4 - Cours particuliers pour enseignes nouvellement promus

19 minutes de lecture

Padéril avait lui aussi trouvé le temps de se changer et de se faire brièvement examiner l’épaule par le liaig avant qu’ils ne se mettent en route.

Le jeune enseigne Bluin était toujours officiellement officier de quart, Padéril ayant besoin de ses officiers restants ailleurs. Le gamin prenait son rôle très au sérieux, mais jusqu’à présent n’avait rien eu à faire d’important. De toute façon les hommes de quart sur la passerelle étaient tous expérimentés, Padéril avait veillé à ce que l’amirauté ne le prive pas de ses meilleurs éléments. Mais la tradition devait être respectée : il fallait un officier de quart.

Padéril s’offrit une nouvelle tasse d’un lait de noisette bien onctueux et bien sucré ainsi qu’un petit bâtonnet de chanvre très léger. D’ici peu il n’allait plus vraiment avoir l’occasion de rêvasser.

Il aperçut l’enseigne Lamuka revenir à son poste préféré, celui des transmissions, pour vérifier que tout se passait convenablement avant de venir à lui.

— Enseigne Lamuka au rapport, commandant. J’ai un message de la part de son excellence le plénipotentiaire.

— Que nous veut ce gros idiot, encore, dit-il en fronçant les sourcils.

— Il demande la possibilité de rédiger un rapport à ses supérieurs pour se dédouaner de la situation catastrophique dans laquelle nous nous trouvons.

Padéril poussa un petit soupir.

— Accordé ! Vérifiez bien qu’il ne touche à aucun de ses papiers. Donnez-lui vous-même un ou deux cahiers vierges et de quoi écrire. Il est bien sous surveillance constante ?

— Avec ses deux subordonnés sous la garde d’un voltigeur. Deux autres devant votre cabine.

— Bien exécution puis revenez ici, vous me servirez de second lieutenant.

Sans s’étonner de la décision, l’enseigne salua puis quitta la passerelle. Padéril termina sa tasse, écrasa son mégot puis revint sur la passerelle pour s’asseoir sur son fauteuil à côté duquel l’enseigne Bluin se tenait fièrement.

— Bien, officier de quart, pouvez-vous me dire où en est notre 77 ?

— Oui, capitaine. Il est zéro heure trente-cinq et 77 dans 10.

— Merci enseigne. Je prends la main. Allez donc vous servir quelque chose à boire, puis revenez pour remplir vos fonctions de premier lieutenant.

— À vos ordres, commandant ! Le commandant prend la main.

Le gamin avait encore assez d’énergie pour manifester sa joie comme devait le faire un jeune de son âge, c’était bon signe. Padéril le laissa partir en courant et se dit que quinze minutes de retard par rapport à ce qu’il avait demandé était convenable, vu leur situation initiale.

Padéril fit signe au secrétaire de bord de lui apporter le cahier de routine et regarda toutes les informations notées depuis qu’il avait donné ses ordres pour un branle-bas silencieux.

Que la corvette soit en sous-effectif n’entrait pas en ligne de compte. L’équipage était le même depuis treize mois et depuis ce temps tous les hommes avaient été entraînés, préparés à faire face à toutes les situations. La 18-07 était affectée à l’escadre nord et avait participé à une douzaine d’opérations et à trois combats aériens dont deux dans lesquels elle avait eu un rôle primordial.

Mais cette nuit, cela allait être bien différent et si Padéril ne se trompait pas, cette action allait faire l’objet de nombreuses discussions. Mais que pouvait-il espérer d’autre ? Bloqué dans un bassin puant, dans une cité pas ouvertement adverse, mais loin d’être amicale et avec trois corvettes aériennes adverses qui possédait l’avantage de l’altitude. Cette nuit, il n’était pas question d’avoir que des muscles et une paire de couilles imposante, il fallait savoir s’en servir.

Ses deux enseignes revinrent au même moment. La jeune Lamuka lui confirma d’un signe de tête que ses instructions avaient été respectées et le jeune Bluin s’essuyait ses lèvres couvertes de crème d’un revers de la main. Padéril quitta son fauteuil depuis lequel il pouvait surveiller les différents postes de manœuvres de son navire. Les deux enseignes s’approchèrent respectueusement de lui. Le timonier essuyait les poignées de sa roue alors que le navigateur et son adjoint préparaient leurs cartes et des feuilles vierges pour y noter les manœuvres que la corvette allait effectuer. Le chef électricien passait à chaque poste pour s’assurer que les quartz lumineux, les indicateurs, étaient disposés à réagir à la moindre fluctuation électrique.

Padéril fit signe aux enseignes de s’approcher.

— Parce que nous ne sommes pas au complet, vous allez tous les deux m’aider à rentrer chez nous. Avez-vous la moindre suggestion comment quitter ce bassin boueux ?

Il y eut un lourd silence. Les marins de quarts savaient que Padéril ne cessait jamais de questionner ses enseignes auxquels il devait assurer un complément de formation, mais les deux gamins, même s’ils avaient embarqués depuis plusieurs mois, se sentaient tout de même intimidés de devoir parler alors qu’ils étaient en alerte et allaient probablement se battre.

Le petit Bluin, plus impulsif, hésita le moins longtemps.

— Les murailles de ce bassin ne sont qu’à seize toises. On active les flotteurs et une fois hors de l’eau on augmente l’impulsion électrique. Ils ne savent pas que nous pouvons sauter bien plus haut. Sur réserve la 18-07 peut grimper à dix ménèz pendant cinq minutes.

Il avait raison, les accus des quartz flotteurs permettaient au navire de grimper à 10 ménèz, soit quatre-vingts toises, pendant une brève période.

Padéril vit que Lamuka confirmait les dire de son camarade, même si elle semblait un peu plus circonspecte.

— Quelque chose vous gêne, enseigne ? lui demanda Padéril.

— C’est que nos réserves ne sont pas complètes, commandant. Les Montpelliérains nous ont laissé ici dans l’intention de nous faire user nos réserves. Le capitaine Kulien nous a fait travailler sur les pompes manuelles, mais ce n’est pas assez pour décoller puis passer en propulsion.

Padéril leva le doigt pour que Bluin lui prête plus attention.

— Oui, si nous lançons notre machine pour renforcer les accus, nous n’aurons pas assez de carburant pour ensuite nous propulser. C’est ennuyeux. Les yeux de Padéril pétillaient, il se demandait si…

Ce fut la jeune Lamuka qui la première le regarda d’œil incrédule.

— Commandant ? Souhaitez-vous profiter de la bise ?

Le sourire de son capitaine fut une réponse suffisant. Le jeune Bluin étouffa une exclamation. S’ils avaient déjà navigué en utilisant les mâts, cela n’avait été que pendant leur formation au lycée militaire d’Hasparèn, puis pendant quelques exercices avec les chaloupes de la corvette.

— Il serait navrant de ne pas en profiter, expliqua Padéril. Si vous prêtez attention aux courants d’air qui fouettent le coin, aux oriflammes de la forteresse qui surplombe l’arsenal, vous voyez qu’elle est forte et stable depuis plusieurs heures. Nous en avons donc assez pour nous mouvoir et nous emporter loin d’ici.

Vous comprenez donc aussi pourquoi j’ai laissé au seul capitaine Kulien la responsabilité du pont et la liberté de tir. Nous allons devoir nous concentrer sur notre navigation et faire bouger une corvette légère de la classe Capable n’est pas une mince affaire.

Monsieur Bluin, savez-vous combien nous jaugeons ?

— C’est 380 baq, commandant.

— Oui, monsieur Bluin. C’est le volume que nous représentons. Et notre masse ? Pourriez-vous la calculer de tête ?

Sa grimace montra que Padéril lui en demandait peut-être un peu trop aussi se tourna-t-il vers la jeune femme qui n’hésita pas :

— Nous pesons onze mille six cent cinquante jarres, commandant.

— Oui, gardez le chiffre de douze milles à l’esprit. Ce qui représente le poids de plus de trois mille sept cents personnes… Vingt fois la masse de notre équipage.

Les équipages aquitains étaient moins nombreux d’un quart que leurs adversaires. Cette fois, Padéril disposait de cent vingt-deux hommes avec lui, il le savait depuis le départ de Carcassonne, mais l’avait revérifié dans le cahier d’activité.

— Nous allons donc devoir manœuvrer avec délicatesse et flair. Vous avez remarqué, je pense, notre position et celles des corvettes ennemies. Vous voyez que pour pleinement profiter de la bise il nous faut quitter l’abri qu’offre la montagne de Montpellier. Quel cap me suggéreriez-vous de prendre ? demanda-t-il à ses enseignes.

— Ouest ! répondirent-ils en même temps, ce qui les amusa.

— Bien ! Le capitaine Kulien peut être satisfait de ses leçons de navigation. C’est bien l’ouest qui nous permettra de mieux profiter du vent et puis le canal menant au port fluvial étant dans cette direction, nous aurions ainsi l’occasion d’écoper suffisamment de flotte pour nous renflouer en dihydro et dioxy.

Padéril leur donna encore quelques informations complémentaires sur ce qu’ils allaient devoir faire pour lui d’ici peu avant de leur montrer les sabliers, en fait remplit d’un liquide bleu ciel pour l’un et vert pour le second, luminescents pour être bien visibles.

— Nous avons pris encore du retard, puisqu’il est plus d’une heure. Allez donc allumer nos lanternes de signalisation autour de nos pavillons parlementaires, puis seulement après, les lanternes de départ immédiat.

Comme les deux enseignes partaient accomplir leur tâche, Padéril revint près de son siège de commandement.

— Il est 01.05. Maître de manœuvres, confirmez le branle-bas, puis activez les flotteurs ! Activation normale !

Le sous-officier concerné répéta les ordres, puis s’approcha d’un tube de cuivre terminé par une valve. En ouvrant celle-ci d’un coup ferme, il libéra de l’air sous pression qui se précipita dans le tube vide et actionna des sifflets répartis dans les principaux compartiments de la corvette. Avec maestria, la valve fut manœuvrée pour moduler le sifflet produit. Un long, deux brefs puis un autre long : le signal était connu de tous.

Moins d’une minute plus tard, tous les postes signalaient leur préparation. Depuis le temps qu’ils attendaient ce signal, Padéril ne se souvint pas d’un branle-bas aussi long depuis son incorporation dans la marine fédérée aquitaine, près de vingt ans plus tôt.

— Énergie est 10-04. 41 dans 10 secondes.

Plus bas, en fait sous la coque de la corvette pour le moment immergée dans l’eau, l’équipe des quartz suivit les instructions sifflées du chef d’équipe pour activer en même temps les circuits électriques reliant les accus aux flotteurs de quartz. Ces derniers étaient toujours protégés par leurs conques rétractables, fort heureusement, les navires aériens n’étant pas réputés pour leur étanchéité.

Les six gros quartz flotteurs qui permettaient aux navires de voler, les mêmes en plus puissants que ces flotteurs permettant aux chariots de flotter au-dessus du sol, rosirent sous l’influx d’énergie. Après trente secondes de charge et un état des lieux à la passerelle de commandement, l’ordre vint d’ouvrir les coques de bois. On ne savait toujours pas pourquoi une gangue de bois coupait l’effet de portance du quartz, mais c’était ainsi depuis des lustres qu’on faisait, pour approcher un chariot ou un navire du sol. Les quartz aquitains jouaient aussi sur l’influx électrique qu’ils recevaient.

Là, dès que les quartz entèrent en contact avec l’eau, le supplément énergétique reçu permit à la corvette de remonter doucement à la surface du bassin. Une odeur horriblement fétide enveloppa le navire et se répandit dans les compartiments. Deux hommes des manœuvres s’évanouirent en inspirant une bouffée d’un gaz nauséabond. Heureusement que les hommes ne travaillaient pas seul, un collègue put évacuer l’évanoui alors qu’un troisième actionnait tout seul les systèmes. La corvette vibra une longue seconde lorsque la coordination fut rompue, puis reprit son élévation. Les quartz furent plus efficaces et les accus leur apportèrent le complément d’énergie nécessaire pour faire remonter la 18-07.

Padéril restait assis affichant un air paisible, alors qu’il ne cessait de compter les battements de son cœur et de surveiller du coin de l’œil ses hommes au travail. Ses deux enseignes revinrent après lui avoir affirmé avoir suivi ses instructions à la lettre puis repartirent se mettre en position aux valves haute pression. La corvette était équipée sur chaque bord, sur le pont supérieur comme sous la coque, de trois valves sous pression pouvant propulser de l’air. Quatre autres valves se trouvaient sur la proue et quatre autres à la poupe. C’était très utile pour les manœuvres d’amarrage dans les bases aéronavales. En cas de combat, l’air pouvait être remplacé par du dihydro liquide qu’on enflammait, permettant de cramer un rapace adverse ou bien de repousser des abordeurs.

Padéril attendit que sa corvette soit montée à vingt toises de hauteur, avant de sortir de la passerelle en prenant avec lui son sifflet de manœuvre. Il fallait une excellente coordination et le seul moyen était de donner les ordres au sifflet, ce qu’il allait faire lui-même. Le chef de manœuvre avait été fort soulagé de l’apprendre. Ce que son commandant avait en tête était risqué.

Sur le petit passavant devant la passerelle de pilotage, Padéril observa les lanternes accrochées aux mâts de signalisation. Les drapeaux parlementaires comme les signaux de départ étaient parfaitement visibles. C’était ce qui lui importait. Il risquait probablement de se faire tirer dessus, mais on ne pourrait pas lui rapprocher d’avoir agi traitreusement sous pavillon de négociation. Il se tourna vers son secrétaire qui le suivait, cahier et ardoise à la main pour tout bien noter. Sur un signe interrogateur de Padéril, le jeune garçon se tourna vers la clepsydre.

— Il est 01.12, commandant.

Padéril grommela avant de ficher son sifflet au coin des lèvres et d’envoyer un premier signal d’activation. Il s’était mis devant un TAC, un tube permettant de transmettre les sifflements aux équipes situées dans la cale de son navire. Un maître lui hurlait la confirmation de ses instructions.

Aussitôt après, de puissants chuintements se firent entendre et l’axe de la corvette se modifia, prenant une direction nord-nord-est, alors qu’en même temps elle culait sur une petite centaine de toises, se libérant ainsi de la jetée à laquelle elle avait été amarrée et se donnant plus d’air de manœuvre. Il ne fallait pas oublier qu’à la poupe se trouvait le véritable point faible du bâtiment, l’immense carter grillagé dans lequel l’hélice propulsive quadripale logeait, pour le moment immobile, faute de vapeur suffisante pour actionner son mécanisme.

En quelques coups de sifflet supplémentaires, Padéril positionna sa corvette avec une facilité déconcertante pour de nombreux officiers de la flotte, mais le commandant de la 18-07 avait passé la majeure partie de son enfance sur des catamarans alliés puis fédérés de la marine et la manœuvre à l’air pulsé comme aux voiles était devenue une habitude.

Par contre, aux alentours, personne ne semblait réagir à l’appareillage de son navire. Finalement tant mieux. S’il pouvait opérer sans tirer un seul coup de feu ça ne serait pas plus mal. Sinon, cela lui permettrait de s’amuser un peu.

Dès que les valves furent coupées, Padéril ordonna le dressage du mât télescopique arrière. Il voulait garer son pont libre par sécurité et avec un seul mât cela serait suffisant pour lofer. Il entendit les ahanements de la quinzaine de marins et de voltigeurs qui actionnaient les treuils mécaniques pour déployer le mât puis, moins de dix minutes plus tard, les sifflets annoncèrent le déploiement de la voile bâbord. C’était une longue voile semi-rigide triangulaire dont la pointe se trouvait en bas et dont le petit cathète était fixé à une vergue. À ce sujet, Sa Seigneurie n’avait rien modifié aux voiles comme aux mâts. Seuls les navires récents utilisaient la vapeur pour dérouler le mât et déployer les voiles, ce qui permettait de manœuvres bien plus rapidement avec moins de personnel. Sa corvette étant assez ancienne, le travail s’effectuait à la main.

Alors que son secrétaire notait toutes les informations rapportées par ses enseignes et les différents chefs de poste, Padéril scrutait la nuit. La corvette était bâbord amure et avec une seule voile de hissée il ne pouvait que se laisser culer encore quelques dizaines de toises pour ensuite passer tribord amure et passer petit largue. Cela allait le conduire droit sur le bâtiment carthaginois qui était positionné de l’autre côté du canal. Il allait lui griller la politesse en lui passant au vent pour ensuite devenir portant et poursuivre grand-largue au sud-sud-est. Rien de bien difficile si on le laissait faire. Il n’avait besoin que de quatre nœuds pour que ses écopes fonctionnent et qu’il remplisse ses réservoirs. D’ici là, la distillation de ce qu’il avait actuellement en cuve serait terminée et il pourrait alimenter la chaudière de son navire convenablement pour pouvoir lancer son hélice.

Il entendit le carter de son hélice racler le sommet du rempart du bassin puis la seconde voile triangulaire du mât arrière fut montée le plus rapidement possible et orienté convenablement alors que la corvette semblait chercher son erre. La proue se déplaça de plus en plus vers l’ouest et au bout d’un petit moment le vent reçu par les voiles fut suffisamment puissant pour enfin faire avancer la corvette. Lamuka et Bluin, revenus près de lui, regardèrent le petit miracle se produire et Padéril se rassasia de l’émerveillement qu’il vit dans leurs yeux.

Il fit donner deux secondes d’air comprimé par les quatre valves de poupe, pour donner une petite impulsion supplémentaire, et la corvette avança doucement vers la muraille extérieure du bassin.

— Enseigne Bluin ? Pensez-vous que nous avons assez d’espace pour sortir de cette espèce de digesteur à ciel ouvert ?

— Commandant ? Je viens de voir l’altimètre de proximité, nous sommes à vingt toises et le rempart extérieur culmine à…

La concordance des chiffres le fit bafouiller.

— Nous allons peut-être racler leur muraille, commandant.

— Je m’en fous un peu, enseigne, mais je crains que le chef Lumal et maître Glaor vous en veuillent quelque peu…

Le jeune homme réalisa qu’il avait oublié le carter de l’hélice qui débordait de deux toises de chaque côté, comme la tourelle ventrale de la corvette que le chef Lumal, qui en avait la responsabilité, avait sans aucun doute déjà fait sortir, pour être en mesure de faire feu où Padéril le souhaiterait.

— Nous pourrions envoyer une giclée supplémentaire d’énergie dans nos flotteurs commandant ?

— Le plus évident si vous avez des réserves. Malheureusement…

Il laissa sa phrase en suspend, voulant voir si les deux jeunes allaient réagir, mais Lamuka semblait plongée dans ses réflexions et son camarade ne se fixait que sur la conséquence probable de leur action sans chercher voir la situation dans son ensemble.

— Il nous reste deux cents toises à parcourir avant l’obstacle, constata le jeune capitaine d'un air ingénu.

— Un coup d’air sera-t-il suffisant, commandant ? demanda paniqué le jeune homme.

— Pas assez, déclara Padéril.

— Il faut déployer les ailerons de profondeurs en plus du coup d’air, décréta d’une voix douce Lamuka.

Padéril claqua des doigts, comme si c’était fait et attira l’attention du chef de manœuvre resté à côté du timonier et déploya ses bras. Quelques instants plus tard, les sifflets se firent entendre et à la proue, juste sous le pont et à la poupe au niveau de la cale, quatre ailerons longs de deux toises et larges d’une furent sortis et braqués à quarante-cinq degrés ralentissant fermement la corvette avant que la seule force du vent sur son mât arrière la fasse pointer le nez vers le ciel et que trois secondes d’air relâché en partant de la proue vers la poupe face élever le vaisseau de six toises supplémentaires en moins d’une minute. Le jeune capitaine regarda ses enseignes.

— Vous devrez toujours garder à l’esprit la situation générale de votre bâtiment. Ce n’est pas parce que nous manœuvrons à la voile et à la valve qu’il faut oublier les ailerons. Ainsi, nous économisons une énergie précieuse pour nos flotteurs pour plus tard. Allez donc aider mon secrétaire à mettre ses notes à jour, je pense que ce que nous faisons actuellement sera bien utile à d’autres.

Alors que les deux jeunes rentraient dans la passerelle, une explosion lointaine se fit entendre figeant tout le monde. Non, ce n’était pas à bord ! Cela venait de l’arrière.

— Tir de semonce de la corvette latine. Pas de flamme. Un tir de canon probablement ! annonça une sentinelle placée en guet sur la tourelle d’observation surplombant la passerelle.

Les Latins se réveillaient donc, Padéril s’en frotta presque les mains de joie.

— Enseigne Bluin, montez voir ce que font ces idiots. Notez le maximum de détail puis revenez nous en parler. Les Latins sont Hostile 1. Enseigne Lamuka, finalement vous allez vous placer à l’avant et voir si vous devinez quelques mouvements chez les Carthaginois.

Sur un geste de Padéril, les deux enseignes filèrent alors que le secrétaire rentrait pour poursuivre son travail d’écriture. Padéril rejoignit le timonier et le navigateur.

— Combien ? demanda-t-il.

— un peu plus d’un nœud, commandant. Elle va atteindre les deux d’ici peu.

Avec un seul mât et après seulement cinq cents toises, il ne pouvait guère espérer mieux. Il manœuvrerait donc près de la corvette carthaginoise à quatre nœuds, presque huit lieues à l’heure ce qui était souvent la vitesse de ces navires. La sienne, correctement propulsée montait à seize nœuds, vitesse qu’elle pouvait maintenir pendant quatre heures sur une charge complète de ses réservoirs.

Padéril regarda les chiffres remontés des compartiments chaudière, propulsion et énergie. Tout progressait comme escompté, mais il réalisait que ce n’était pas assez rapide. Un instant, Padéril hésita à hisser les deux mâts avants, mais en cas de combat, Kulien perdrait de l’angle de tir et c’était ses tourelles qui assuraient généralement la victoire. La capacité de placer ses canons en position de tir, qu’importe la direction prise par le navire était un énorme avantage. Plus besoin d’exposer son flanc aux batteries de flammèches adverses ou aux boulets explosifs de leurs canons.

Il entendit l’enseigne redescendre bruyamment de son poste d’observation alors qu’une nouvelle explosion retentissait, encore plus lointaine.

— Ils doivent sonner le branle-bas, commandant. Leur navire s’est soudainement illuminé et on voit des hommes courir un peu partout. Ils ont bien des canons sur leur première et troisième ligne de tir. Des petites pièces de calibre 50 ou 60. La vigie a clairement vu l’explosion du tir, puis le boulet qui a tapé au pied du rempart suivant. Soit une portée de trois cents toises.

Padéril remercia d’un léger signe de tête. C’était le calibre installé sur les corvettes, un boulet pesant la moitié d’une personne, soit plein, soit explosif, mais la technologie latine laissait encore à désirer. Moins de la moitié de leurs unités étaient ainsi modifiée. Les corvettes disposaient de trois ponts et chacun disposait de six lance-flammèches. Les canons se comptaient au nombre de quatre par pont pour des raisons de poids et d’encombrement. Les impériaux, eux, mettaient leurs pièces sur le second pont, gardant plus de lance-flammèches en service. Par contre, ils conservaient six canons par bordée. Pour les Carthaginois, Padéril n’en savait trop rien. Les rapports faisaient état des deux solutions précédentes.

Le navigateur annonça à haute voix que la 18-07 venait de passer le cap des deux nautiques à l’heure et cela sembla plaire à tout le monde. L’enseigne retourna au poste de guet quand Kulien, son capitaine en second déboula dans la passerelle.

— Lamuka a vu les Carthaginois remuer, mais ils font comme si de rien n’était.

— Elle peut deviner leurs signaux ?

— Elle estime que c’est un pavillon de trêve ou parlementaire, mais en pleine nuit et avec le casque de vision nocturne, rien d’autre à dire.

Padéril grimaça. Il pouvait se faire tirer dessus et riposter, même en territoire neutre sa réaction serait admissible. Mais que les Carthaginois fassent les innocents et tentent de l’allumer au dernier moment ? On le lui reprocherait. Saloperie de diplomates et de politiciens !

— Balance deux siffleuses rouge puis un coup à blanc trente secondes plus tard.

Les fusées siffleuses permettaient de prévenir lors de manœuvres nocturnes en cas de risque de collision. La teinte rouge signalait le bâbord et le sifflement strident devait pouvoir réveiller n’importe quelle sentinelle, même ivre morte ! En en envoyant deux, pour expliquer qu’il allait passer à leur vent, Padéril se montrait fort diplomate et courtois. Le coup de canon persuaderait qu’il ne plaisantait pas.

Son second partit envoyer le signal alors que Padéril comptait les secondes. Sa corvette avait tendance à remonter, signe qu’il survolait la bande de terre séparant le canal et l’arsenal. D’ici trois mille toises, deux encablures dans sa tête de marin, il prendrait le vent des Carthaginois et les contournerait. S’ils voulaient tenter quelque chose, ils essaieraient de pivoter pour lui lancer une bordée. Il commençait des calculs dans sa tête lorsqu’il entendit les fusées de signalisation partirent à trente secondes d’intervalle, puis l’enseigne Bluin annoncer que les Latins utilisaient la montagne pour grimper en altitude en espérant garder le vent bâbord près ou plein, avant de devoir lofer au sommet. C’est ce qui leur prendrait le moins de temps. Mais Padéril comptait bien leur mettre quelques nautiques dans l’œil. Ils n’allaient pas sortir leurs rapaces en pleine nuit et devraient se contenter de leurs voiles.

— Les Carthaginois font le branle-bas ! vint lui annoncer Lamuka. Mais ils ne signalent toujours pas.

— Et bien nous avons donc confirmation qu’ils ne nous veulent pas du bien. Classez cette corvette comme Hostile 2. Prévenez l’équipage !

Quelqu’un actionna une sonnette dans l’ensemble du navire alors que son second tirait un coup à blanc, bien sonore et bien lumineux. Toute la ville de Montpellier devait l’avoir entendu. Tous les hommes qui n’avaient pas encore passé leurs affaires de combats s’équipèrent rapidement. Padéril lui-même passa son casque et laissa un marin lui ceindre son ceinturon avec son revolver chargé et son sabre. Sa musette de combat était accrochée derrière son fauteuil de commandement. Le lieutenant des voltigeurs le rejoignit, déjà prêt pour partir à l’abordage.

— J’ai recomposé deux équipes pour les deux chaloupes. Leurs chaudières sont sous pressions et prêtes à votre signal.

— Merci, lieutenant Salond. Ça serait chouette d’aller culbuter ces imbéciles ! Mais je ne sais pas si nous en aurons l’occasion. Par contre, laissez vos équipes près du mât avant tribord, nous risquons d’en avoir bien besoin d’ici peu.

Le voltigeur salua et partit positionner ses hommes comme le souhaitait Padéril. La 18-07

semblait voler droit vers le vaisseau carthaginois qui flottait pourtant plus haut qu’elle, à quatre ou cinq ménèz d’altitude, alors qu’eux-mêmes n’étaient qu’à trois. Les Carthaginois devaient penser qu’ils auraient le temps de lâcher leur bordée tribord de plus haut, ce qui renforcerait la puissance de leur tir. Les flammèches étaient des armes ayant peu de puissance explosive. Par contre, elles brûlaient bien et n’importe quel navire submergé de rafales de ces grosses flèches enflammées devait fuir pour éteindre les incendies ou périr.

Quant aux hommes, ils étaient souvent victimes des éclis de bois produits par les flammèches s’écrasant sur les ponts ou bien pénétrant par les sabords. Sa corvette ne faisait pas exception et était toujours aussi vulnérable à un tir sur son pont si elle entrait dans la zone de riposte adverse.

Annotations

Recommandations

Fortune_sala

23/02/2020
il était 8heures du matin c'était la date de mon anniversaire chez moi j'ai l'impression que tout le monde m'a oublié genre c'est une journée comme les autres en même temps suis pas trop surprise de la réaction des gens suis toujours celle qui pense aux autres.
Brunel(mon ex) j'ai pas arrêté de mentionner mon anniversaire et le bon Mr m'appelle à 17 heures pour m'engueuler... Comment peut-il me faire ça aujourd'hui ?
Mehdi(mon amoureux) malgré le fait qu'il soit au Maroc et moi au Gabon je l'aime pour toujours mais il a aussi oublié...c'est pas si grave que ça mais c'est ce genre de détails qui fait en sorte que l'amour diminue.
Aya ma chère sœur je l'aime tellement elle plus que n'importe qui me comprend.
j'ai reçu son Sms à13 heures et j'ai eu les larmes aux yeux tellement suis touché ...heureusement qu'elle n'est pas comme les autres.
j'ai passé une journée affreuse j'ai pleuré toute la nuit j'ai l'impression de ne pas être importante pour les autres je me sens si mal dans ce grand monde
Je suis assé jolie comme meuf...forme généreuse 1m74 teint noir je ressemble beaucoup à une sénégalaise. Meuf pas très compliqué je rigole beaucoup je boude beaucoup mais suis grave amusante.
Avec un jolie fessier la gente masculine m'apprécier beaucoup.Suis intéressante et assez soumise lorsque j'aime quelqu'un mais j'ai jamais eu beaucoup de chance dans mes relations...D'autres se servent de moi pour le sexe et je fais très souvent l'objet des Paris entre mecs (ça me fait mal mais vue d'un autre ongle suis assé bonne au point qu'on pari sur moi!!!).
Mes relations n'ont jamais mis du temps et ça forgé mon comportement je suis maintenant une chasseuse il n'existe pas un mec que je désire sans que je puisse l'attendre. Le problème est je risque d'être mal vue dans mon environnement donc je continue à faire la sainte pour ne pas décevoir mes parents.
Dans quel monde je vis?! J'ai tellement besoin de miracle(une histoire d'amour sans limite telle celle d'un conte de fée)mon histoire d'amour à moi ressemble beaucoup au 50 nuances de Grey. Mes conditions de vie sont pas trop comme j'aimerais je vis dans une grande famille vous savez comment ça se passe ici en Afrique enfin breff...
Le seul moment où je me sens réellement libre c'est lorsque Tard dans la nuit je suis allonger et je m'imagine une vie où suis je suis fiancé avec un médecin bien taillé de 25ans super Canon pas trop bavard qui fait l'amour comme Mr grey.
Et puis à mon réveil bonjour ma réalité "élève de classe de terminale" Je suis crevé...
0
0
0
2
Hilaze
Elbar Quézermistoss, ou "le guet" est un gamin des rues. Il vit au jour le jour, dans la bande de Jarvioss. Ils sont six, parfois sept ou huit gamins des rues de Narhcouyss, capitale de la seigneurie Driss, à survivre comme ils peuvent. Ils luttent contre les autres traîne-misère, contres les gardes et les mercenaires. Jarvioss les guide et les protège, ils le servent.
Le guet, suite à une rencontre, sait quand il faut prendre la fuite. C'est ce qui permettra à la bande d'échapper à un danger pire encore que leur quotidien : l'enfer de la guerre. Celle, sans fin, qui oppose les licorniens aux dragoniens.

Notes : cette nouvelle se situe longtemps après le Lys rouge, et quelques siècles avant Parc'o'zombi. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu ces autres nouvelles pour comprendre celle-ci. Elbar réapparaîtra dans un roman que je prépare, qui s'appelle "Le règne de la Chaotique".
La dernière partie, du nom de "version d'il y a 7 ans", était à la base le second chapitre du Règne de la chaotique... puis j'ai estimé que ça décalait trop l'arrivée du personnage principal, d'autant plus que cette partie donnait trop d'importance à Elbar... Enfin voilà, voyez cette partie comme un bonus. Je ne vous cache pas que j'ai eu la flemme de corriger les fautes ^^.

Si vous voulez savoir ce qui arrive à Jarvioss après tout ça, tournez-vous vers la nouvelle Pirateries... il vous racontera !

J'espère que cette nouvelle vous plaira, bonne lecture, et faites-vous plaisir dans les commentaires et annotations, membres du club Valentine ou non !
45
112
462
69
slidery
Un jeune et riche financier vivant son train de vie quotidien décide de retourner dans sa maison de famille pour prendre de simple vacance mais il ne pensait pas croiser sa cousine, une artiste en mal d'humanité.
Ces deux personnalités diamétralement opposées vont s'opposer, se déchirer et s'entrechoquer sous le même toit. Un échange entre une jeune femme humaniste qui vis pour les autres et se réfugie dans l'art pour contempler un monde fantasmé et un financier dont la vie s'est construit sur la confrontation et l'univers impitoyable des marchés qui lui ont retiré toute pitié.
Qui sortira gagnant de cette lutte idéologique entre l'altruiste et l'égocentrique ? l'idéaliste et le réaliste ? l'amour et l’orgueil ?
4
2
45
22

Vous aimez lire vixii_ecrivaillon ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0