Chapitre 4 

6 minutes de lecture

Quelques semaines passent, Clément rentre du travail presque joyeux. Son comportement totalement déroutant m'inquiète puis je tente de me laisser aller. Il est doux et attentif, presque affectueux. Pour rien au monde, il ne s'excuserait mais il m'avoue qu'il a eu peur que je parte avec un autre. Nous partageons à nouveau des choses tous les deux, nous allons au cinéma, au bowling, au restaurant, et parfois même il m'invite !

Je ne me suis pas trompé : ce jour où tout irait mieux entre nous est enfin là ! Je revis et reprend forme humaine ! Même mes profs et mes copines m'en font la remarque et me félicitent !

Un simple courrier vient troubler le bonheur retrouvé que nous vivons. N'exagérons pas, il fallait bien que ça foire à un moment ! Clément ne dit rien pour l'instant mais il a l'air satisfait. J'étais curieuse mais je me garde bien de lui poser des questions, il finirait bien par m'en parler de lui même. Nous allons mieux en tant que couple et je ne veux en aucun cas tout gâcher avec mes questions indiscrètes. Il m'en parlera bien assez tôt.

Ce n'est que trois jours plus tard, quand je l'ai vu revenir à la maison avec des cartons de déménagement que je finis par lui demander des explications. Il ne se fait pas prier pour me répondre : le courrier était la réponse à sa demande de mutation : acceptée ! Il commence son nouveau job dans quinze jours, dans une ville à plus de trois heures d'ici. D'ailleurs, il y va ce week-end pour visiter des appartements.

« Mais ce week-end je travaille ! Tu aurais pu m'en parler avant ! En plus, 15 jours ?! C'est vraiment court pour démissionner !

- Je comprends pas c'est quoi le problème ? Tu n'es pas contente pour moi ?

- Si bien sûr, c'est juste qu'il faut que je m'organise.

- Que tu t'organises pour quoi au juste ?

- Comment ça ?

- Qui t'a dit que tu venais ? Je pars, toi tu fais ce que tu veux !

- Comment ça tu pars ? Moi je pars pas avec toi ? Tu me quittes ?

- Si tu restes ici je te quitte oui, on ne va pas continuer à distance.

- Et si je pars avec toi ?

- Tu verras bien... Si ça marche ou pas...

Le ciel me tombe sur la tête. J'ai l'impression d'avoir rêver ces dernières semaines où tout se passait bien, où j'avais repris espoir en notre amour.

Mais une fois de plus, il réussit à me convaincre que c'est pour le mieux : Qu'est-ce que je vais faire si loin du peu de famille que j'ai ? Il me répond que je ne les vois jamais et c'est vrai. Et mes amies ? Cette bande de bécasses sans cervelle ont leurs études ou un travail, je n'en entendrais plus parler, et puis ce n'est pas avec des amis qu'on construit un avenir, mais avec un travail et de l'argent. Et mon travail du coup ? Comme si j'allais rester serveuse toute ma vie ! En quittant cette ville je vais trouver enfin un métier qui ne lui ferait pas honte !

Finalement, il ne me laisse même pas réfléchir, il a raison sur toute la ligne et mon avenir c'est lui. Il réussit donc à me convaincre que c'est pour le mieux.

Le lendemain, je donne ma démission à ma patronne. Elle est tellement triste qu'elle en verse quelques larmes. Elle me met en garde : ce garçon est mauvais pour moi, il n'est ni gentil, ni prévenant. Il aurait dû m'en parler avant de décider pour moi, je fais une erreur et je le regretterais.

Je ne veux pas partir fâchée, je lui souris et lui dis de ne pas s'inquiéter : mon Clément, c'est l'amour de ma vie, elle ne le connaît pas.

Je retrouve ensuite mes copines de fac en ville. Elles sonnent également le signal d'alarme. Elles ont un peu plus de détails de notre quotidien mais ne savent rien de la violence de ce soir là, elles se montrent très inquiètes. Je ne me démonte pas : à chacun de leurs points négatifs, j'en trouve un positif, même si j'invente la moitié de mes réponses. Quand on change enfin de sujet, l'ambiance se détend un peu et on profite de ce bel après-midi.

Isabelle, que je connaissais déjà du lycée, me prend à part au moment de se dire au revoir et propose de me raccompagner à pieds, histoire de discuter encore un peu.

« Margot, tu sais, ça fait 4 ans qu'on se connaît maintenant. J'étais déjà là avant que tu rencontres Clément...

- Si c'est encore pour me dire des horreurs sur lui, tu perds ton temps. Je partirai avec lui.

- Je me fais du souci pour toi, c'est tout. Regardes toi, tu as tellement changé depuis que tu es arrivée dans cette ville...

- Mais n'importe quoi ! Tu ne peux pas comprendre !

- Mais comprendre quoi bon sang ! Ton rêve, c'est d'être libraire ! Et à cause de ce connard, tu as tout laissé tomber pour être serveuse ! En plus, il te le reproche tous les jours ! Il t'isole de tes amies, ton père ne t'a pas vu depuis des semaines, tu ne vas jamais dans sa famille, tu ne viens plus en cours, rien ! Il n'y a plus rien entre vous ! Il profite de toi, ni plus, ni moins !

- T'as pas le droit de le juger, tu ne le connais pas ! On n'a pas la même vie ! Tu es étudiante, moi je travaille ! On n'a juste plus d'intérêt commun toi et moi ! Ou alors tu es jalouse parce que t'as pas de mec !

- Comment tu peux être aussi méchante... Je m'inquiète pour toi, tu es manipulée par ce type et tu ne t'en rends même pas compte ! Il t'éloigne de tout le monde ! J'ai aucune raison d'être jalouse de toi, vu ce que tu vis ! Et pour info, ton mec si parfait, il en cherche une autre depuis longtemps déjà ! »

J'ai envie de la gifler, de lui hurler dessus, mais mon regard suffit à répondre à ce déballage de conneries qu'elle est forcément en train d'inventer. Notre amitié qui me tenait tant à cœur prend fin dans l'instant. Je ne veux plus rien avoir à faire avec elle ! Et je suis maintenant convaincue d'avoir fait le bon choix de quitter cette ville.

Je marche à vive allure pour rentrer chez moi, me remémorant chaque mot de mes amies, puis d'Isabelle. Et si elles avaient raison, si il ne m'aimait pas ? C'est vrai que depuis qu'on est ensemble, j'ai changé. En mieux, je crois... Je me suis affirmée, je suis plus sûre de moi, je suis plus heureuse, plus joyeuse, je fais plus de choses, je vois plus de monde, je... D'ailleurs la preuve... Je cherche des exemples, que je ne manquerais pas d'envoyer dans un message bien salé à Isabelle en rentrant, sauf qu'aucun exemple ne me vient...

Je suis presque arrivée à la maison, totalement vide de sentiment, de chaleur. Sur le pas de la porte, je craque et j'entre dans l'appartement en larmes. Clément me demande des explications, je lui raconte mot pour mot ce qu'il s'est passé. Il en conclut très vite qu'il avait raison depuis le début, que ce ne sont pas des vraies amies, qu'elles ne veulent que mon mal, qu'elles sont jalouses. Pour prouver qu'il ne m'éloignera jamais de ma famille comme elles le prétendent, il invite sur le champ mon père et sa compagne à venir dîner.

Il se montre charmant, prévenant, aux petits soins pour ma famille mais aussi pour moi. Il rassure mon père qui pose quelques questions sur notre organisation financière, matérielle. C'est là que j'apprends que Clément a déjà visité et signé un bail pour un appartement en rez-de-chaussée, avec un jardin, plutôt grand et lumineux. D'ailleurs, il montre aussitôt des photos, que je découvre en même temps qu'eux. Tout le monde est conquis, et moi fière qu'il soit si prévoyant et qu'il pense pour nous deux. On est bien loin de l'homme en colère d'il y a quelques semaines, je suis de nouveau apaisée.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Vous aimez lire Mel Careti ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0