhicule, le cocher lève la tête et semble humer l’air.

— Sens la neige, f’rait mieux d’vous presser.

Sans s’attarder, il fouette les chevaux, fait un demi-tour à la calèche et s’éloigne sur le chemin avant de s’enfoncer dans les bois.

— Je comprends pourquoi il ne pouvait pas aller plus loin, constate Lyzon, les yeux fixés sur l’horizon.

Milo suit son regard et pousse un soupir. Le spectacle qui s’offre à eux est beau, mais peu engageant. Le chemin se termine par une rampe en bois noir que décorent des feuilles sculptées à la main. Les marches en marbre blanc semblent comme suspendues dans les airs. Le plus saisissant est que l’on n’en voit pas la fin. Après les quelques vingt premières marches, le reste se perd dans les nuages qui paraissent en cacher l’accès.

Glissant son sac à dos sur ses maigres épaules, Milo lance à l’adresse de sa cousine.

— Le jour se lève, autant commencer à gravir ces marches. J’ai l’impression que nous allons en avoir pour un bout de temps à atteindre le sommet de cet escalier.

Et effectivement, ils mettent plus de deux heures à parvenir à la moitié du chemin. Lyzon, fatiguée, sent une crampe menacer sa cheville droite et tentant de l’éviter, appuie fortement sur le membre endolori.

Milo la devance, faisant abstraction du point de côté qu’il a au bas du ventre.

— Nous sommes arrivés, constate le garçon.

Lyzon se tourne aussitôt et pousse un cri qui peut passer pour émerveillé ou effrayé… le doute est permis.

Face aux adolescents, un sentier caillouteux bordé d’arbres aux troncs desséchés mène à un château de style gothique.

Sur la façade noire, il y a des gargouilles se tenant sur les fenêtres du quatrième étage. On distingue aussi des volets bancals, qu’une brise légère heurte contre les vitres.

— J’ai du mal à croire que cet endroit appartienne à notre famille, remarque Lyzon.

— Pourtant c’est le cas, et depuis des générations. Plus jeunes, nous y avons passé tous nos étés, mais je n’en garde pas beaucoup de souvenirs ou alors très vagues.

Les cousins se dirigent d’un pas décidé vers la demeure, essayant de ne pas tenir compte de son état lugubre.

Devant l’entrée, Milo cherche en vain une sonnette, mais ne trouve qu’un heurtoir en forme de crâne.

S’apprêtant à s’en servir, il a un sursaut de frayeur en voyant la lourde porte en bois s’ouvrir sur un inconnu.

(à suivre)

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