Les premiers doutes

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Le bâtiment 13 a été construit à l’autre bout de l’île. Cependant, malgré la distance, le tramway permet d’y accéder sans se fatiguer. Ainsi, en quelques instants, les voici donc à l’intérieur de ce qui leur paraît être une immense tour de pierre, au centre d’un hall d’accueil un peu vétuste.

— Je vous demanderai de rester groupés, leur annonce Hajime en ouvrant la marche. Bien qu’une visite soit autorisée, nous ne pouvons pas nous permettre de désactiver tous les pièges. Alors, ne vous éloignez pas de moi.

Si les trois hommes expriment à cet instant un visage interloqué, l’excitation est clairement visible sur le visage de la gente féminine. Des pièges, des détenus, des hommes en uniformes… que demander de plus ?

— Bien sûr, Hajime-san ! On ne vous lâchera pas d’une semelle ! rétorquent-elles en se rapprochant du gardien avec entrain.

Quelle chance, tout de même ! Leur rêve devient réalité et même bien au-delà de leur espérance. Bien entendu, Takeshi est présent, mais comme il ignore le fonctionnement du système de sécurité, il est préférable que Hajime reste avec lui.

Tahiana est aussi excitée que les autres, ses yeux s’agitent dans toutes les directions. Le fait que Nanba ait installé des pièges ne la surprend qu’à moitié. Après tout, c’est tout ce que l’on peut attendre d’un bâtiment carcéral d’une telle renommée, notamment avec une technologie aussi poussée. Alors, hors de question de passer à côté de quelque chose de fascinant !

Malicieuse, elle se met à chercher des éléments susceptibles d’enclencher une éventuelle trappe, certainement ancrés dans les parois, comme l’était la commande à clavier tactile. Promis, elle se gardera bien d’y toucher. Alors qu’elle converse tranquillement avec Steve sur la manière dont les pièges ont pu être posés, Takeshi leur demande de presser le pas. En effet, à force d’observer les alentours, tous deux se retrouvent en queue et loin derrière les autres. Obéissant, le jeune britannique se hâte de rejoindre le groupe tandis que Tahiana se contente de palper les murs tout en accélérant un peu la marche.

Soudain, un bruit de frottement l’alerte. C’est un son qui provient de ses arrières. Aussitôt, elle fait volte-face, pensant être suivie par on se sait qui. Stupéfaite, elle a juste le temps d’apercevoir un pied avant que celui-ci ne disparaisse dans un tournant. Un gardien ? Non, impossible. Pas sans chaussures ! De plus, l’habit était décoré de rayures blanches et noires ; ce qui fait davantage penser à une tenue de détenus et non de surveillant.

Son sang se glace.

Serait-il possible qu’un prisonnier se promène librement dans les couloirs ? Un prisonnier dangereux ? Peut-être même un condamné à mort pour meurtre… assez fou et malin pour quitter sa cellule ! Non, c’est trop peu probable. Pas ici. Pas avec une telle réputation ! Malgré des palpitations, elle finit par se claquer le visage. Elle doit en avoir le cœur net. Si elle ne vérifie pas, elle sera incapable de s’ôter cette image de la tête. Et s’il s’avère qu’elle ne s’est pas trompée, alors elle culpabilisera de n’avoir rien dit, ni rien fait.

Ainsi, elle prend son courage à deux mains puis fait demi-tour. Cela ne lui prendra pas longtemps, elle n’aura aucune difficulté à rejoindre les autres. Il lui suffira de suivre la voix de Takeshi qui ne cesse de discourir comme un moulin à parole.

Le tournant est là. Elle se colle au mur, prudente. Tremblante, elle déglutit, sentant une boule dans la gorge. Enfin, elle décide de se lancer de l’autre côté, vivement. Soudain, elle se heurte à quelqu’un. Le choc est si violent qu’elle en tombe à la renverse.

— Ce n’est pas prudent de s’éloigner du groupe, tu sais, siffle une voix qu’elle reconnaît aisément.

Un peu sonnée, elle relève la tête pour faire face à Mitsuru Hitokoe. Ce fameux gardien au teint hâlé et au col de chemise grand ouvert. Ce fameux gardien au comportement un peu excentrique et provocateur, comme le voudrait cette prison.

Le demi-frère de Takeshi.

Cette vue en contre-plongée ne fait que lui rajouter davantage de charisme. Il la toise de haut, amusé, puis tend une main chaleureuse qu’elle saisit aussitôt. Une fois redressée, elle ne peut s’empêcher de vérifier derrière lui si elle ne voit pas une silhouette quelconque. Mais c’est sûrement trop tard, désormais.

— Qu’est-ce que tu fais toute seule ? interroge-t-il tout en l’entraînant avec lui sur la route du groupe afin qu’elle ne prenne pas trop de retard.

— Mais… mais, attendez ! J’ai vu quelqu’un ! J’en suis sûre ! se défend-elle en réalisant qu’il lui parle en japonais.

La force de Mitsuru est impressionnante. Elle cherche à se débattre, mais il la retient en lui certifiant qu’il est impossible qu’un détenu se balade dans les couloirs. Pas seul en tout cas. Pas non accompagné.

— Je n’ai pourtant pas rêvé, se morfond-elle vexée. Dans tous les cas, il est normal de vous en faire part, non ? Ne serait-ce que par précaution !

Elle sent que le gardien relâche peu à peu son étreinte. Toutefois, il ne s’écarte pas, préférant la maintenir par le bras comme s’il craignait qu’elle rebrousse subitement chemin.

Lui cacherait-on quelque chose ?

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