21. Galion en approche

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Ariane

Réunis sur le terrain d'atterrissage des ethons, les six élus piétinaient l'herbe humide, nerveux. Il était encore tôt, la rosée du matin et l'air frais n'arrangeaient pas l'humeur massacrante des adolescents encore ensommeillés. Les villageois s’empressaient de remonter la pente de la colline et les saluaient avec émotion. Aussitôt entourée d'enfants inquiets, Ariane s'agenouilla. Elle les connaissait bien, ils s’amusaient souvent à l’observer manier le métal depuis les fenêtres des forges. L'un d'eux s'exclama :

- Tu pars longtemps ?

- Je reviendrai le plus vite possible, assura-t-elle.

- Papa dit que ta mission est dangereuse.

- J'ai peur, pleurnicha une petite fille. Quand vous serez partis, plus personne ne sera là pour nous protéger.

Peinée, Ariane lui prit la main.

- L'escadron ne bouge pas d'ici, Emma. Et Philéas désignera un bon remplaçant.

- Tu n'as pas peur, toi? demanda-t-elle.

Si. Je suis morte de trouille.

Ariane secoua la tête et se redressa. Elle reçut l'accolade d'Ophélie qui la considérait plus comme une amie qu'une apprentie, puis la salua d'une main, la remerciant encore de l'enseignement qu'elle avait reçu. De loin, Ariane put apercevoir Alexandrina fouiller le sac de son fiancé pour vérifier qu'il ne lui manquait rien. Accroupi, Philéas lui assurait que cela ne servait à rien, ce à quoi elle répondit en l’enlaçant tendrement, le nez enfoui dans son cou. Malgré le temps qui leur avait été offert, les nombreux mois qui s'étaient écoulés et les efforts d'Alexandrina pour se rapprocher de Philéas, la relation était à sens unique. Les bras ballants, le meneur n'eut aucune réaction, puis se décida finalement à passer ses mains dans le dos de la jeune fille.

- Ariane ?

Louis s'était avancé jusqu'à la rousse d’un pas incertain. Il passa brièvement son pouce sur sa joue et, un sourire aux lèvres, demanda :

- Tu te sens prête ?

- Je crois, marmonna-t-elle.

Son sourire s'envola, cassé par la froideur de la jeune fille. Il ne se démonta pas pour autant :

- J'aimerais pouvoir te dire au revoir...

- Vas-y.

- ... convenablement.

Il se rapprocha d'elle, sa grande taille la forçant à lever les yeux vers lui. Submergée par des émotions contradictoires, la rousse recula.

- Louis, s'il te plaît...

Alors que celui-ci baladait ses doigts sur le dos de la main d'Ariane, Philéas détourna son regard vide de sa fiancée pour le poser sur eux. Les battements de cœur de la jeune fille accélèrent quand elle le remarqua. Paniquée, elle s'éloigna de Louis et, une main sur le poignet, s'excusa avant de rejoindre ses amis sans se retourner.

- C'est moi ou ton bâton a changé de forme ? entendit-elle dire Justine.

- Non, c'est bien le même, répondit Colin sur un ton sans appel, un doigt sur la fleur au sommet de la branche.

- Ah... d'accord, murmura la blonde.

- Je connais à peine mon livret sur les plantes, grommela Constance. Comment est ce qu'on va faire si je ne suis pas capable de vous soigner ?

- Tu y arriveras, c'est certain, glissa Ariane, confiante. Endrick n'est pas encore là?

- Il dit au revoir à ses compagnons de frontière, lui apprit Justine.

Encerclé par une bande d’hommes à l’allure imposante qui se tenaient par les bras, Endrick rit aux éclats lorsqu’ils le saisirent à l’épaule pour l’encourager.

- Ils ont l'air de s'être rapprochés, nota Ariane.

- Contrairement à nous, lâcha Constance, sur les nerfs.

Une lueur de désespoir traversa les prunelles de la jeune fille rousse. Les Six s'apprêtaient à accomplir leur quête sur de mauvaises bases. Leur amitié craquelait comme de la glace à la surface d'un lac, menaçant de se fendre en deux au moindre impact. D’une main enveloppée par sa manche trop longue, Philéas balança son sac sur son épaule et rejoignit son groupe.

- On va y aller.

- Tu as choisi ton remplaçant ? s’enquit Constance.

Le meneur jeta quelques coups d’œil à Ariane puis, les lèvres retroussées, il pencha la tête.

- C’est Gabriel, je suppose ? insista la brune.

- Attendez-moi ici, marmonna Philéas.

Il tourna les talons et se dirigea vers les deux fils d’Osmond en pleine conversation. Il se planta face à Louis et tendit la main, l’air grave. Ariane crut sentir son estomac se retourner au moment où le benjamin accepta. Leur poigne, courte et cordiale, révélait l’animosité qu’ils contenaient pour ne pas se jeter dessus. Pour une fois depuis des mois, l’Asiatique avait pris une décision juste.

- Vous savez où on ira, vous ?

Dos aux autres, Colin contemplait la vallée depuis le bord de la colline. Endrick, qui en avait fini avec les salutations, le rejoignit. Ariane comprit à ses épaules crispées qu’il était tendu.

- Les oiseaux nous guideront. Eux seuls savent où la couronne se trouve, répondit Justine.

- Par où commencer ?

- Tout à l’heure, Pia m’a fait voir l’océan Alcyonien, confia la blonde. Dans mon esprit, ajouta-t-elle sous les sourcils froncés de ses camarades. Vous savez, ses coups de bec éclaircissent mes pensées qui se bousculent. J’y vois toujours plus clair.

- Ça veut dire qu’on va certainement devoir suivre la rivière à pied, soupira Constance.

- On perdra du temps inutilement, s’agaça Colin.

- J’ai une idée.

Endrick s’était tourné vers eux.

- Loukoum nous aidera à le survoler.

- Tu veux dire…

- Oui. Il a assez de force pour supporter nos poids.

Ils n’avaient pas d’autre solution. Endrick se dirigea vers son oiseau pour avancer sa selle et y accrocher les sacs de ses amis. Curieux, les habitants s’approchèrent de lui. Ariane profita de l’effet de masse pour courir vers Louis et se jeter à son cou.

- Désolée, je suis désolée, souffla-t-elle, au bord des larmes.

Surpris, le garçon entoura son dos de ses grands bras, la joue collée contre la sienne.

- Je ne te mérite pas, Louis. Pas après tout ce que j’ai fait.

- Je sais que c’est difficile, pour toi.

Elle passa une main sur sa nuque, ses doigts accrochés à ses mèches de cheveux sombres.

- Je ne veux pas te perdre, murmura-t-elle. Sois prudent.

- Tout ira bien.

- Tu n’as même pas d’oiseau…

- Je t’attendrai. Et tu me reviendras en vie. Tu me le promets ?

Elle hoqueta contre lui, bouleversée à l’idée de rater sa mission ou de revenir au village sans y retrouver Louis.

- Je te le promets, articula-t-elle.

Il la serra un peu plus contre lui, la mâchoire contractée. Ariane lui embrassa la joue, dérapant sur le coin de ses lèvres. Il baissa son nez vers le sien, les sourcils froncés. Leurs visages désormais rapprochés, il passa une main derrière son oreille et déposa son front sur le sien.

- Recommence.

Elle déposa ses lèvres dans le creux de sa joue. Avant qu’elle ne pût se détacher de lui, leurs pommettes glissèrent l’une contre l’autre et il l’embrassa. Ariane y répondit sans hésiter, retenant les larmes qui envahissaient ses yeux fermés. Elle ne voulait plus le quitter.

- File, dit-il contre ses lèvres. Ils doivent déjà t’attendre.

- Ça va être plus difficile de partir, maintenant.

Ils s’enlacèrent une dernière fois avant de se séparer. Lorsqu’Ariane arriva, Justine était déjà sur le dos de Loukoum et Constance commençait tout juste à grimper sur lui. Colin rangea son bâton sous la selle et la suivit sans hésitation. Philéas, lui, observait l’oiseau sans bouger. Endrick le poussa à l’épaule et gronda :

- À ton tour.

Le meneur trébucha et se rattrapa aux plumes de l’oiseau. Fatigué d’être sans cesse sous le joug d’Endrick, Philéas s’appuya un peu plus contre Loukoum, les lèvres serrées. Serein, Endrick se plaça derrière lui et lui ordonna près de l’oreille :

- Dépêche-toi.

Glacée par cette scène, Ariane observait les deux anciens meilleurs amis se défier du regard. L’air malicieux, Endrick intimidait volontairement Philéas qui, pour éviter d'autres tourments, s'empressa de se relever. Sans un mot, la jeune fille rousse attendit qu’il montât pour passer devant l’Alsacien.

- Fais attention, chuchota-t-elle.

- Il mérite pire, cracha Endrick.

- Non. Attention à toi. Tu deviens menaçant.

- Et lui, il ne l’était pas, peut être ?

- Rick, soupira-t-elle. J’apprécie ce que tu fais pour moi, sincèrement… je sais que tu tiens à me protéger…

- Il n’avait aucun droit de te faire du mal, s’étrangla-t-il, un poing serré contre Loukoum.

- Je sais, lui sourit-elle faiblement. Mais tu dois apprendre que, même si c’est injuste, il faut savoir vivre avec.

- Désolé. Je ne peux pas vivre avec l’image de son visage neutre et sans pitié alors que tu étais en train de le supplier, marmonna-t-il en sanglant son oiseau.

Elle ouvrit la bouche pour rétorquer, mais celui-ci l’en empêcha.

- Point final, trancha-t-il, le regard noir.

Ariane dut se résoudre à abandonner. Elle rejoignit ses amis et se plaça derrière Constance qui, les mains dans les plumes de Loukoum, restait figée.

- Tu vas bien ? s’enquit la rousse.

- Non ! s’exclama Constance, dégageant ses longs cheveux d’un coup d’épaule.

- Tu peux m’en parler.

- C’est juste le stress. Ça va passer.

- On y arrivera…

- On y arrivera ? Tu débloques, ou quoi ? Cet océan, personne ne l’a traversé en entier, pas même les navigateurs !

- Attends… quoi ?

- Tu n’as pas écouté ? Gabriel a dit qu’aucun bateau n’était jamais revenu, souffla Constance.

Justine se pencha, sa chevelure blonde tombant dans le vide.

- C’est simple. Le fleuve se jette dans l’océan, mais il n’y pas de terres autour. Juste les monts enneigés en bordure. Il est tellement grand que les ethons eux-mêmes ne peuvent pas le survoler.

- Pourquoi ? s’étonna Ariane.

- Ce sont de gros volatiles faits pour se battre, pas pour voyager, leur apprit Endrick en chevauchant Loukoum.

- Mais… on sait ce qu’il y au bout, au moins ? demanda Colin.

- Sur la carte, on peut voir un village au pied de deux monts enneigés, lui expliqua Philéas. À part ça, ce sont les terres abandonnées qui se situent derrière, mais je ne vois pas ce qu'on ferait là bas.

- On ne va quand même pas revenir à notre point de départ ? Alors qu'on peut simplement retourner sur nos pas ?

- Faisons confiance aux oiseaux, répondit Justine d’un air mal assuré. Ils veulent traverser l'océan. Alors nous les suivrons. Ensuite, nous verrons.

- Loukoum ne tiendra pas, fit Ariane, livide.

- Il a dépassé Cyron en taille. Il n’est pas comme les autres, je suis sûr qu’il y arrivera, répliqua Endrick, le regard rivé vers le fleuve qui s’écoulait entre les deux versants de la vallée.

- Prêts ?

Auguste se tenait près de Loukoum. Endrick hocha la tête, déterminé. Son mentor leur souhaita bonne chance et s’éloigna. D’un coup de talon, le jeune garçon donna le départ à son volatile. Celui-ci se redressa et déploya ses longues ailes. Voyant le sol s’éloigner peu à peu de son champ de vision, Ariane se cramponna à ses plumes. Loukoum s’élança dans l’herbe puis, après avoir pris son élan, plongea dans le vide. Le vent fouetta le visage des adolescents terrorisés, la distance entre le fleuve et leur position se réduisant à toute vitesse. Endrick redressa le volatile au dernier moment de sorte à longer le fleuve.

Ariane tourna lentement la tête, incapable de bouger au risque de tomber. Ses yeux s’accrochèrent aux allées bordées de végétation qui défilaient sur le côté. Les feuilles frôlaient sa peau frémissante, l’air dans ses vêtements lui donnait une sensation de légèreté et la vitesse faisait battre son cœur à mille à l’heure.

Tout allait si vite, plus un bruit, juste le sifflement du vent. Le ciel dépourvu de nuages les accompagnait dans leur traversée. Un parfum d’eau salée traînait dans l’air. Leur attente de déboucher sur l’océan s’éternisait. Puis le décor vert s’envola et laissa place à une immense étendue bleue. Le calme envahit les lieux.

- On y est, murmura Ariane.

Pia sortit la tête du sac de Justine, intriguée.

- Comment tu fais ça ? demanda Constance, le menton par dessus l’épaule d’Endrick.

- Loukoum a des plumes particulières au niveau du cou. Elles ont toutes une fonction différente pour que je puisse le manœuvrer.

- Impressionnant, commenta la brune.

La journée fut longue et éprouvante. Le soleil brillait de son plus vif éclat. Assommés par la chaleur, les adolescents ne trouvèrent d’autre occupation que de discuter, du moins, avec retenue pour éviter toute tension. Philéas ne s’était pas exprimé une seule fois. Coincée ente Constance et Justine, Ariane s’était retournée et appuyée contre le dos de la brune, jouant avec Flamme sur ses genoux. Après avoir passé des heures entières à désespérer, ils aperçurent finalement le soleil se coucher sur l’eau paisible, une couleur rose envahissant le ciel. Le fond de l’air frais soulagea Ariane qui, exténuée, s’endormit en moins de deux sur Constance.

* * *

La jeune fille rousse se réveilla dans l’obscurité. Les battements d’ailes réguliers de Loukoum s’étaient arrêtés ; il planait, léger comme une plume. Ariane soupira et se cala un peu plus contre son amie. Elle repéra la demi-lune perdue au milieu d’un vaste océan de constellations. C’était magnifique. Alors qu’Ariane allait se rendormir, un objet coupant lui écorcha la tempe. Elle se redressa aussitôt, stupéfaite. Une flèche venue de nulle part s’éleva dans le ciel avant de retomber vers les eaux profondes. Une goutte de sang perla dans le cou de la jeune fille.

- Endrick ! siffla-t-elle. Endrick, réveille-toi !

Constance était affalée sur lui. Il avait la tête posée sur le cou de Loukoum, une oreille enfouie dans les mèches brunes de la jeune fille. Une autre flèche transperça la manche de Justine qui sursauta.

- Réveillez-vous ! s’écria Ariane.

Les adolescents sortirent de leur sommeil, affolés.

- On nous attaque !

À peine eut-elle le temps de finir sa phrase qu’une ombre lui frôla l’épaule. Un cri d’oiseau retentit dans la nuit. Les adolescents se resserrèrent les uns contre les autres, aux aguets. Ils ne devaient pas se perdre de vue. Des silhouettes fondirent sur eux et griffèrent Loukoum aux yeux. Alors qu’ils se défendaient, l’énorme volatile perdit de l’altitude, se rapprochant dangereusement de l’océan.

- Ton épée, Endrick ! hurla Philéas.

- Ne me dis pas ce que je dois faire !

L’Alsacien s’agrippa au cou de son oiseau, se pencha vers l’avant et chassa l’amas d’oiseaux qui tentaient d’aveugler Loukoum. Ceux-ci résistaient, attaquant directement Endrick au bras.

- Attention à l’impact ! hurla Constance.

L’oiseau s’écrasa sur l’eau, formant de gigantesques éclaboussures à la surface. Accrochés à lui, les adolescents retinrent leur respiration, attendant qu’il remontât avec impatience. Mais Loukoum s’enfonçait lentement, inconscient. Endrick se décolla de sa selle et nagea pour se positionner face à lui. Il le frappa plusieurs fois pour le ramener à la réalité. Ariane crut qu’elle ne tiendrait plus. Au dernier moment, Loukoum s’éveilla et se dirigea immédiatement vers la surface, ses ailes puissantes écartant Endrick sur son passage. Lorsqu’ils émergèrent, Constance s’époumona :

- ENDRICK !

Seul le bruit des remous qui s’entrechoquaient accueillit sa réponse. Loukoum flottait sur le ventre, impuissant.

- Il est resté là dessous ? s’affola Ariane.

- Je vais le chercher ! s’exclama Philéas en passant ses jambes par dessus le dos de l’oiseau.

- Dépêche-toi ! s’égosilla Constance.

- Attendez ! s’écria Justine.

La tête brune du garçon surgit de l’eau. Il avala l’air à grosses goulées avant de rejoindre Loukoum. Constance lui tendit la main et l’aida à remonter.

- Ça va ? l’interrogea-t-elle en saisissant son poignet pour prendre son pouls.

Endrick hocha la tête avant de s’écrouler sur le dos, haletant. Une brume épaisse s’était élevée au dessus de l’eau.

- Qui a bien pu tirer ces flè…

De violentes vagues s’abattirent sur Ariane, la coupant dans sa prise de parole. Un grand navire à trois mâts s’avançait dans un grondement sourd, sa structure en bois imposante effleurant les adolescents trempés. Gonflées au vent, les voiles carrées envahissaient l'espace au point de cacher le ciel ensemencé d'étoiles. L’eau gouttait le long du nez de la jeune fille rousse tandis que, impressionnée, elle observait le bâtiment principal occupé par une centaine de matelots.

- Un galion, lâcha Justine d’un petite voix. Lourd, armé de soixante à soixante dix canons, connu pour transporter de l’or.

Ariane se recroquevilla, apeurée. Une voix grave, vibrante, qui prenait aux tripes, résonna en écho :

- Embarquez-les !

Des hommes sautèrent par dessus le galion à l’aide de longues cordes. L’un d’eux saisit Ariane par les épaules, l’obligeant à se relever contre son gré. Elle se débattit de toutes ses forces, épaulée par Flamme qui crachait mollement du feu. Quelque chose semblait l’avoir affaibli.

- Lâchez-moi ! fulmina Ariane.

Ses amis essayaient également de leur échapper, se défendant à coups de poings et de pieds.

- Vous pouvez nous remonter ! s’écria un matelot.

Contrainte de lâcher prise, elle sentit le corps de Loukoum se dérober sous ses pieds. La corde les hissait vers le haut en secousses saccadées. L’inconnu la lâcha brusquement une fois arrivés sur le pont. Ariane se réceptionna en une roulade, bientôt rejointe par les cinq autres adolescents. Sonnée, elle ne put déterminer à quelle personne appartenait la voix terrifiante.

- Les Six. Enfin. Cela fait plus de quatre siècles que nous vous attendons.

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