Acte 1 - Malchance

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« Où-est-ce que j'ai garé ma bagnole déjà... », soupira Camille Aall à la sortie de l'hypermarché de sa ville.

Le jeune homme, du haut de son mètre cinquante six semblait perdu. Qui est-ce qui lui a fichu une mémoire si vacillante ?

Les deux sacs de courses commençaient à peser lourd au bout de ses deux bras, dont la maigreur était cachée par une épaisse veste kaki d'un goût douteux. Il décida alors de retrouver au plus vite son véhicule pour enfin pouvoir y déposer ses deux charges.

Après quelques minutes de recherches, il retrouva enfin sa voiture. Mais pas dans l'état dans lequel il aurait aimé la revoir. En effet, sa Forb fiesto bleu électrique flambant neuve n'avait plus de roues. Les essieux étant à même le sol, la vitre côté conducteur totalement brisée révélait l'intérieur de sa voiture complètement saccagé et tous ses biens de valeur, volés. Il lâcha ses sacs et cria :

« Nan, mais c'est pas possible ! Mais quelle vie de merde ! Je venais de la payer cette caisse, putain ! »

Il recouvrit son visage de ses deux mains fines, assez petites aux doigts courts, ses ongles étaient légèrement rongés, sans doute le signe d'une importante nervosité qui ne le laissait pas tranquille. Quelques sons de grognements et de plaintes s'échappaient de sa gorge, son visage totalement caché.

En enlevant ses mains, les nombreuses personnes qui étaient là ont pu voir ses yeux rougis par les larmes. Mais ce n'est pas tout, bien qu'aillant une goutte de morve qui coulait de son nez, son visage avait une sorte de charme naturel. On ne pouvait pas expliquer pourquoi, mais la plupart des gens s'accordaient à dire que Camille n'entrait pas dans les standards de beauté, mais que quelque chose chez lui était tout de même attirant. Peut-être était-ce ses yeux vert lagons, avec des légères nuances de bleu lorsque les lances du soleil transperçaient ses iris ? Ou bien son teint pâle, presque aussi blanc que les premières neiges d'hiver d'un enfant ? Ou serait-ce les traits fin de son visage, qui sauraient rappeler les courbes hypnotiques des courants d'eau ? Ou son nez, qui rappelle ceux des princesses du froid mordant de Russie ? Ou encore ses cheveux, descendant jusqu'à ses fines épaules, d'un noir de jais profond et intense, qui réussissaient la prouesse d'offrir un cadre sublime à la toile qu'était son visage.

Cependant, aussi perturbant que pouvait être son visage, on pouvait facilement distinguer l'expression de colère qui se lisait sur chacun de ses traits. Il agrippa ses sacs et décida, d'un pas furieux, de quitter les lieux du massacre de son auto.

Il marcha donc en direction de son foyer, mais poussé plus par la colère que par la raison, il oublia un détail non négligeable. Il connaissait évidemment la route pour retourner chez lui en voiture, mais pas le chemin du retour à pied. Cependant, Camille n'y pensa pas sur l'instant et continua sa route, il avança pendant de longues minutes qui lui parurentpourtant très courtes, déambulant dans la ville qui ressemblait plus à un labyrinthe d'asphalte et de béton pour lui. Lorsqu'il se calma, il se rendit compte qu'il était totalement perdu. Et comme si sa journée ne pouvait être plus mauvaise, les grondements d'un orage commencèrent à se faire entendre.

« Bon dieu... Je suis où encore ? Pis j'ai pas de parapluie, pis j'ai froid et je commence à avoir la dalle. Et... J'aurais peut-être dû appeler les flics sur le parking... Bordel. Je dois trouver un moyen de retrouver mon chemin avant que ma voiture ne finisse à la fourrière ! »

Camille fît demi tour, mais les rues comme les murs se ressemblaient, il avait l'impression de tourner en rond pendant des minutes qui, cette fois-ci lui semblaient durer une éternité.

Soudain, comme une punition divine, un éclair éclata au dessus de Camille suivit d'un grondement gigantesque, puis quelques secondes après, quelques gouttes se mirent à tomber et devinrent rapidement une averse tonitruante. Camille, pris de court, utilisa son sac comme abri de fortune, mais ses courses et certains de ses articles commencèrent à prendre l'eau, si bien que cette solution ne devait être que temporaire.

« Putain de putain de putain !! Journée de merde, journée de merde, journée de merde !! Faut que je trouve une boutique ou un truc du genre... Merde ! »

Camille se mit à courir aussi rapidement qu'il pouvait, mais ses jambes, bien trop courtes ne lui permettent pas d'aller très vite. De plus, ses deux lourdes charges mouillées commençaient à peser sérieusement sur les mains, les bras et les épaules du pauvre petit à présent trempé.

Essoufflé, abandonnant l'espoir de sauver ses courses de la noyade et son véhicule de la fourrière, Camille commença à ralentir. Jusqu'à ce que, comme incrustée dans un des murs d'une petite rue exiguë, il aperçut une porte en bois, qui semblait ancienne et sur les deux cotés de celle-ci, deux luminaires en papier rouge d'inspiration japonaise étaient suspendus, avec un kanji inscrit dessus qui était inconnu de Camille. Cette image surprenante et qui interloqua le jeune homme le fit passer par plusieurs émotions, tout d'abord la surprise.

« Mais qu'est ce que c'est que ce bordel.. »

La peur.

« Oulah... Dans cette cité, un truc de ce genre ça n'annonce rien de bon. »

Puis la curiosité.

« Mais pour une cachette de dealer ça me semble étrange. Et qu'est-ce que un truc jap' fout dans une rue paumée de Reims ? Peut-être que je devrais jeter un coup d'œil. »

Et enfin l'action.

« Oh pis merde ! En plus il pleut des cordes ! »

Il approcha de la porte en bois, posa sa main sur la poignée ronde en acier rouillé et la tourna. Qu'est-ce que cet étrange bâtiment pouvait donc bien renfermer ?

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