Le Champs de Cannes

3 minutes de lecture

Debout, au milieu d'un chemin, Amandine admirait le paysage. À droite, comme à gauche, le chemin était bordé de cannes à sucre. Droit devant elle, le champ continuait en contre-bas, plus loin elle imaginait la petite ville, car, elle voyait le clocher de l'église qui la surpomblait et à l'horizon, la mer scintillait sous le soleil, bien haut dans son zénith.

Il faisait chaud depuis que l'astre lumineux avait quitté la ligne d'horizon. Elle ressentait cette chaleur, tropicale et humide, qu'elle aimait tant, qui lui rappelait l'endroit où elle était. Son île. Enfin, elle y était de retour. Seulement pour deux semaines, certes, mais c'était tellement agréable de se retrouver là.

Les fleurs de cannes se balancèrent au souffle d'une brise, Amandine ferma les yeux et apprécia le vent contre elle. La coupe* allait bientôt commençer, il ne resterait que de la pailles à perte de vue. Alors que là, on ne voyait rien au-delà des tiges. Bientôt, les autres champs, les habitations éparses et les arbres alentour seront visibles.

Une idée l'amusa. Il en sera fini du jeu de cache-cache parmis les champs de cannes. Elle se rappelait qu'elle y jouait avec quelques amis quand elle était plus jeune. Ils définissaient un terrain et cela se passait pendant les derniers rayons du soleil. Un gage attendait le perdant.

Un épisode de cette activité lui revint en mémoire. Elle était accroupie et tentait de se terrer derrière un rocher. Elle entendait quelqu'un compter à rebours à partir de cent à haute voix, ainsi que les pas sur la paille séchée des autres qui tentaient eux aussi de se camoufler. La peur d'être découverte la première et l'excitation de se trouver dans cet endroit censé être hanté, se mélangeaient en elle. Elle essayait de reprendre une respiration normale après sa course parmis les tiges. Une présence près d'elle la fit se retourner. C'était Loïc. Elle défendit sa cachette, mais il ne l'écouta pas. Il s'approcha d'elle et colla sa bouche à la sienne. C'était son premier baiser.

À l'évocation de ce souvenir, elle passa un doigt sur ces lèvres et sourit.

Revenant au moment présent, elle eut envie de casser une des cannes, mais ne savait pas à qui appartenait les champs qui l'entouraient. Une tige n'allait pas manquer au planteur après tout. Elle regarda alentour pour vérifier qu'elle ne serait pas découverte et brisa une tige. Le chemin faisait une courbe et ses cousins avaient depuis longtemps disparu de son champs de vision.

  • Voleuse !

Elle fit volte-face et vit l'un de ces derniers, qui éclata de rire devant son air ahuris.

  • Pff, tu m'as fais peur imbécile ! Et en haussant les épaules : je ne pense pas qu'une canne en moins posera problème !
  • Je sais mais, c'était marrant, si t'avais vu ta tête. Il riait toujours.

Il tira de sa poche un couteau suisse et prit l'initiative d'enlever l'écorce de la tige pour mettre à nu son cœur gorgée de sa sève sucrée. Ils se la partagèrent et reprirent la route.

Tout en mâchouillant son butin, Amandine se disait que c'était bien dommage que cette plante puisse faire autant de mal à sa grand-mère. Cette plante, qui recouvrait une bonne partie de l'île, faisait vivre autant de personne en passant par l'agriculteur, le coupeur de cannes, les ouvriers des usines et toute la population en somme, devenait un poison une fois transformée.

Surtout pour Mimose, diabétique de type 2, amputée des deux jambes et qui attendait sa petite fille qu'elle n'avait pas vue depuis trois ans, depuis qu'elle avait quitté l'île pour la métropole, afin d'être infirmière.

*La coupe : période (septembre/décembre) pendant laquelle la canne est coupée et acheminée en usine pour en faire du sucre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Vous aimez lire Bajoka ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0