Bataille

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Un bon millier de Raeiens, à vue de nez, s’étaient scrupuleusement alignés devant Aviore. Pendus à ses lèvres qui distilleraient les ordres, chacun d’entre eux semblaient retenir sa respiration, dans l’attente de la charge. Pavelox, lui, restait stoïque. Un Drihurlanais n’appréhendait pas le moment d’attaquer, mais plutôt le moment de défendre.

Les armées de Rae envahissaient les plaines de Juril Vailgur surplombant la sombre Syria Val Dillit depuis maintenant deux heures. Durant ce temps et moult préparatifs, des éclaireurs avaient confirmé les forces ennemies : Seuls un millier de soldats étaient en poste dans la capitale d’Anayanei. Avec leur force composée d’au moins dix mille combattants, la Vaïncrus reformée ne pouvait être que victorieuse.

Certain de ce fait, Aviore énonça ses derniers ordres, ceux que ses soldats attendaient:

« Au sein de notre armée Raeienne, nous sommes la première ligne du front. Nous entrerons en premiers et devront essuyer les premiers assauts Axems. Les troupes d’Hutie nous précéderons par un autre flanc, et deux autres bastions resteront en soutien, par des assauts à distances.

— Ne devrions-nous pas attendre Ashron et les Emeraliens ?! cria Pavelox pour être sûr d’être entendu.

— Nous ne pouvons confier notre destin aux Eraiens et Emeraliens. Après tant d’année à subir la Communauté Axem, nous avons enfin réussit à nous relever et former une Vaïncrus fière et victorieuse ! »

Le dernier mot d’Aviore ébranla chaque combattant haletant. La victoire semblait à portée, au point d’embrumer l’esprit et d’occulter tout raisonnement de prudence. Soudain, l’ordre d’avancer retentit et d’un pas aussi unique que peut l’être la marche de milliers de soldats, l’armée avança vers Syria.

En tête de la troupe de première ligne, Pavelox guidait les combattants vers la confrontation, l’esprit songeur et peu concentré sur le combat à venir. Face à eux se dressait une armée inferieur en nombre, mais supérieur en expérience et en force. L’engouement de l’union Raeienne ne pouvait occulter une telle différence de niveau.

Non loin de lui, Kaien avait remarqué la mine grave de son ami mais il l’ignora. L’inquiétude se distillait également dans son esprit, et la présence des Eraiens pour pallier à une confrontation avec un Magisterius aurait été préférable. Mais sans nouvelle, la Vaïncrus se devait d’agir, et c’est ce qu’elle faisait.

Aviore avait levé le bras, signe qu’un arrêt immédiat était ordonné. A ses cotées, un autre Raeien imita son geste et fut obéit par un autre bon millier de Raeiens, à vue de nez aussi.

« Hutie tu es prêt à donner l’assaut ? demanda Aviore.

— L’attente fut longue mais nous y sommes. Juril Vailgur va sceller notre destin et la reconquête de Rae.

— Asianus est prêt ?

— Sur la colline surplombante là-bas.

— Le soutien ?

— En attente, prêt à déchainer la tempête chez nos ennemis »

Du regard, Aviore balaya les forces en présence. Sa troupe et celle d’Hutie s’apprêtaient à entrer dans Syria, pendant que les deux bastions de soutien se positionnaient autour de la citée et qu’Asianus restait réserve.

« Tu es prêts ? lui demanda Hutie.

— Raeiens ! Etes-vous prêts ?! »

L’ensemble des soldats présents et galvanisés par l’attaque imminente hurlèrent d’acquiescement. Dans un écho majestueux, leur cri s’étala sur toute la plaine. L’entrain se propagea alors, laissant des réponses guerrières envahir le paysage noir et sombre d’Anayanei.

« Satisfait ?

— Il est temps. »

L’armée reprit sa marche, toujours d’un seul pas, dans la direction de Syria Val Dillit. Positionnés en étau autour de la citée, les deux bastions de soutien se préparaient à faire pleuvoir les huds de destruction, tout en suivant du regard leurs compagnons en route pour la citée et le corps à corps.

« Pavelox ? demanda Kaien. Bonne chance.

— Nous allons en avoir besoin. Rendez-vous au centre de Syria Val Dillit.»

Maintenant à portée de l’orée de Syria, Aviore scrutait chaque mouvement en provenance de la citée, tout en avançant. Mais rien, elle semblait endormie. Le Raeien attrapa son communicateur et contacta Hutie pour lui signifier le début de l’assaut. Avant d’éteindre son appareil, Aviore perçut l’ordre depuis l’appareil et il l’imita.

« Pour Rae ! En avant ! »

La marche unique qu’émettait l’armée se transforma en brouhaha désordonnée de pas et de cris. S’étalant de leur origine vers leur destination, les soldats de première ligne de la Vaïncrus courraient à la rencontre de leur libération.

Tout à coup, Pavelox remarqua des silhouettes se former dans les habitations, puis des flammes bleues en provenir.

« Attention ! Des salves hudiques ! cria-t-il

— C’était prévisible ! Continuez à courir en zig zag ! Dès que nous les auront atteint, ils ne pourront plus rien ! rétorqua Aviore. »

Ecoutant leur leader, les soldats Raeiens ne ralentirent pas et suivirent les ordres au mot près. Les salves hudiques de Via s’écrasèrent au sol au fur et à mesure qu’ils progressaient, fauchant et explosant certains d’entre eux.

« Continuez ! Courrez le plus vite possible ! lança Kaien pour motiver ceux qui flanchaient déjà. »

Cent mètre séparaient la tête du cortège des premières habitations. A l’intérieur de cette distance, le feu ennemi transforma la terre en une rivière pourpre et huileuse, dont l’odeur ferreuse donna la nausée à Pavelox.

« De la hud de feu ! Attention aux effets de zones ! prévint Pavelox qui remarqua les étincelles carmines qui s’élançaient vers eux. »

Trop tard.

Les salves exterminatrices s’écrasèrent sur la moindre chose en mouvement. Au contact du sol, les impacts s’élargissaient pour bruler vifs tout ce qui rentrait en contact avec elles. Pavelox parvint à éviter le bucher, tout en continuant d’avancer et en ignorant les morts atroces de ses compagnons.

Enfin arrivé à portée, Le Raeien des montagnes déchaina sa puissance hudique pour stopper le carnage qui se jouait. Stiermano s’élança alors et la tornade balaya les Axems à portée, et ainsi donna un peu de répit à ses compagnons d’armes en arrière. L’instant d’après, alors qu’il chercha de nouvelles cibles, plusieurs salves s’écrasèrent sur les façades de la cité.

« Enfin, il était temps ! s’exclama-t-il en fixant les bastions de soutien qui attaquaient au loin.

L’assaut tournait maintenant en la faveur des Raeiens, leurs salves groupées et soutenues atteignant les Axems retranchés dans les habitations. De moins en moins de huds ne touchaient les Raeiens, alors que de plus en plus de huds s’écrasaient contre Syria.

Les troupes étaient maintenant entrées.

Immobile, Kaien balayait du regard les rues désertes. Serrant son arme de toutes ses forces, il attendait que l’adversaire ne se montre, le regard affuté et prêt. A ses côtés, Pavelox énonçaient les ordres d’envahir la cité à la recherche de l’ennemi. Mais rien, le même spectacle que Kaien se jouait devant lui. Seuls les bruits de ferveur Raeienne entrant dans Syria résonnait dans la cité. Et à la dernière salve des bastions de soutien, le silence s’installa.

Rapidement, Kaien se ressaisit et contacta Aviore. Ce dernier lui relata une situation similaire, puis lui ordonna d’explorer chaque recoin. L’ordre fut relayé et la bataille se transforma en recherche assidue. La citée en ruine fut fouillée par une armée de Raeiens qui s’étaient préparés au combat. Chaque rue, chaque habitation et immeuble fut envahi dans le but de trouver l’intrus Axem.

Soudain, un échange avec Ashron revint en mémoire à Pavelox. Les Axems ne vivent que pour collecter la Via des êtres vivant, au point de les rayer de l’Ervilia.

« Fuyez ! Sortez de la cité ! hurla-t-il à ses soldats, la compréhension de ce qui se jouait lui brulant l’esprit.

— Mais pourquoi ? Il n’y a personne.

— Ne discutez pas ! Partez d’ci !

— Mais nous devons au moins secourir les habitants ?

— De quels habitants parles-tu ?! Ils sont tous morts ! Et nous aussi si nous restons ici !»

Pavelox arracha le communicateur des mains de Kaien pour prévenir :

« Les habitants sont tous morts, absorbés par les Axems, nous devons fuir au plus vite.

— Quoi ?!

— Fais-moi confiance, j’en ai déjà parlé avec Ashron. Vois-tu un animal ? Quelqu’un ? Ou même une plante ?

— Non, non je ne vois rien. Mais quel est le rapport ?

— Aviore, dégage d’ici ! »

Pavelox balaya du regard les Raeiens autour de lui. Malgré ses suppliques, seule l’ignorance lui vint en réponse et il se résigna à fuir sans se retourner. Il voulait les supplier, les implorer de le suivre mais leur regard l’ignorait.

« Tu es sûr de toi ?

— Kaien, fais-moi confiance ! »

Une peur effroyable se lisait dans le regard de Pavelox. Elle incita Kaien à l’écouter et tous deux tournèrent les talons. Quelques minutes s’écoulèrent dans un silence de plomb, entrecoupé par la course des deux Raeiens qui fuyaient, seuls, à travers les vestiges de la défaite de Ryva.

Soudain, un craquement se fit entendre. Kaien n’osait pas se retourner et maintenait son allure, tandis que Pavelox se risqua un regard en arrière. Une intense lumière lui irradia les pupilles, le déséquilibrant au sol. Kaien stoppa alors sa course pour le relever mais il était trop tard.

Un maelstrom de Via se forma au-dessus de Syria, recouvrant rapidement l’ensemble des habitations encore debout. Puis les bruits de craquement s’estompèrent pour laisser un grondement caverneux en prendre la place. Enfin le désastre se joua, laissant le Chaos grignoter la Via renouvelée de la capitale d’Anayanei, telle un monstre affamée que rien ne pouvait sustenter. Le maelstrom continua son expansion, englobant la Vaïncrus dans son ensemble, sans que rien ne puisse l’arrêter.

Les pupilles de Pavelox redessinèrent des formes devant lui, mais il aurait préféré rester aveugle. En une fraction de secondes, le désastre du Chaos effaça les restes de la citée, entrainant avec lui l’existence de milliers de Raeiens.

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