Mitsuru & Hajime

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Coiffés d’une casquette noire, les deux hommes sont vêtus de l’uniforme de Nanba, c’est-à-dire un costume deux pièces noir dont le bas des manches est décoré de deux lisérés dorés. Resserré d’une ceinture, le veston recouvre une chemise blanche au col replié par deux pin’s, dorés eux aussi.

Mais si l’un porte une cravate rouge, l’autre n’en porte aucune. À la place, on peut y reluquer une partie de son torse que dévoile la large ouverture de sa chemise. Percé et tatoué à de nombreux endroits, un casque rouge entoure son cou comme s’il ne pouvait se déplacer sans musique, et une paire de lunettes de soleil cache ses yeux. Sa peau est très mate. C’est comme s’il sortait d’une séance d’UV. À l’inverse de son collègue, il semble très joyeux, très enfantin, voire un peu trop énergique.

« Il me rappelle Takeshi Hitokoe », reconnaît Tahiana intriguée par cet accoutrement.

Il dégage une certaine nonchalance mêlée à une grande et joyeuse assurance. D’ailleurs, il est surprenant de constater à quel point il n’a rien à voir avec son partenaire qui demeure son total opposé. En effet, pourvu de gants blancs, droit comme un i, le regard froid, ce dernier porte un brassard rouge sur le côté gauche où l’on peut lire le nombre 13. Il le dépasse de deux têtes et ne semble pas avoir un seul cheveu sous sa casquette.

— Est-ce notre comité d’accueil ? bafouille l’Américain en reculant d’un pas.

Soudain, Takeshi s’agite.

— Mitsuru ! s’écrit-il soudainement en fonçant en direction du binôme. Comme ça fait longtemps, nii-san[1] !

C’est débordant de joie que leur guide fonce dans les bras déjà grands ouverts de celui à la chemise débraillée. Une conversation dynamique s’en suit, durant laquelle on croirait écouter deux commères parlant en même temps sans vraiment s’écouter. Ce qui agace fortement une partie du groupe qui réalise qu’ils communiquent en japonais.

— On dirait qu’ils se connaissent bien, note l’Anglaise en croisant les bras.

— C’est son demi-frère, les informe Lili en le scrutant attentivement. Je comprends mieux, maintenant, d’où lui vient ce comportement extravagant.

— Toi qui parles japonais, traduis, traduis ! s’excite l’Américain en donnant un léger coup de coude à Tahiana. Que se racontent-ils ?

Entraînée, la jeune femme se rapproche timidement puis tend l’oreille. Comme si elle avait envie de jouer les intermédiaires ! Mais la curiosité est si forte…

— Il dit que notre groupe est pourri gâté, confie-t-elle sur un ton maussade. En même temps, on n’arrête pas de se plaindre.

C’est alors que Takeshi revient avec ses deux compères. Encore euphorique, il a tellement ri qu’il se retrouve à essuyer une larme. Cependant, le voir de si bonne humeur fait plaisir à la petite troupe qui convient qu’ils n’ont pas toujours été très indulgents avec lui.

— Pardonnez mon enthousiasme, s’excuse-t-il un peu gêné, mais cela fait un an que je n’ai pas revu mon frère, alors… Bref, passons aux présentations. Voici Mitsuru Hitokoe, il gère divers services telle que la communication, s’extasie-t-il en tapotant le bras du Japonais au teint hâlé. Et voici, Hajime Sugoroku, gardien en chef du bâtiment 13.

« Je ne crois pas être capable de retenir leurs noms », se désole Tahiana en souriant poliment tandis qu’une rafale lui renvoie sa longue chevelure bouclée en plein visage.

Les deux susnommés se contentent d’une révérence suivie d’une formule de politesse typiquement japonaise. Mais si l’un s’arrête là, l’autre se hâte de repérer la jeune femme puis s’approche furtivement.

— Dis-voir Takeshi, tu ne m’avais pas dit qu’il y avait d’aussi belles femmes dans ta bande ! s’exclame-t-il sans la quitter des yeux.

Flattée, alors que la gente féminine se met à glousser, Tahiana ne peut s’empêcher de détourner le regard. Mais Mitsuru ne cesse de la dévisager Décidément, ils sont spéciaux dans ce bâtiment, se dit-elle. Est-ce le contexte carcéral qui les a rendus ainsi, ou bien cela fait-il partie de leur personnalité ?

— Si tu avais vérifié les fiches qu’on nous a transmises le mois dernier, tu le saurais, maronne Hajime en prenant un ton très grave.

— À quoi bon, puisque tu l’as fait !

À nouveau, les femmes se mettent à rire. Puis la Suédoise s’intéresse de plus près à ce gardien chauve qui semble peu réceptif à l’humour de son collègue. En réalité, elle l’a reconnu. Hajime est bien le surveillant en chef dont elle parlait la veille, celui qui était passé à la télévision.

— Oh, la, la ! Puis-je avoir un autographe ? implore-t-elle en sautillant sur place. Dis-oui, dis-oui ! Bon, allez ! Je suis prête à mettre le prix ! Je m’appelle Carola, ça s’épelle comme ça se prononce…

Sur l’instant, très surpris, le visage froid du gardien se décrispe instantanément avant de se mettre à rougir. Les frères Hitokoe en profitent pour se moquer ouvertement en avançant que l’on pourrait cuire un œuf sur son crâne chaud-bouillant. Malheureusement, cette boutade ne fait pas rire Hajime qui, aussi vexé qu’en colère, se contente de tendre un poing bien contracté :

— Je vous la colle maintenant, ou ça peut attendre ce soir ?

Cette simple menace suffit à les calmer aussitôt, les amenant à baisser la tête et s’excuser instantanément.

Observatrice, Tahiana est impressionnée. Son regard est à glacer le sang. De toute évidence, il s’agit là d’un gardien qui sait se faire respecter, non seulement des détenus, mais également des collègues.

— Quel… quel charisme ! bégaye Carola bouche-bée.

— L’autographe attendra, explique sèchement Hajime en se raclant la gorge. Pour l’heure, notre rôle est de vous escorter au réfectoire.

Et nous sommes déjà en retard.



****

[1] Nii-san 兄さん signifie « grand frère », mais uniquement de la bouche du cadet lorsqu’il l’apostrophe. Lorsqu’on parle du grand frère de quelqu’un, on dit « ani-san »

Nom et prénom des deux gardiens en Kanji :

Sugoroku Hajime 双六 一

Hitokoe Mitsuru 一声 三鶴

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