Ryva

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Les chauds rayons des Solars caressant sa peau opaline, Vallia usa de sa main pour s’en protéger les iris. Les importuns chassés, elle se redressa sans que ces yeux ne rencontrent le corps d’Hellie. Ignorant cette absence, l’Eraienne laissa son corps aller à la salle d’eau pour une rapide toilette, puis enfiler son short noir, son blanc chemisier et ses bottes montantes à mi mollet. Ces habits étaient parfaits pour accompagner sa grâce lors des âpres combats déjà remportés et à venir.

La porte de sa chambre franchit, Vallia prit le chemin inverse de la veille et rejoignit Guidomex, assis à s’empiffrer des sortes miches de pain bien trop sucrées. En face de lui, Hellie le scrutait en train de manger, la consternation se lisant sur son visage mat et surmonté par sa longue chevelure brune et ondulée.

« Parfois, je me demande ce qui pourrait te couper l’appétit ? lui demanda-t-elle en soupirant.

— Qu’est ce qui me vaut cette remarque ?

— Tu as dû manger au moins cinq de ces trucs et tu vas t’attaquer à ces choses bizarres là comme si de rien était ! rétorqua-t-elle en pointant d’autres mets disposés sur la table. »

La bouche bien trop pleine, Guidomex vit Vallia descendre les escaliers le sourire aux lèvres. Ses yeux se détournèrent d’elles pour se poser sur la table presque vide suite à son assaut culinaire.

« Et voilà, il ne reste plus rien pour elle, lança Hellie, agacée.

— Désolé, répondit-il en regardant Vallia s’approcher d’eux pour s’assoir.

— Ce n’est pas grave, je n’ai pas très faim ce matin.

— Ah vous voilà, belles créatures ! lança Hasrabel sur un ton théâtral en descendant les escaliers.

— Comment vas-tu ? répondit Hellie les joues marquées par la gêne de sa réflexion.

— Bien mais si je reste un peu déçu.

— Déçu ? Pourquoi donc?

— J’ai attendu mais aucune d’entre vous n’est venue me voir hier soir. Quel ennui que cette nuit !

— Nous devons te parler, coupa Guidomex agacé. Retrouve nous dans ma chambre.

— Ne le prends pas mal mais je ne suis pas porté sur les mâles, répondit Hasrabel amusé. »

Le regard furieux de Guidomex se plongea dans celui du Raeien. L’attitude de l’autochtone provoquait une envie de confrontation qu’il refreina lorsqu’il sentit la main de Vallia posée sur son épaule.

« Allons-y, lui chuchota-t-elle. »

Feignant que la décision venait de lui, il abandonna la confrontation visuelle et précéda les deux Eraiennes qui avaient déjà pris congé. Durant le cours périple les menant à la chambre, Hellie détailla sa stratégie.

« Mettons-nous d’accord sur ce que nous allons lui dire. Nous devons cacher que nous ne sommes pas de ce monde en feignant venir d’Emerala. Par contre, il faut lui parler des Axems.

— Je suis d’accord, acquiesça Vallia, suivi par Guidomex qui semblait cependant désapprouver. »

L’attente dura plusieurs longues minutes. Le silence s’installa doucement, sans que rien ne vienne le perturber jusqu’à l’entrée d’Hasrabel sans annonce.

« Alors, de quoi souhaitez-vous me parler ? demanda-t-il en cherchant où s’assoir.

— Nous sommes à la recherche de quelqu’un et nous souhaitons ton aide, répondit Hellie.

— Permettez-moi une question avant de continuer, coupa-t-il en détaillant les trois Eraiens. D’où pouvez-vous bien venir?

— D’Emerala.

— Assurément, rétorqua Hasrabel avec ironie. Dire que vous venez de là-bas n’est pas idiot, vous leur ressemblez. Ses habitants sont plutôt petits et leurs oreilles… Elles sont ridiculement arrondies. Mais je connais les Emeraliens et vous imitez bien mal leur façon d’agir.

— Comment ça ?

— Vous semblez perdus et vos réactions sont très bizarres, répondit le Raeien avant de regarder les deux jeunes Eraiennes. Et les Emeraliennes n’ont pas cette beauté qui émane de vous.

— Nous n’avons pas le temps pour ça ! s’agaça Vallia en devançant Guidomex.

— Ok ok, mais sachez que parler d’Emerala risque de vous poser des désagréments.

— Et pourquoi, qu’est-ce que cela peut bien faire ?

— Cette question prouve bien que vous ne venez pas de ces terres. Les Emeraliens ne sont pas appréciés parce qu’ils sont différents des autres Raeiens. Mais ne ce n’est pas l’objet de notre discussion. Et vous n’avez toujours pas répondu à ma question.

— Nous venons de loin, très loin. Nous sommes originaires d’une autre planète, Era, lança Vallia sans détour. »

Le Raeien troqua son air jovial et charmeur contre une légère surprise, pas aussi marquée que les trois compagnons ne l’auraient pensé, et un silence qui incita l’Eraienne à en dire plus.

« Nous avons fait tout ce chemin pour trouver quelqu’un, continua-t-elle avant de remarquer la mine figée d’Hasrabel. Tu ne réagis pas ?

— Vous me dites que vous avez voyagé à travers le vide sidéral depuis une planète nommée Era pour quelqu’un? répondit-il stoïque. Et il s’appelle ?

— Ashron.

— Comment êtes-vous arrivés?

— Grâce à un Axem. Ce sont des êtres qui… commença à expliquer Vallia avant d’être interrompu.

— Je sais qui sont les Axems, j’en suis un ! »

Instantanément, dans un ballet martial de reflexes primaires, Vallia, Guidomex et Hellie reculèrent, mains sur leurs armes qui ne demandaient qu’à sortir de leurs fourreaux. Le regard de Vallia s’était assombrit au point qu’Hasrabel ressentit l’envie de meurtre que ses iris électriques laissaient crépiter.

« Du calme, du calme, lança-t-il en levant les mains. Je ne suis pas le même genre d’Axem que vous avez pu rencontrer par le passé.

— Et nous devons te croire sur parole ? rétorqua Vallia. Donne-moi une bonne raison de ne pas te tuer là, maintenant ! »

L’attitude de Vallia avait tellement changé qu’Hasrabel ne la reconnaissait plus. Ses yeux, d’habitude si envoutants, s’étaient mués en sphères chargés d’azures, incandescentes et mortelles. Il devait bien choisir ses mots pour ne pas que ce soit les deniers.

— J’appartiens au Vaïncrus de Rae. Un groupe formé de guerriers en réponse à l’invasion des Axems.

— Alors les Axems ont également envahit cette planète ?

— Nous avons perdus et Rae est totalement sous leur contrôle.

— Raconte-nous tout ! ajouta Vallia dont les mains serraient de plus en plus le manche de ses épées. »

Hasrabel baisa les mains et fit une pause, les yeux scrutant de nouveau les trois Eraiens lui faisant face. Ils réclamaient la vérité et il avait décidé d’y répondre favorablement.

« Vous savez d’où nous venons et vous connaissez notre histoire ?

— Vos actes ont menés votre monde à l’anéantissement et vous ont forcés à vivre d’ans l’Arvilia, exilé de l’Ervilia. Puis vous vous en êtes pris à nous, sur Era, pour retrouver votre existence perdus ! résuma Vallia sur un ton inquisiteur.

— La vérité est plus complexe que celle portée à votre connaissance, commença Hasrabel en croisant les bras. Aussi longtemps que je me souvienne et ce, bien avant la disparition d’Are, nous avons toujours été en guerre. Notre histoire est longue et parsemée d’émergence de clans, de cultes et de nations, suivis de leur effondrement. Seule la Communauté perdura à travers les âges, jusqu’à ce qu’elle se scinde en deux : L’une dirigée par Ryva et l’autre, par sa sœur ainée, Skyva.

— Skyva, prononça Vallia en serrant les dents et en fixant Hasrabel. Alors elle avait une sœur.

— A la mort de la dernière dirigeante de la Communauté unique d’Are et mère de Ryva et de Skyva, les deux sœurs se disputèrent sa succession. Chacune d’entre elle rassembla ses partisans, provoquant scissions et conflits au sein de notre peuple qui se muèrent en guerre sanglante. Les deux camps ont usé de leur connaissance de la Via pour prendre le dessus sur l’autre durant des dizaines d’années.

— Jusqu’à ce que vos actes belliqueux et emprunts de folie ne provoquent le désastre du Chaos fatal pour votre monde, conclut Vallia dont le regard s’était adouci.

— Mais nous avons tenté de faire quelque chose ! se justifia Hasrabel. Un groupe dissident d’Axems, composé de quelques membres de la communauté de Skyva et de Ryva, ont trouvé un moyen de sauver nos existences avec la découverte de l’Arvilia. Nous comptions nous y réfugier afin d’échapper au désastre, pour ensuite revenir dans L’Ervilia et vivre au sein du nouveau cycle. Mais rien ne se passa comme prévu.

— La suite, nous la connaissons, fit Vallia en relâchant les manches de ses épées. Par contre, pourquoi la Communauté est ici ?

— C’est la Communauté de Ryva qui sévit sur Rae. Ce monde est également né de la via d’Are, tout comme Era. Son cycle de la Via est nécessaire à leur dessein, expliqua Hasrabel. Vos deux mondes, deux cycles distincts dans l’espace mais reliés par le temps, sont nés de l’incommensurable Via du notre.

— Alors c’est pour ça qu’Ashron a décidé de vous suivre. reprit Vallia avec espoir. Il vous aide à combattre la communauté de Ryva pour éviter qu’elle s’en prenne à Era ensuite?

— Il a accepté de nous aider. Moi et d’autres Axems sommes en désaccord avec les deux communautés et les avons quittés. Nous voulions empêcher Ryva de détruire Rae mais nous sommes arrivés trop tard.

— Skyva… voulue savoir Vallia, elle est vivante ?

— Aucune idée. Nous ne connaissons même pas le destin de sa communauté. »

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