Vol vers Nanba

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Le soir, le groupe est invité à dîner au restaurant de l’hôtel. Une grande salle n’ayant de japonais que le nom, au style très occidental. Les conversations vont bon train, on fait connaissance tandis que l’alcool coule à flot. Tout comme la Suédoise, Lili attire de nombreux regards, ceci à cause de son physique peu commun au Japon. D’ailleurs, Takeshi a vite repris ses incessants compliments à son égard, ce qui ne semble, étrangement, la laisser de moins en moins indifférentes.

De son côté, Tahiana converse avec l’homme très efféminé. Il s’agit d’un Anglais dénommé Steve passionné par les bâtiments réputés infranchissables ou indestructibles. Âgé de 22 ans, coiffé d’une crête plutôt claire, il porte des vêtements moulants, un piercing à l’arcade et, de toute évidence, aime prendre soin de ses ongles avec une belle manucure. Étudiant en architecture, il souhaite un jour œuvrer pour la création d’un monument qui entrera dans l’histoire. Particulièrement bavard, mais pas désagréable, Tahiana l’écoute parler de lui-même mais au bout de quelque temps, la fatigue l’envahit. Il se fait tard, et elle sent qu’elle a trop abusé du saké. Somnolente, elle se lève puis s’excuse de ce départ hâtif.

C’est toute seule qu’elle passera sa nuit dans sa chambre d’hôtel. Lili ne remontera que pour récupérer quelques affaires dans sa valise. Ça y est, les petites aventures commencent ! se dit-elle. Certains ne perdent pas de temps. Mais Lili est le genre de femme qui aime vivre le moment présent. Depuis sa mise à disponibilité par l’éducation nationale française, il y a maintenant trois ans, sa personnalité est passée d’un extrême à l’autre. Finie la jeune femme tirée à quatre épingles, irréprochable, prête à faire plaisir à papa maman ! Vivre pour les autres, ce n’est pas vivre ! Elle l’avait enfin compris !

« C’est sûrement Takeshi Hitokoe, songe-t-elle en recalant sa tête dans l’oreiller. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de flirter avec un Japonais et ce dernier n’a pas démordu une seule seconde. »

Et connaissant Lili, ce sera également l’occasion pour elle de mener son enquête sur ce guide qui leur paraît tout de même un peu étrange.


***

Le lendemain matin,


Si les civils venant rencontrer un détenu n’ont accès qu’aux parloirs, le petit groupe d’aujourd’hui se trouve bien privilégié. Ayant évidemment versé une petite fortune, il va pouvoir s’octroyer le droit de visiter Nanba comme on visiterait un musée. De plus, si la plupart des visiteurs et même des employés doit utiliser le Ferry pour atteindre l’île, la petite troupe a le privilège d’être conduite en Jet Privé.

À l’intérieur de l’avion, la tension est palpable. On peut ressentir un mélange d’appréhension, de surexcitation et d’impatience… Tout le monde est bien réveillé. Quelle pression !

— On y est, on y est, on y est, ne cesse de répéter à voix basse la Suédoise en rognant ses ongles. Dire que je n’aurai rien pour immortaliser ces purs instants. Je suis dégoûtée.

Suite à cela, le reste du groupe ne tarde pas à rejoindre ses lamentations. En effet, c’est bien un comble pour des touristes de ne pouvoir prendre aucune photo de leur séjour. Auront-ils au moins le droit de repartir avec une carte postale ?

Ces lamentations finissent par agacer Takeshi, assis à côté de Lili non loin de la cabine de bord. Il relâche donc un long soupire avant de se lever.

— Bon ! Deux ou trois prises de vue seront autorisées dans le bâtiment, leur annonce-t-il en prenant place dans l’allée centrale. À votre demande, une personne viendra prendre la photo et vous pourrez la récupérer en fin de journée.

— Oh ! Parfait !

— Ceci pour seulement 7000 yens, ajoute-t-il avec une pointe de sadisme.

Effarés, tous expriment une mine ahurie ; cette somme correspondant à un peu plus de 50 euros. Décidément, Nanba est prête à tout pour tirer un maximum de profit. Il faut vraiment être un fan avéré pour accepter de débourser autant d’argent. C’est donc à nouveau des râles que Takeshi doit affronter. Dépité, il a l’impression de faire face à un groupe d’écoliers mal éduqués. La visite n’a même pas démarré qu’il aimerait déjà en jeter un par dessus bord.

— Un comité d’accueil est présent, poursuit-il sur un ton blasé. Il est constitué du responsable communication et d’un des treize gardiens en chef. Comme il sera midi, ils nous conduiront dans le réfectoire principal. Ensuite, nous pourrons débuter la visite.

Immédiatement, ses paroles suffisent à calmer la forte contrariété de son public qui se met à sourire béatement puis applaudir. Décidément, il ne faut pas grand-chose pour les faire changer d’humeur. Après tout, de quoi se plaignent-ils ? Hier encore, toute photographie était interdite. Si ce n’est plus le cas aujourd’hui, c’est bien grâce à ses négociations avec la directrice qui ont duré plus d’une heure, tôt ce matin. Alors, il serait bien de relativiser de temps en temps.

— Bande d’enfants gâtés, marmonne-t-il en se rasseyant à côté de Lili. Un petit tour derrière les barreaux devrait sûrement vous amener à voir votre vie différemment. Dire que je l’ai fait pour te faire plaisir.

Reconnaissante, Lili lui offre son plus beau sourire avant de poser sa tête contre son épaule. Silencieuse, elle observe un hublot translucide, duquel il est impossible de distinguer quoi que ce soit. Ceci dans le but de cacher la localisation exacte de l’île qui demeure même invisible sur Google Earth.

— Nanba est-elle une prison si spéciale pour demander autant de précautions, s’interroge-t-elle anxieuse. Je trouve que cela va un peu loin, non ?

En guise de réponse, Takeshi se lance dans un petit ricanement presque vicieux en secouant ses cheveux. Puis il passe un bras autour de son cou avant de caresser sa chevelure dorée qui lui plaît tant.

— Oui, confirme-t-il. Et une fois que tu l’auras visitée, tu en comprendras les raisons.


***

Dix minutes plus tard,


Enfin, l’avion atterrit sur la plate-forme prévue à cet effet. Sans grand étonnement, tous laissent sortir Tahiana en premier qui tient un nouveau « sac à vomi » plein à craquer.

Le vent est fort, et la mer provoque de violentes rafales. Mais ce zeste, finalement, lui procure beaucoup de bien et calme ses nausées. Les autres ne tardent pas à descendre puis à se regrouper. La zone est large, on pourrait y accueillir trois hélicoptères. Autour d’eux, on a l’immense bâtiment et une étendue d’eau infinie. L’horizon est la même, peu importe où l’on regarde derrière soi. Le bleu de la mer se mélangeant au bleu du ciel, elle demeure presque invisible.

Pas un seul ne dit mot, préférant contempler le paysage. Seul le bruit du vent et les violents batillages des vagues sur les roches en contre-bas sont perceptibles.

La voilà donc cette étrange sensation que l’on ressent une fois au beau milieu de la mer, encerclé par la roche et les vagues déchaînées ! On a beau être en groupe, on conserve cette immense impression de solitude, accompagnée d’un soupçon d’angoisse.

Mais toutes ces émotions sont finalement estompées par l’apparition de deux hommes, tous deux vêtus d’un costume noir. C’est très attentivement qu’ils surveillent le groupe, quelques mètres plus loin, avec un air des plus prudents.

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