3 - Un peu de comédie

9 minutes de lecture

Vingt minutes plus tard, il sortait d’une minuscule cale située près de la proue de sa corvette, un placard né de l’existence des autres compartiments, un sombre recoin que quelqu’un avait affublé d’une porte solide pour le transformer en cachot. Un endroit guère accueillant.

Situé presque à dos avec le chaton dans lequel était serti le quartz flotteur bâbord avant. Il y faisait toujours trop chaud quand le flotteur était électriquement excité ou bien trop froid lorsque la coque protectrice était abaissée et que l’énergie supplémentaire était déviée pour maintenir l’eau à ébullition dans la chaudière auxiliaire destinée aux cales réfrigérées des vivres fraiches.

L’inconfort de l’endroit plus les poings experts d’un caporal voltigeur étaient rapidement venus à bout de la résistance d’un nobliau qui se prétendait de la plus haute élite et qui ne s’était jamais attendu à être soupçonné de quoi que ce soit. La stupidité des amateurs, pensa Padéril en relisant ses deux confessions : la réelle, expliquant que quelqu’un lui avait promit une fortune s’il parvenait à convaincre un expert vapeur à venir dévoiler ses connaissances à d’autres et la fausse, celle que Padéril allait remettre d’un air horrifié aux autorités Montpelliéraines.

Il remonta vivement sur le pont de son navire pour inspiré l’air frais de la nuit, tout valait mieux que cette odeur de peur et de pisse qui lui avait agressé l’odorat dans le cachot. Ce petit bâtard paierait très très cher sa trahison, on pouvait faire confiance aux druides sur ce point-là.

Son second qui dirigerait depuis un poste séparé les trois tourelles supérieures ainsi que la tourelle ventrale, pour le moment remontée dans la cale de la corvette, lui fit signe que tout se déroulait comme convenu.

— J’ai fait remonter deux recharges complètes pour chaque pièce. Elles sont installées dans le poste de veille.

Chaque canon de 75 se comportait comme un gros revolver, un barillet permettant de disposer de six obus perforants et de maintenir une cadence de tir impressionnante comparée aux lance-flammèches puis aux armes à poudre des flottes adverses. Chaque tourelle disposait de deux autres recharges installées dans des râteliers. Une troisième recharge comportait trois obus éclairants et trois incendiaires.

Cela pouvait toujours s’avérer utile. Avec trente obus perforants, ses quatre canons supérieurs et celui de la tourelle ventrale pouvaient dans le meilleur des cas immobiliser un adversaire de taille supérieure à une portée bien plus importante que ceux d’en face. C’était dans le meilleur des cas ! Depuis vingt-cinq ans que les conflits perduraient, l’ennemi avait eu le temps de mettre au point des techniques d’esquive puis d’autres pour tenter de surmonter leur handicap.

La plupart du temps, les unités récentes des flottes adverses alignaient sur leur flanc une batterie centrale de canon à poudre noire surmontée de deux batteries de lance flammèches. Les pièces des corvettes n’étaient pas trop dangereuses pour les avisos ou les corvettes aquitaines, mais celles des frégates étaient à éviter si possible. Pas toujours évident quand les ordres étaient de se montrer agressif en cas d’attaque. Surtout, par manque de personnel, de moyens, les navires aquitains faisaient toujours face à des adversaires plus gros qu’eux.

Les avisos, qui n’existaient pas chez leurs adversaires affrontaient des corvettes. Les corvettes se mesuraient aux frégates de tout type et les frégates aquitaines tenaient tête aux croiseurs. Erwan n’avait fait construire que 12 croiseurs lourds qui servaient en générales de navires amiraux aux six escadres de sa flotte. La flotte carthaginoise la plus proche de leur territoire alignait souvent plus d’une douzaine de ces montres, tirés chez eux par une dizaine de rapaces surpuissants.

Padéril connaissait l’existence d’une autre modèle de croiseur aquitain, un modèle mixte embarquant à son bord une trentaine de kañvs d’assaut mono ou biplaces. Ce navire était idéal pour soutenir des armées en campagnes ou bien un assaut des voltigeurs, mais c’était tout.

Erwan avait toujours refusé d’engager plus d’hommes, de former plus de techniciens. Les volontaires ne manqueraient pas pour doubler, voire même tripler la flotte en moins de deux ans, mais le seigneur prophète avait plusieurs fois répété lors de conférences, de réunion avec les officiers de sa flotte qu’il cherchait à maintenir un équilibre.

Padéril n’avait pas tout compris, mais faisait entièrement confiance à son maître. Bien que cela soit plus difficile, il avait forcément raison !

S’approchant de la coupée, le sous-officier voltigeur de garde vint vers le jeune capitaine.

— À votre disposition, commandant.

— Merci sergent. Venez que je vous explique.

Padéril l’entraîna un peu plus loin dans l’ombre et passa quelques instants à mettre au point la petite saynète qu’ils devaient jouer. La cloche de bord venait de sonner le quart, il allait être l’heure de se bouger le fondement.

*

* *

Alors que la patrouille repassait sur le quai pour la énième fois de la soirée, les hommes frissonnant dans leurs vêtements trempés par le crachin puis glacés par les courants d’air qui se faufilaient n’importe où, le chef leva les yeux vers cette foutue corvette aquitaine que lui et ses hommes étaient censés surveiller.

Navire parlementaire mon cul, se dit-il irrité. C’était un navire ennemi, tout comme la corvette carthaginoise dans un autre bassin et l’impériale, de l’autre côté des murailles de l’arsenal.

— Hé ! La garde !

L’officier, comme ses hommes, leva les yeux vers la corvette qui les surplombait de quelques toises. Il se passait quelque chose d’étrange. Ça s’activait là-haut. On avait l’impression qu’ils voulaient déployer leur passerelle d’accès.

L’officier fit signe à ses hommes de se déployer. Les Aquitains n’avaient pas l’autorisation de mettre pied à terre, en dehors de l’envoyé plénipotentiaire, évidement.

Un jeune enseigne se pencha au-dessus du bastingage.

— Hé, de la garde. Le capitaine désire rencontrer un officier de toute urgence !

L’officier fronça les sourcils, mais fit un pas en avant, les épaules relevées, la main sur son épée.

— Je suis le lieutenant Nuélon, garde de la cité. Que se passe-t-il ?

Les marins aquitains mettaient vraiment la passerelle en place, mais pas avec cette perfection qu’ils affichaient depuis leur arrivée. Il semblait y avoir de l’urgence dans l’air. De l’urgence ou un problème et ça, Nuélon n’aimait pas du tout ça !

Il fit signe à ses gens d’être vigilants et moins d’une minute plus tard, un marin, sans doute un officier, déboulait devant lui, la vareuse mal boutonnée, l’air furieux et mal à l’aise. Il tenait dans sa main un rouleau de parchemin chiffonné et semblait chercher ses mots.

— Lieutenant ? Merci d’être venu aussi vite. Capitaine Padéril. Je commande le vaisseau plénipotentiaire.

Le Montpelliérain toisa son interlocuteur qui était plus petit et plus mince que lui. Il ne payait pas trop de mine.

— Et alors ? lui demanda Nuélon avec une pointe d’agressivité et de mépris.

— Une rixe a éclaté à bord de mon navire à cause de fausse monnaie !

Le lieutenant se raidit. Il avait entendu des patrouilles fouiller un peu partout et entendu quelques rumeurs sur des émeutes en ville à cause de fausse monnaie. Qu’est-ce que ce salaud d’Aquitain allait essayer de l’embrouiller ?

Il lui tendit son parchemin, comme horrifié par ce qu’il contenait.

— Un membre de la délégation a avoué avoir reçu de la fausse monnaie de la part d’un résident de votre cité. Un chevalier Méku ou Luké…

Les poils de l’officier s’horripilèrent et il souhaita un instant que ses hommes fussent plus loin. Il devait s’agir du jeune Kélu, le merveilleux fils du troisième sénateur de la ville, qui était souvent soupçonné de bien des choses. Il n’osa lire le papier, mais l’Aquitain le lui montrait.

— Voici sa confession et à titre de preuve voici quelques pièces qu’il avait sur lui. C’est parce qu’il avait des dettes de jeux auprès d’un enseigne qu’il a jugé intelligent d’utiliser cette contrefaçon, ignorant que celui-ci était fils de banquier.

Nuélon sentit ses mains bruler lorsque l’officier aquitain lui glissa trois doubles-soleils qui semblaient pourtant si vrais.

C’était une putain d’embrouille qui allait faire du bruit. Nuélon se sentait presque paralysé et ne savait plus quoi dire.

L’Aquitain poursuivit.

— Je vais faire mon rapport à l’amirauté le plus vite possible. Je n’ai pas le pouvoir de juger un parlementaire, mais Notre Seigneur s’excusera certainement auprès de vos sénateurs pour l’insulte qui a été faite.

Nuélon hésita. Qu’est-ce qu’il disait ? Partir ? Le laisser avec ça sur les bras ? L’horreur !

— Non ! Nous sommes au solstice… Il n’est plus possible de voyager…

— Je comprends votre émoi, mais notre pavillon parlementaire nous le permet et cette horrible affaire ne souffre aucun délai. Je comprends que cela puisse vous mettre dans l’embarras, mais, je voudrais que vous me pardonniez.

Il claqua plusieurs des fois des doigts, avec impatience et sur la corvette il y eut des appels étouffés, des ordres. Une frêle silhouette descendit la passerelle à son tour et à moins d’une toise d’elle tous les hommes présents avaient tourné le regard vers elle. Ses parfums, toujours aussi subtils étaient bien captables, malgré l’air froid et le vent, et Padéril devinait aisément ce qui se passait dans la cervelle de cette douzaine de miliciens et encore mieux dans la tête de leur officier. Voyant ses pupilles écarquillées, Padéril retint un ricanement.

Il bande déjà, le con ! se dit-il en affichant l’air le plus innocent qu’il pouvait

Il s’empara de ce que la jeune femme tenait et regarda Nuélon, l’air un peu gêné.

— Je ne peux pas faire mieux que vous offrir ce modeste présent pour vous remercier de votre peine. Je gardais ce magnum de vin pour un ami très cher.

Nuélon daigna abaisser ses yeux l’espace d’une seconde et manquer d’avaler de travers lorsqu’il découvrit la bouteille avec cette étiquette portant un éclair aux trois bleus.

— Je crois savoir qu’ici vous aimez le vin ? Voici une bouteille de Crémant de Madiran. C’est un bon terroir. Le domaine de la Barcusane livre presque exclusivement Notre Seigneur le prophète Erwan et la déesse Tranit.

Le Montpelliérain ne releva même pas le blasphème, il était interdit de parler de prophète et de déesse, tant l’énormité du présent le stupéfiait. Il ne savait plus que faire. Mater la donzelle qui lui procurait une trique incroyable ou bien prendre délicatement cette putain de bouteille qui valait six mois de sa solde !

Il y eut de très longues secondes d’un silence absolu. Padéril était persuadé que si elle avait été seule, ces hommes se seraient entretués pour capturer son enseigne. Mais il fallait avouer qu’elle y allait un peu fort.

Lui-même, généralement peu sensible, sentait bien son entrejambe l’incommoder. Il fallait encore un peu de temps. La petite le savait aussi et fit sa timide en osant désigner la bouteille du doigt.

— C’est un Crémant rosé, seigneur officier. Bien qu’il fasse froid, il sera parfait pour accompagner quelques grillades de viande ou bien de poisson.

Sa voix ! Quelle voix ! Padéril vit deux gardes qui commençaient à baver !

Il dut aider l’officier à fourrer le parchemin et la fausse monnaie dans une poche de son manteau pour lui tendre la bouteille et la faire tenir fermement. Il entendit quelqu’un tousser derrière lui et se retint de sourire. Il chassa l’enseigne d’un geste impatient.

— Retournez auprès de son excellence, il a besoin de votre aide pour rédiger son rapport. Il ne manquerait plus qu’il tombe malade.

Padéril posa la main sur l’épaule du Montpelliérain, comme pour l’aider à sortir de sa transe. Il prit sa plus belle expression peinée.

— Nous allons tout faire pour arrêter cette ignominie. Pardonnez-moi pour ce problème, je vous promets que le coupable sera fermement châtié.

Et Padéril le planta là, sur la jetée, pour remonter vivement dans sa corvette. Le sous-officier des voltigeurs lui fit signe que les deux hommes descendus pour dénouer les haussières retenant son navire étaient en train d’être récupérés de l’autre côté.

Padéril fit signe de remonter la passerelle, alors qu’en bas la patrouille se rassemblait autour de l’officier et qu’il semblait y avoir discussion. Ils s’éloignèrent tous rapidement, l’air maussade. Padéril avisa Lamuka qui attendait un peu plus loin et frappa dans ses mains.

— Bravo enseigne, mais allez vite vous doucher et vous changer ! Fini de s’amuser, les choses sérieuses commencent !

Annotations

Recommandations

Fortune_sala

23/02/2020
il était 8heures du matin c'était la date de mon anniversaire chez moi j'ai l'impression que tout le monde m'a oublié genre c'est une journée comme les autres en même temps suis pas trop surprise de la réaction des gens suis toujours celle qui pense aux autres.
Brunel(mon ex) j'ai pas arrêté de mentionner mon anniversaire et le bon Mr m'appelle à 17 heures pour m'engueuler... Comment peut-il me faire ça aujourd'hui ?
Mehdi(mon amoureux) malgré le fait qu'il soit au Maroc et moi au Gabon je l'aime pour toujours mais il a aussi oublié...c'est pas si grave que ça mais c'est ce genre de détails qui fait en sorte que l'amour diminue.
Aya ma chère sœur je l'aime tellement elle plus que n'importe qui me comprend.
j'ai reçu son Sms à13 heures et j'ai eu les larmes aux yeux tellement suis touché ...heureusement qu'elle n'est pas comme les autres.
j'ai passé une journée affreuse j'ai pleuré toute la nuit j'ai l'impression de ne pas être importante pour les autres je me sens si mal dans ce grand monde
Je suis assé jolie comme meuf...forme généreuse 1m74 teint noir je ressemble beaucoup à une sénégalaise. Meuf pas très compliqué je rigole beaucoup je boude beaucoup mais suis grave amusante.
Avec un jolie fessier la gente masculine m'apprécier beaucoup.Suis intéressante et assez soumise lorsque j'aime quelqu'un mais j'ai jamais eu beaucoup de chance dans mes relations...D'autres se servent de moi pour le sexe et je fais très souvent l'objet des Paris entre mecs (ça me fait mal mais vue d'un autre ongle suis assé bonne au point qu'on pari sur moi!!!).
Mes relations n'ont jamais mis du temps et ça forgé mon comportement je suis maintenant une chasseuse il n'existe pas un mec que je désire sans que je puisse l'attendre. Le problème est je risque d'être mal vue dans mon environnement donc je continue à faire la sainte pour ne pas décevoir mes parents.
Dans quel monde je vis?! J'ai tellement besoin de miracle(une histoire d'amour sans limite telle celle d'un conte de fée)mon histoire d'amour à moi ressemble beaucoup au 50 nuances de Grey. Mes conditions de vie sont pas trop comme j'aimerais je vis dans une grande famille vous savez comment ça se passe ici en Afrique enfin breff...
Le seul moment où je me sens réellement libre c'est lorsque Tard dans la nuit je suis allonger et je m'imagine une vie où suis je suis fiancé avec un médecin bien taillé de 25ans super Canon pas trop bavard qui fait l'amour comme Mr grey.
Et puis à mon réveil bonjour ma réalité "élève de classe de terminale" Je suis crevé...
0
0
0
2
Hilaze
Elbar Quézermistoss, ou "le guet" est un gamin des rues. Il vit au jour le jour, dans la bande de Jarvioss. Ils sont six, parfois sept ou huit gamins des rues de Narhcouyss, capitale de la seigneurie Driss, à survivre comme ils peuvent. Ils luttent contre les autres traîne-misère, contres les gardes et les mercenaires. Jarvioss les guide et les protège, ils le servent.
Le guet, suite à une rencontre, sait quand il faut prendre la fuite. C'est ce qui permettra à la bande d'échapper à un danger pire encore que leur quotidien : l'enfer de la guerre. Celle, sans fin, qui oppose les licorniens aux dragoniens.

Notes : cette nouvelle se situe longtemps après le Lys rouge, et quelques siècles avant Parc'o'zombi. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu ces autres nouvelles pour comprendre celle-ci. Elbar réapparaîtra dans un roman que je prépare, qui s'appelle "Le règne de la Chaotique".
La dernière partie, du nom de "version d'il y a 7 ans", était à la base le second chapitre du Règne de la chaotique... puis j'ai estimé que ça décalait trop l'arrivée du personnage principal, d'autant plus que cette partie donnait trop d'importance à Elbar... Enfin voilà, voyez cette partie comme un bonus. Je ne vous cache pas que j'ai eu la flemme de corriger les fautes ^^.

Si vous voulez savoir ce qui arrive à Jarvioss après tout ça, tournez-vous vers la nouvelle Pirateries... il vous racontera !

J'espère que cette nouvelle vous plaira, bonne lecture, et faites-vous plaisir dans les commentaires et annotations, membres du club Valentine ou non !
45
112
462
69
slidery
Un jeune et riche financier vivant son train de vie quotidien décide de retourner dans sa maison de famille pour prendre de simple vacance mais il ne pensait pas croiser sa cousine, une artiste en mal d'humanité.
Ces deux personnalités diamétralement opposées vont s'opposer, se déchirer et s'entrechoquer sous le même toit. Un échange entre une jeune femme humaniste qui vis pour les autres et se réfugie dans l'art pour contempler un monde fantasmé et un financier dont la vie s'est construit sur la confrontation et l'univers impitoyable des marchés qui lui ont retiré toute pitié.
Qui sortira gagnant de cette lutte idéologique entre l'altruiste et l'égocentrique ? l'idéaliste et le réaliste ? l'amour et l’orgueil ?
4
2
45
22

Vous aimez lire vixii_ecrivaillon ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0