Chapitre 37

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Début du premier jet de la partie 2. Bonne lecture !

La Cité-Empire de Madir était l’une des plus imposantes du continent des Empires, sans pour autant égaler les Cités-États. Vaste comme quatre fois Tola, il fallait plusieurs heures à cheval, au pas, pour aller de la porte est à celle de l’ouest. Elle se répartissait de part et d’autre du dolent et large fleuve Oib-Oib qui se jetait dans l’océan. Le cours d’eau, pourtant très grand, n’était pas navigable, car trop peu profond et parsemé d’innombrables bancs de sable et d’îlots d’arbres. Seuls des navires à fond plat pouvaient s’y déplacer. Madir tirait sa fortune des multiples mines de métaux précieux dans les montagnes du nord-ouest. Elle possédait aussi une agriculture performante ce qui en faisait le grenier du continent. Son indépendance venait de sa politique faite d’intrigues et d’alliances aussi nombreuses que tortueuses. Un empereur gouvernait tout cela, mais il n’avait pas vraiment de pouvoir, contrairement à l’Assemblée des Maires des quartiers qui incarnait le véritable organe décideur de Madir.

Des siècles d’histoire, d’incendies, souvent volontaires, de grands travaux, souvent malheureux ou inachevés, faisaient de la cité une étrange mosaïque architecturale. Les faubourgs les plus vieux, sur la rive est, gardaient un semblant d’organisation avec des bâtiments sur deux étages, tous en pierre ou brique avec des toits en tuiles ocre. Ils avaient mieux résisté aux feux et avaient été épargnés par les changements trop brutaux. Un charme particulier se dégageait de ces ruelles sinueuses, pavées et propres, bien à l’opposé des autres sections de la cité tentaculaire.

Britess n’avait que faire de ces considérations historico-géographiques qui remplissaient son esprit. Elle grimaça en repensant aux leçons imposées par Sarann : « Le savoir, c’est la clef du rester en vie ». Myrtille, la jument, s’ébroua, demandant à sa cavalière quand ils allaient repartir. Britess lui flatta l’encolure de sa main gantée. Ce n’était pas un quelconque poste de garde ou de péage qui bloquait la route, mais bien la foule qui entrait et sortait. Elle était arrivée à l’heure de pointe. À ce rythme, autant rebrousser chemin et loger dans une auberge non loin de là et revenir à la nuit tombée. Hésiter n’était pas son caractère. Elle tira doucement sur les rênes et fit faire demi-tour au cheval.

L’auberge quelques kilomètres plus loin était pleine à craquer. Les bonnes idées sont contagieuses. Elle s’installa sur une botte de paille, dans l’écurie, à côté de Myrtille et se laissa plonger dans un sommeil réparateur, sans rêves.

Britess se réveilla à la montée de la nuit. Elle se leva, épousseta ses habits, enleva quelques brins de foin restés accrochés à sa chevelure et remonta sur Myrtille. L’une des entrées de la cité était maintenant dégagée. Elle franchit la porte au pas, sous le regard pacifique des gardes. Elle avait eu le temps de réfléchir à son enquête et avait décidé que ses meilleures chances pour commencer ses recherches résidaient aux archives de la ville. Elle grimaça. Sa dernière visite dans un tel lieu avait failli lui coûter la vie. Pour le moment, elle devait trouver une auberge bien famée.

L’artère qu’elle suivait était large, bordée de magasins qui se préparaient à fermer. Pour une première fois, il fallait mieux rester dans des endroits fréquentés. Elle déboucha sur une place d’où rayonnaient plusieurs autres avenues, tout aussi grandes. Au centre trônait la statue d’une guerrière qu’elle reconnut aussitôt. Encore une fois, le temps interminable passé à écouter les leçons sur les hommes et femmes célèbres dans l’Empire et dans les Territoires portait ses fruits. L’épée recourbée et le bouclier ovale étaient les attributs de Héhilsa la Séparatiste. Cette femme issue du peuple était à l’origine de la naissance de la Cité-Empire de Madir. Elle avait réussi l’impensable en prenant d’assaut, seule, le château impérial de Tola et d’y enlever l’héritier. Elle avait négocié la sécession de Madril d’avec l’Empire sans verser une unique goutte de sang. Le prince était resté prisonnier durant vingt ans avant de retourner chez lui. Ce temps avait permis à Madir de mettre sur pied une armée d’élite, capable de résister aux puissantes unités ennemies.

Britess regarda les alentours. Il y avait des auberges et des hostelleries. On était, pour les prestations, tout de même un rang au-dessus de Tola. Elle se dirigea vers l’établissement le plus proche, mais deux malabars lui interdirent le passage.

— Désolé, ce n’est pas un endroit pour vous. Je vous conseille de tenter votre chance au « Jour et la Nuit », si vous souhaitez du moyen de gamme, ou le très chic « L’Empereur Georgis V ».

Britess fronça les sourcils, mais ne chercha pas d’explications. Le ton avait été professionnel et poli. Elle prit donc la direction du « Jour et la Nuit« , à quelques enjambées. Elle confia le cheval au palefrenier qui l’aborda et franchit la lourde porte.

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