Fiche de lecture : Bug Jargal, Victor Hugo

de Image de profil de Mat. C.Mat. C.

Apprécié par 1 lecteur
Image de couverture de Fiche de lecture : Bug Jargal, Victor Hugo

Hugo est énervant. Après m’être pris une véritable claque lors de la lecture d’Han d’Islande, roman quasiment renié par l’auteur dans sa préface, voici que j’en prends une plus énorme encore avec la découverte de son tout premier travail, écrit à l’âge de 16 ans (même si la version qu’on lit aujourd’hui a été maintes fois remaniée ensuite et ne doit plus avoir grand-chose en commun avec la mouture originale).

La semaine dernière je posais la question : Bug Jargal compte t-il au sein de l’œuvre de Victor Hugo ? Après avoir lu quelques articles et fiches sur ce roman, j’en doutais. Déjà pour Han, on disait qu’il fallait être hugolien à 100 % pour l’apprécier, alors qu’en était-il pour Bug, écrit deux ans avant, et à la suite seulement d’un pari ?

Lire un bouquin écrit par un adolescent… même s’il s’appelle Hugo, me rebutait. Le sujet m’effrayait également : la révolte des esclaves de Saint-Domingue en 1791, vue par un tout jeune homme royaliste (ne l’oublions pas, Hugo a longtemps été de droite. Il faut lire toutes ses premières œuvres en ayant cela à l’esprit) au début de 19ème siècle.

Mais une fois encore, toutes mes appréhensions disparurent après quelques paragraphes seulement. Une fois encore nous sommes face à un roman que chaque auteur rêverait de pouvoir écrire un jour. Une fois encore je démarrais un chef d’œuvre de Victor Hugo, et j’étais parti pour quelques heures de pure extase littéraire.

Bug Jargal est court. Une longue nouvelle pourrait-on dire même. Il était parti pour n’être qu’une histoire racontée dans un roman beaucoup plus long. Le principe était simple : des capitaines se réunissent autour d’un feu lors d’un bivouac à la veille d’une bataille, et chacun raconte une aventure qui a pu lui arriver. Quand Bug Jargal commence, c’est au tour du capitaine Léopold d’Auverney de parler.

Ce roman donc commence à la troisième personne, mais quand d’Auverney débute son récit, nous voici à la première personne et ce sera le « je » qui sera alors utilisé la majeure partie du temps (chose inédite chez Hugo).

« Un travail de jeunesse » disent-ils tous… L’ont-ils vraiment lu ce « travail de jeunesse » ? En train de reprendre, après quelques années d’arrêt, Zola et ses Rougon-Macquart avec la Terre (fiche la semaine prochaine certainement), je peux affirmer que je préfère largement et indubitablement même un Hugo tout jeune et débutant au maître du naturalisme.

Hugo… est le plus grand romancier de tous les temps. Hugo ce sont les personnages sublimes, Hugo c’est le romantisme, Hugo c’est le suspense, la virtuosité de la narration, la puissance des sentiments, la tempête, l’ouragan, l’amour. Lire un Hugo vous rend meilleur, vous montre tout ce qu’il y a de plus grand dans l’humanité, vous grandissez à son contact, vous vous éveillez, vous ouvrez les yeux ; et quand enfin vous refermez le livre, le soleil brille plus fort, vous vous sentez bien, vous vous sentez beau, vous vous envolez en laissant la médiocrité loin loin derrière vous, l’abandonnant à ceux qui ne connaissent ni Gavroche, ni Gwynplaine, ni Gauvain ou Gilliat (et je remarque tout à coup que Victor Hugo aime beaucoup les prénoms commençant par la lettre G).

Hugo c’est l’écrivain à lire par excellence, le seul qu’il faudrait lire même, le seul utile. Je lis un Hugo, j’en ressors solaire, heureux, sublime, détendu, aimant mon prochain, la vie, la république, m’aimant moi : créature humaine dont l’esprit est capable d’appréhender l’infini, dont les secrets de l’âme immortelle sont le plus grand mystère de l’univers, homme qui tend vers la Lumière dont le potentiel ferait pâlir les étoiles les plus brillantes, dont la vie et la mort mériteraient d’être chantées également pendant les éons, et qui changera le monde à la puissance seule de sa volonté.

Hugo c’est le Génie. Celui qui a trouvé le vrai sens de la Littérature.

Et à 16 ans, quand le jeune Victor écrivait Bug Jargal il avait déjà tout compris. Toute son œuvre était déjà condensée dans cette nouvelle, toutes ses pensées, tout son talent, tout ce qu’il allait accomplir ensuite. L’histoire ? Saint-Domingue qui brûle, une amitié entre un blanc et un noir, entre un maître et un esclave dans la tourmente. Mais cette histoire, haletante et captivante, est secondaire. L’histoire est toujours secondaire chez Hugo. Car il y a quelque chose en plus. Hugo pourrait parler d’un homme qui recherche ses chaussettes dans sa cave à vin que ce serait également un chef d’œuvre ! Car il y aurait ce souffle, cet esprit, cette âme, ce surplus d’humanité. De Bug Jargal à Quatrevingt-treize, il y a plus de soixante ans, mais le souffle est le même. J’ai parlé d’une tempête ou d’un ouragan précédemment et c’est tout à fait ça. Je lis et j’écris depuis bien plus d’une décennie aujourd’hui. J’ai eu ma période littérature américaine, beat generation, brat pack… j’ai eu ma période naturaliste, ma période camusienne, ma période russe et japonaise, sans oublier la fantasy, et je n’ai découvert Hugo que cette année. Le meilleur pour la fin comme on dit ? Parce que c’est le cas. Tous les autres sont oubliés, tous les autres, qu’ils s’appellent Zola, Steinbeck, DostoIevski, Kerouac, Ellis, Mishima, Flaubert, Pycnhon, Tolkien… sont des amateurs jouant aux billes dans leur jardin. Rien qu’avec Bug, Hugo les renvoie tous à leurs études. Aucun autre auteur (Shakespeare période MacBeth excepté) ne m’a apporté ce souffle que je recherchais avec tant de vigueur. Je savais que ce souffle existait dans la Littérature, je l’entrevoyais parfois, chez moi ou chez d’autres. Il était mon objectif : je savais qu’on pouvait et qu’on devait écrire avec suffisamment de puissance pour déchirer le papier. J’étais certain que toute l’Âme d’un homme pouvait se transmettre à sa plume.

Victor Hugo me l’a montré. Je n’ai pas encore tout lu de lui. Il me reste à terminer les Travailleurs de la Mer, et à trouver Notre-Dame.

Je fais une fiche de lecture sur Bug Jargal, et mille mots plus tard, je termine en ayant à peine évoqué Bug Jargal ? Il y avait plus important à dire j’en suis convaincu, et je suis ravi du chemin qu’a pris ma pensée.

Je conclus en disant : lisez Bug Jargal. A 16 ans, Hugo était déjà Hugo. En un paragraphe de ce roman, il y a davantage que dans tout le travail de votre auteur préféré.

Essai
Tous droits réservés
1 chapitre de 5 minutes
Commencer la lecture

Commentaires & Discussions

Des milliers d'œuvres vous attendent.

Sur Scribay, dénichez des pépites littéraires et aidez leurs auteurs à les améliorer grâce à vos commentaires.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0