Chapitre 6

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Fin septembre, il revient à la maison avec un petit lapin, qu’il a trouvé dans le jardin de son travail, blessé. Il pense pouvoir le guérir pour le remettre en liberté. Malheureusement, il ne passe pas la nuit.
Nous décidons donc d’adopter un lapin nain, direction à la jardinerie. Mais en cours de route, il prend un autre chemin. Je l’interroge, mais n’obtient pas de réponse. Ce n’est qu’une fois garés devant une immense maison, et accueillis par un monsieur d’une cinquantaine d’années que je comprends : l’homme s’excuse auprès de Clément de ne pas avoir de femelles disponibles, mais qu’il pourra s’arranger niveau prix pour un petit mâle. C’est alors qu’il ouvre une porte de grange pour nous laisser découvrir une bonne douzaine de chiots de toutes races. A priori, Clément a tout prévu dans mon dos, mais hésite entre plusieurs races.

Tous les petits chiots se précipitent vers nous, dans un mélange d’aboiements et de gaieté. Tous sauf un, il aboie de loin, s’approche d’un pas, recule de deux. On voit bien qu’il aimerait venir faire la fête mais qu’il n’ose pas. Les autres sont très mignons, mais je ne peux pas m’empêcher de revenir toujours vers ce petit peureux. On dit que le coup de foudre avec un animal de compagnie est immédiat, je confirme… L’éleveur le sent de suite aussi et sans ménagement, il l’attrape par le cou et me le colle dans les bras. Instantanément, le chiot se calme, pose sa tête sur mon épaule, je suis piquée. Je regarde Clément, les larmes me montent aux yeux, je me sens en une seconde apaisée, complète, notre histoire commence ainsi.

Une fois les formalités administratives terminées (entendons par là une fois que Clément m’a laissé payer l’éleveur), nous voilà partis à l’animalerie, non plus pour un lapin nain mais pour acheter de quoi accueillir dignement notre petit golden retriever : tapis, gamelle, jouets, nourriture. Nous sommes fous de joie, complices, heureux tout simplement.

Il faut aussi lui trouver un nom, pour l’instant, il n’en a aucun. Nous trouvons d’ailleurs ça bizarre que l’éleveur ne lui ai pas donné de nom alors qu’il a 3 mois. C’est l’année des C mais rien ne nous plait vraiment. J’avance l’idée de l’appeler Lilou, je trouve sur Internet que c’est un prénom mixte dans certains pays, j’aime beaucoup et par chance, Clément aussi. Et puis par curiosité, nous tapons le nom de l’éleveur sur le moteur de recherche. Quelle n’est pas notre surprise de découvrir que cet homme a été plusieurs fois jugé pour trafic d’animaux ! J’interroge :

« Mais attend Clément, avant d’appeler ce type tu ne t’aies pas renseigné sur lui ? Regarde ce qu’on lui reproche, c’est grave !

- J’en savais rien moi ! Il a mis une annonce sur le site, j’ai juste appelé ! Tu sais, je pensais pour ta part de loyer de novembre laisse tomber, ce sera pour payer la moitié du prix du chien. »

Je reste silencieuse face à ce comportement, mais je ne suis pas dupe, à cet instant précis, j’ai compris que Lilou, défait de sa perfection, subira le désintérêt de son nouveau maître tout comme moi tôt ou tard, j’en ai la certitude. Nous fonçons chez le vétérinaire afin de s’assurer surtout qu’il ne nécessite pas de soins médicaux particuliers.
Heureusement, plus de peur que de mal : tout va très bien, il est en bonne santé, bien vif, il est bien pucé, mais plus jeune que ce qui est notifié sur les papiers, à peine sevré, à part cela, rien à signaler. Nous rentrons et chouchoutons le nouveau membre de notre famille.

Bien sûr comme tous les chiots, il fait d’innombrables bêtises : il commence par déchiqueter une malle en osier, un magazine qui traîne sur le table, envoie valser le sapin de noël et mâchouille toutes les boules qui s’en sont décrochées. Mais avec sa petite tête trop craquante que lui dire ? Evidemment, je passe à la caisse à chaque fois pour rembourser les objets détruits, mais j’aime tellement cette petite boule de poils que peu importe. Il me rend un amour inconditionnel et j’en ai tellement besoin.

Avec l’arrivée de Lilou, les choses changent un peu. Maintenant, nous allons tous les trois chez les parents de Clément. Je pourrais me réjouir d’être réintégrée dans la famille, mais ma belle-mère continue sans relâche de m’appeler délibérément Julie, le prénom de la première copine de Clément qu’elle aime par-dessus tout ; mon beau-père, quand à lui, picole tout le week-end et finit par me peloter les cuisses ou me coincer le long d’un mur en se frottant contre moi. Je sais que Clément le voit mais il ne dit jamais rien et je dois me dégager de cette étreinte répugnante seule ou avec l’aide de ma belle-mère en furie. J’essaie parfois d’en parler avec Clément, sur le chemin du retour, mais comme toujours je suis en tord, c’est ma faute, je provoque.

A chaque retour chez nous, je me précipite dans la douche où je me frotte tellement le corps que j’en ai mal, comme pour ôter toute l’horreur que de vivre ces attouchements déplacés dont je ne peux parler à personne.

La solitude devient de plus en plus cruelle à distance de ma famille et mes amies dont je n’ai plus du tout de nouvelle. Ce sentiment augmente surtout avec les fêtes que je ne passe pas auprès des miens. Je suis moins joyeuse, je souris par obligation, c’est ça aussi d’être dans le commerce : on apprend à faire semblant pour être polie. Mais au fond, je me demande si j’ai fait le bon choix de venir ici.

Oh bien sûr, Lilou apporte de la joie dans la maison, il écoute et entend chacun de mes chagrins, chacun de mes secrets, mais au fond, ça n’arrange rien à la maison où les tensions sont toujours présentes. Nous sommes à la fin de mon CDD qui ne sera pas renouvelé car la personne que je remplace revient de congés maternité. Je dois me réinscrire au chômage, heureusement, je ne perds pas grand-chose et je peux au moins honorer ma part des factures en attendant de retrouver un emploi. J’écume toutes les annonces possibles et imaginables, j’essuie refus sur refus, Clément est furieux !

Etant à la maison toute la journée, j’occupe mes journées en sortant Lilou dans le quartier et dans les champs non loin de chez nous. Je me décide enfin à reprendre contact via MSN avec mes amies longtemps ignorées. Mes copines de lycée, malgré notre dernière entrevue ne me font pas de reproches, et surtout ma meilleure amie Audrey vient d’être mutée à quelques dizaines de kilomètres de chez nous ! Je reprends du poil de la bête, je me sens mieux depuis que je suis en contact avec toutes les personnes qui me sont chères.

Mais chaque semaine a son lot de reproches, chacune se solde par la même solution punitive : si je contrarie Clément, nous n’irons pas voir mon père. Plus de trois heures de route, nous nous voyons très peu, alors chaque visite prévue m’emplie toujours de joie ! Sauf que bien souvent, Clément trouve quelque chose à redire la veille et nous annulons notre venue.

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