Hasrabel

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Depuis plusieurs longues minutes, Guidomex déambulait dans cet océan de sable blanc, y lassant ses traces s’effacer à mesure que le vent les recouvraient. Complètement perdu, il cherchait Vallia et Hellie du regard, sans succès, rien ne venait perturber ce paysage vide.

Soudain, alors que ces pas l’avaient mené en haut d’une colline, ses yeux aperçurent une forme inconnue aux côtés d’une silhouette. Prudemment, il s’en approcha pour remarquer que la silhouette était penchée sur une Eraienne qui lui était connue. C’était Vallia.

Sans chercher à comprendre les raisons d’un tel tableau, Guidomex se rua vers l’inconnu, driaxes hors de leurs fourreaux, pour neutraliser la silhouette. Mais d’un geste qu’il ne put percevoir, elle esquiva son coup avant de lui attraper le bras droit pour le faire voler par-dessus son épaule.

Affalé de tout son long, Guidomex ne chercha pas à se relever, hagard de sa défaite.

« Qui es-tu?! » demanda l’inconnu en se penchant sur lui.

Tout en laissant ses yeux détailler l’adversaire, Guidomex se releva péniblement et rengaina ses driaxes. Un visage ressemblant à un Eraien le scrutait, le corps en garde et une petite épée dégainée. Les pupilles de ses yeux se noyaient dans ses iris marron et ses cheveux, longs et très fins, tombait jusque ses fesses. La similitude de cet être avec un Eraien n’empêchait pas d’en voir les différences. Son nez, les doigts de ses mains, ses longues oreilles et sa grande taille élancées, étaient d’une finesse dont l’origine extraeraienne était indiscutable.

« Et toi ? Qui es-tu ? Que fais-tu avec Vallia ?! répondit Guidomex à l’inconnu habillé d’un pantalon surmonté d’une robe courte.

— Vallia ? Tu parles de cette créature allongée au sol? répondit-il.

— Créature ?

— Je ne la connais pas. Je l’ai juste vue s’effondrer de fatigue et je cherchais à lui faire boire de l’eau. »

Portant sa main derrière son dos, l’inconnu fit apparaitre une petite gourde ruisselante d’eau. Guidomex la fixa, puis porta son regard sur celui de son adversaire et relâcha sa garde.

« Je pense qu’il y a un malentendu. annonça-t-il.

— J’espère. » rétorqua l’inconnu en restant sur le qui-vive.

Guidomex n’avait d’autre choix que de négocier, il le savait. Cet inconnu venait de déjouer son assaut avec une telle facilité qu’un affrontement direct n’était pas envisageable. Il leva donc les bras pour montrer qu’il n’était plus hostile.

« Je vais maintenant faire boire ton amie pour qu’elle reprenne ses esprits. Ça te va ? » demanda l’inconnu en se baissant.

Voyant Guidomex acquiescer, l’inconnu se retourna et fit boire Vallia, toujours dans les vapes. L’Eraien fut surpris qu’il lui tourne le dos ainsi mais le souvenir de sa dernière attaque lui rappela la futilité de cette pensée.

« Vallia ! Tu te sens bien ?! demanda Guidomex en voyant que l’Eraienne ouvrait doucement les yeux.

— J’ai du mal à sentir mes bras et mes jambes. lui répondit-elle.

— C’est normal, c’est l’effet du manque d’eau. rétorqua l’inconnu.

— Qui êtes-vous ? voulut-elle savoir.

— Mon nom et Hasrabel.

— Je m’appelle Vallia. Merci de m’avoir sauvé.

— De rien. Ce serait tellement dommage de laisser mourir une si belle créature dans un coin si triste. Mais ton ami ici présent ne semble pas avoir apprécié mon intervention.

— Guidomex, tu peux m’expliquer? demanda Vallia en regardant l’Eraien.

— Je ne savais pas qu’il cherchait à t’aider. Je l’ai juste vu au-dessus de toi et tu étais inconsciente. J’ai alors cru que… justifia Guidomex.

— Cru quoi ? coupa Hasrabel.

— Cru qu’il cherchait à s’en prendre à toi.

— Il est dangereux de s’en prendre à un inconnu ainsi. Tu l’as appris à tes dépends. rétorqua Hasrabel

— En tout cas merci à toi et désolé si Guidomex a été irrespectueux. Il a tendance à être très protecteur envers moi. expliqua Vallia.

— Et je comprends pourquoi. Une créature comme toi, ça ne se rencontre pas partout. fit Hasrabel, le sourire en coin.

— Une créature comme moi ? demanda Vallia, intriguée.

— Aussi belle.

— Peux-tu nous dire ou nous sommes au lieu de palabrer ? demanda Guidomex agacé par les tirades de séduction d’Hasrabel.

— Vous êtes dans le désert d’Akmmar. Je me demande d’ailleurs comment vous avez pu vous retrouver ici sans eau et sans Liabule pour vous transporter. répondit Hasrabel déçu d’être interrompu dans sa cour débutante.

— Liabule ?

— C’est l’animal qui se trouve derrière toi. »

Guidomex suivit le regard d’Hasrabel et se retourna pour voir l’imposante bête située à quelques pas. D’une taille de deux mètres minimum, elle était recouverte d’un pelage long et épais. Sa tête, disproportionnée et de forme ronde, ne laissait pas apparaitre ses yeux. Seul un museau imposant et dépourvu de poil attirait le regard.

« Vous ne savez pas ce que c’est ? Mais d’où sortez-vous? demanda Hasrabel, surprit.

— C’est une longue histoire. répondit Vallia.

— Ça tombe bien, j’adore les histoires !

— Désolé mais nous n’avons pas le temps pour ça. Nous devons retrouver Hellie !

— Hellie ? Qui est-ce ?

— Notre amie qui nous accompagnait.

— Nous pouvons nous diriger vers le village le plus proche. C’est l’endroit où nous avons le plus de chance de la trouver.

— En es-tu sûr ?

— Je connais l’endroit. De toute façon, chercher au hasard ne servirait à rien. Et si elle ne s’y trouve pas alors je vous aiderais à la retrouver.

— Merci.

— De rien, je ne pourrais rien refuser à une si belle…

— C’est bon, on a compris ! » coupa Guidomex, excédé.

Précédent leur nouveau compagnon de route, Vallia et Guidomex prirent le chemin village indiqué par Hasrabel. Après une bonne heure à supporter les rayons des quatre Solars irradiant le ciel, à ne voir rien d’autre que du sable blanc et à inventer une histoire non convaincante pour l’autochtone, la petite cité fut en vue.

« Rendons-nous à l’auberge. Nous pourrons demander si un étranger a été vu. » conseilla Hasrabel.

Aucun rempart n’enclavait le village et quelques maisons étaient anarchiquement disposées à sa bordure. Guidomex en conclut qu’aucune protection n’était nécessaire pour ses habitants. Après avoir franchi la périphérie du village, les trois compagnons slalomèrent entre les grandes maisons arrondies et sans fenêtres pour arriver devant un plus grand bâtiment, noyé dans un afflux important de gens aux traits similaires à Hasrabel. Tous se distinguaient par une taille supérieure à un Eraien normal, les doigts, le nez et les oreilles longs et affinées et longs, et les yeux dont les iris et les pupilles étaient confondues.

Hasrabel les laissa devant la porte, après leur avoir demander d’attendre, et disparu à l’intérieur de l’auberge.

« Guidomex. Il y a quelque chose qui me tracasse. demanda Vallia en chuchotant.

— Quoi?

— Nous arrivons à nous comprendre alors que nous sommes censées être sur un monde différent d’Era. Nous ne devrions donc pas avoir la même façon de parler non ?

— Mais les Axems parlent bien la même langue que nous ?

— Il y a tellement de chose que nous ne comprenons pas, c’est parfois effrayant. Et ça ne va pas aller en s’arrangeant.

— Nous verrons plus tard. Pour le moment, l’important, c’est Hellie. » conclut Guidomex.

A ses mots, Hasrabel ressortit de l’auberge, le regard ne laissant aucun doute sur le peu d’informations récoltés, et se dirigea directement vers les deux Eraiens.

« Elle n’a pas été vue ? demanda Vallia

— Non. répondit Hasrabel.

— Que fait-on alors ? On part à sa recherche ? suggéra Guidomex.

— Non, pas maintenant. coupa sèchement Hasrabel.

— Et pourquoi ? voulut savoir Vallia

— Une tempête approche. Partir dans le désert sachant qu’un maelstrom arrive est dangereux. Nous risquons soit de mourir étouffé, soit de nous perdre.

— Et Hellie ? demanda Guidomex, inquiet.

— Elle devra survivre en attendant que nous puissions partir à sa recherche.

— Merci pour ton aide. » annonça Vallia en souriant à Hasrabel.

D’un regard ne laissant aucun doute sur ses intentions, Vallia les fit comprendre à Guidomex et tourna les talons. L’Eraien lui emboita le pas et tous deux prirent la direction opposée à leur arrivée, pour sortir du village.

« Vous avez entendu ce que je viens de dire ? dit Hasrabel, décontenancé.

— Oui. répondit Vallia

— Et vous comptez quand même partir à sa recherche ?

— Pourquoi ne le ferait-on pas ? Ce n’est pas une tempête qui nous arrêtera. Adieu. » coupa Guidomex.

Un instant immobile, comme séché par la détermination de ces deux inconnus à retrouver leur amie, Hasrabel se décida à les rattraper

« Je pense que vous n’avez pas bien saisi le risque. leur lança-t-il en pressant le pas derrière eux.

— Nous l’avons bien comprit. Mais jamais je n’abandonnerai Hellie. répondit Vallia.

— Tu m’ôtes les mots de la bouche. approuva Guidomex.

— Vous êtes fous ?!

— Peut-être pour toi. confirma Guidomex.

— Dans ce cas, prenez ça avec vous.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Vallia.

— Un rarigix.

— Et à quoi ça sert?

— Vous ne savez pas ce que c’est ? dit Hasrabel surprit de leur ignorance. Ça vous permet de connaître votre direction. Regardez. »

L’autochtone leur tendit un objet rectangulaire, composée en son milieu d’une aiguille pointant une direction.

« L’aguille indique l’ara. A gauche se trouve l’ora, à droite l’ira et dans le sens inverse de l’ara se trouve l’ira. Si vous l’utilisez bien, vous arriverez peut être à retrouver votre chemin jusqu’ici. expliqua Hasrabel.

— J’ai compris la logique. répondit Vallia.

— Bonne chance. »

D’une main décidée, Vallia prit le rarigix et partit avec Guidomex vers l’étendue infinie de sable blanc. Seul, les yeux rivés vers les deux inconnus au physique si particulier, Hasrabel les regarda quitter le village. Peut-être aurait-il dû leur demander d’où il venait, qui ils étaient ou ce qu’ils étaient, se dit-il déçu de laisser mourir une si belle créature.

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