Lent demain

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 Les premiers temps de son nouveau statut furent difficiles. Aujourd’hui, le chemin parcouru lui semble un long tunnel brumeux alors qu’il aurait dû être voie pavée de lumière. A la lumière de ses apprentissages, quand elle parvenait à écarter ses ressentiments, elle pouvait admettre que sa vie était privilégiée par bien des aspects.

 Alors pourquoi ressentait-elle ce jour, honnie entre tous, du Conciliabule comme une blessure, une estafilade incurable, marquée à jamais sur sa peau et dans son cœur ? Combien elle regrettait de n’avoir pu prédire ? Elle aurait choisi d’elle-même l’exil, la mort sociale. Tout plutôt que cette humiliation et l’épreuve de ce cérémonial… Un anachronisme persistant, surnageant dans les profondeurs d’une tradition, inexplicable…

 Tout dans son existence de cette période ne fut que dichotomie entre joie et mélancolie. Elle était libre mais dans le même temps prisonnière. Dès son réveil, après ce qu’elle nomma coma psychologique, elle fut affublée d’une escorte qui ne la quitta jamais. La moindre de ses actions, le moindre geste, déplacement étaient accompagnés, y compris dans ses besoins les plus intimes. La harde appliqua l’oracle au plus près.

 Elle apprit tout, dans tous les domaines possibles, lire, compter, gérer, peindre, sculpter, fabriquer. Même Auctor la prit comme élève, la faisant accéder à des sciences plus complexes, physique, chimie, astronomie, religion, histoire, géographie, légendes, philosophie. Il lui apprit à courir quadrupède, marcher bipède.

 Elle découvrit un personnage bien plus complexe que pouvait le laisser voir son apparence. Elle le craignait toujours mais peu à peu une certaine affection la liait à lui. Sous son air glacial et hautain dont jamais il ne se départit, elle pouvait percevoir que lui aussi contenait des élans de sensibilité. Cette émotion contenue, inconsciemment elle savait qu’elle n’était pas du domaine fraternel, sans pouvoir la définir précisément. Il y avait une dote de désespérance, de désillusion. Elle ne put jamais vraiment le cerner. N’osa jamais lui en parler. Encore aujourd’hui, elle le regrette et sait qu’elle a eu tort. Qu’elle n’aurait pas eu de réponses claires mais qu’il lui aurait fourni les pistes nécessaires à sa compréhension.

 Ses apprentissages préférés ? Le maniement d’armes, l’entrainement au combat et à l’endurance. Tout y passa, épée courte et longue, dague, javeline et, surtout, l’arcalète. De cette dernière arme qui pouvait projeter un trait à plus de trois cents mètres, elle devint une experte, surpassant tout le monde en précision et en rapidité. Dans les autres armes, elles se débrouillaient sans plus. La somme de tout aurait pu faire d’elle une guerrière d’élite mais son statut fit que jamais on ne lui laissa le loisir d’exercer au cours des quelques raids qu’ils eurent à subir. Chaque fois son escorte s’interposa. A son questionnement, Aloursa, la chef du groupe, lui répondit sincèrement :

« C’est pour vous protéger contre vous-même, votre impétuosité et, entre nous, je suis certaine qu’animée par une certaine désespérance psychique, fondée ou non, vous fonceriez tête baissée dans n’importe quelle mêlée. »

 Elle ne sut que répondre. Aloursa avait raison. Elle se serait précipitée comme une furieuse. Au final elle avait la liberté sans l’autonomie de la vivre. Le plus dur ? Les élans de la puberté, puissants, restèrent sans réponse. Pas d’union possible pour elle ! Son statut lui conférait la virginité, sacrée ! Nul mâle n’aurait osé et sa garde, parfaitement efficace, veillait au grain.

 Elle n’était pas assez de mauvaise foi pour ne pas tenir compte des bénéfices. Mais, parfois, elle se disait qu’au final il ne lui restait de vraiment accessible que son péché mignon, l’observation. Une manie qui évolua au fil de l’instruction reçue. De la simple contemplation passive à celle plus proche d’une attente, d’une espérance. Qu’un évènement, quel qu’il soit se produise pour briser cette routine.

 Elle pensait posséder un sens de l’anticipation. Imaginaire ou pas, elle s’en persuada jusqu’à affirmer que l’attente allait prendre fin. Avant ses dix-sept ans… Auctor la fit atterrir, lui démontrant l’inanité de telles pensées. Pa respect, elle acquiesça et n’y fit plus jamais allusion.

 Elle ne lui révéla jamais qu’elle était persuadée d’être liée à la légende du livre de LAU. En tant que futur docte, elle y avait eu accès. Livre était un bien grand mot pour une suite d’assertions, sans contenu, sans récit, se contentant d’annoncer qu’un guerrier naitrait un jour pour sauver Myact d’un danger d’annihilation de la planète. Aucun indice sur le danger, aucun sur ce qu’il aurait à affronter, aucun sur l’époque, juste que le principal risque serait ses propres frères, leur trahison.

 Elle ne s’y voyait pas forcément comme sauveur mais comme compagne d’armes. Bien – mal ? – lui avait pris de ne pas soulever le sujet. Auctor lui aurait fait remarquer ce qu’elle avait occulté, sciemment ou non. Le livre de LAU n’évoquait jamais une quelconque femelle. Tout ce qu’il évoquait était définitivement masculin.

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