Le ciel étoilé

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Mariella fut surprise de la facilité avec laquelle elle s'était détachée de ses parents. Chaque minute loin d'eux était une épreuve et en même temps un enchantement. Elle avait hâte de vivre cette deuxième journée. La tortue était partie leur apporter son trésor : un coffre rempli de coquillages. Curieuse, elle se dirigea vers la deuxième île dont sa nouvelle amie lui avait parlé. De nombreux cocotiers se balançaient au gré de la brise. Leurs branches étaient si hautes qu'il était impossible d'attraper une noix de coco. Elle aurait tellement aimé en goûter une. Un bruit sec et répété la fit sursauter: "Tap, tap, tap." Elle se cacha derrière un rocher et observa.

Elle vit un ... humain ! Oui, c'est exactement comme cela que ses parents lui avaient décrit les hommes. Chaque soir, avant de s'endormir, ils lui racontaient des histoires dont ils étaient souvent les héros. Très brun, de petite taille, vêtu d'un simple tissu noué autour de la taille, il se dirigeait vers un de ces arbres. Il avait une longue perche dans une main. Il tapa d'un coup sec sur l'une des branches. La secousse fit tomber une noix de coco qui roula vers le sable. L'homme se munit alors d'un galet et frappa deux ou trois fois la coque. Celle-ci se fendit en deux. Il se saisit d'un geste rapide de la moitié du fruit et but goulûment le liquide qui s'en écoulait. Mariella avait les lèvres sèches, l'air marin commençait à les fragiliser. Elle n'avait pas l'habitude de passer tant d'heures hors de l'eau. Mais elle n'aurait échangé sa place pour rien au monde.

L'homme n'était pas seul, un autre individu qui lui ressemblait en tout point grimpait habilement le long d'un arbre. Il enserrait de ses jambes le tronc et se hissait d'un coup de rein jusqu'au sommet. Il s'y trouva en une minute. Il avait franchi trois mètres en si peu de temps que Mariella en eut le souffle coupé. Elle admirait l'allure athlétique de ces hommes habitués à vivre dehors. Eux aussi étaient obligés de se nourrir par leurs propres moyens. Soudain, elle entendit des chants lointains, gutturaux, scandés par des voix masculines uniquement. Cela l'effraya.

Elle ne voulait surtout pas être vue. Mille précautions étaient nécessaires pour que son voyage se passe bien. Les mélodies qu'elle avait perçues se rapprochaient d'elle. Elle souleva légèrement sa tête pour mieux observer : une dizaine de pirogues avançait sur l'eau dans un mouvement fluide comme autant de poissons se déplaçant en banc. Les hommes étaient assis à l'intérieur des bateaux. Leurs cheveux longs et crépus étaient noués et décorés de coquillages. Des sourires radieux éclairaient leurs visages. Mariella comprit ce qui les rendait aussi heureux : entre eux étaient placés des filets de pêche remplis de poissons et de crustacés. Les humains allaient se partager leurs prises et offrir à leur famille un bon repas.

À chaque mouvement de leur perche dans l'eau, les chants se faisaient plus forts. Ils approchaient du rivage. Chacun était concentré sur ses efforts. Leurs coups de rame étaient coordonnés. On aurait dit qu'ils avaient répété une chorégraphie. Sur la plage, une clameur montait également de derrière la forêt verte et luxuriante. Des voix de femmes se firent entendre.

C'était une chanson gaie et entraînante. Les voix aiguës faisaient écho aux voix masculines. Le groupe des femmes allait vers les hommes. On aurait dit un rituel d'accueil, un message de bienvenue et d'allégresse envoyé aux pêcheurs chanceux. Ce soir, tout le monde aurait à manger. La mer leur offrait leurs repas quotidiens. Leur travail était récompensé. Parmi les femmes, il y avait des enfants accrochés aux jupes longues de leurs mères. Aucun d'eux ne criait ni ne s'éloignait, ils étaient attentifs à ce qui se passait, ouvrant de grands yeux. Ils coururent vers les bateaux rejoindre leurs pères, leurs frères, leurs oncles. Ils partageaient ensemble des moments intenses.

Subjuguée par le spectacle, Mariella n'avait pas remarqué un enfant d'environ trois ans, aux dents très blanches, à la démarche peu assurée, se diriger vers sa cachette. Il avait échappé à la vigilance de ses parents. Il pointait son doigt vers elle en balbutiant :

"Mami Wata !", "Mami Wata !"

Mariella n'eut pas le temps de réagir, le petit être à la peau très brune caressa ses écailles d'un air émerveillé. Elle lui prit la main et la serra affectueusement. Des cris retentirent. Mariella se cacha derrière un rocher. Une femme apparut, essoufflée, prit l'enfant dans ses bras et rejoignit les autres sur la plage.

Un feu fut bientôt dressé, le bois crépitait, les joues étaient rougies, les yeux brillaient. Depuis sa cachette, Mariella assista à leur repas, mêlé de rires et de chansons, de danses étourdissantes, comme un message de joie que chacun voulait partager et transmettre.

Elle était émue devant tant de communion, un moment suspendu dans le temps grâce auxquels les tensions étaient apaisées, le dur labeur du jour était oublié. Une larme coula sur sa joue. Ses parents n'étaient pas auprès d'elle, elle aurait voulu qu'ils assistent à ce beau spectacle.

Elle s'allongea dans le sable et jusque tard dans la nuit, écouta les mélopées toutes plus agréables les unes que les autres. Elle admirait au-dessus d'elle un beau ciel étoilé.

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