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Chapitre 2

Ceci ne décourage pas notre savant. En partenariat avec le collège situé près de chez lui à Nantes, le professeur Dondey mène à bien différentes études pendant ces 7 années, fondées essentiellement sur une évaluation statistique. Pour son travail théorique, il se rend à la Bibliothèque Nationale dans le 13e arrondissement de Paris, au rez-de-jardin. Il prend des notes sur l'histoire et la genèse des superstitions, la psychologie de la superstition, sa nature et ses causes. Pour l'aspect pratique, il décide d'établir des statistiques à partir de nombreuses expériences. Là encore, il se bat pour obtenir toutes les autorisations nécessaires. Il demande aux élèves de se lever du pied gauche le matin puis du pied droit et d'estimer leurs journées selon un questionnaire précis, élaboré au préalable. Il suggère au chef de la cantine de préparer des pattes de lapin à la moutarde – car les pattes de lapin porteraient chance - pour les demi-pensionnaires et recueille leurs impressions à la fin de la journée : pas de recrudescence de chance collective, et même quelques mauvaises notes à la clé. Le lendemain, le résultat est identique lorsqu'il demande aux demi-pensionnaires de casser leur verre,  c'est supposé porter bonheur. Un autre jour, les élèves, sans le savoir, doivent être treize par tablées. Là encore, après interrogatoire, pas de surplus de malheur. On met le pain à l'envers sur les tables de la cantine, on y renverse du sel, on croise les couteaux, sans plus d'effets. Il aménage, au fond de la cour, une chatterie peuplée uniquement de chats noirs, supposés représenter le diable et porter malheur chez nous. C'est plutôt un bénéfice pour les jeunes qui apprivoisent les petits félins, jouent avec eux, les nourrissent et s'adonnent à la ronron thérapie. Il se révèle impossible, même avec le temps, d'attirer le mauvais œil. Dans toutes les salles de classe, il fait poser du lambris pour pouvoir toucher du bois à tout moment et des fers à cheval au-dessus des portes pour que cela leur porte chance. La moyenne des notes de ces classes ne grimpe pas en flèche et le ressenti des élèves, après enquête approfondie, reste inchangé. Il fait remplacer la sonnerie du collège par les premières notes de « superstition » de Stevie Wonder et prie les professeurs d'anglais de bien vouloir faire traduire les paroles de la chanson aux élèves, avant d'en faire l'explication. Cette chanson évoque, en effet, entre autres superstitions, un bébé vieux de 13 mois qui casse un miroir et conclut qu' « être superstitieux n'est pas une voie à suivre ».


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