JE LUI MENS

10 minutes de lecture

Lucas 

La lumière commence à filtré du dehors lorsqu'une sensation de vide me domine. Je n'ai pas besoin d'ouvrir les yeux pour comprendre que Ley est partie. Si je veux continuer à me vautrer dans le mensonge, c'est parce que j'espère qu'elle est là, immanquablement près de moi, enroulée dans mes draps. Or, je sais très bien qu'elle à déserté les lieux ne me laissant rien pour me raccrocher à cette nuit magique.

Elle m'a quitté au jour crépusculaire sans un mot. Je devrais saisir le message, mais je me suis senti si bien avec elle blottie contre moi, que j'ai fait abstraction de ses peurs profondes. Comme si en oubliant ses terreurs, je pourrais me l'approprier pour toujours. Bien que stupide, ce raisonnement est l'unique chose qui m'a apaisé. Or retour violent à la réalité, elle a préféré me fuir une fois de plus que d'affronter un matin à mes côtés.

Pour être honnête, je suis extrêmement déçu de son attitude comme si je dispose de ce droit. Cependant, je sais très bien que Ley ne m'a rien promit. Mais malgré ça, j'ai sincèrement espéré qu'elle soit là à mon réveil. Il faut croire que ça spécialité est la fuite tant dit que la mienne est de vouloir la retenir à tout prix.

Je sais que vu d'ici ça à l'air pathétique. Mais je réalise que si moi, je suis prêt pour elle, elle ne semble pas l'être pour moi. Et bien qu'elle ne cesse de me rejeter, je veux malgré tout lui énoncer la question qui me brûle les lèvres et ne me laisse pas en paix. 

- M'aimes-tu ? Est-ce que tu m'aimes comme je t'aime ?

Cette question à l'air présomptueuse, mais comment ne pas le poser quand cette femme que j'aime à la folie possède déjà tout de moi ?

Je lâche un soupire d'exaspération et roule de son côté du lit afin de respirer son odeur encore présent sur l'oreiller. Cette femme, je l'ai tellement dans la peau qu'à peine quelques heures sans elle et je suis déjà en manque. Je profite de pouvoir la respirer sur mes draps pour me prouver à moi-même que cette nuit avec elle a bien eu lieu. Que je n'ai pas rêvé et qu'elle était bien là dans mes bras. Nous n'avons rien fait d'extraordinaire et pourtant, c'était la plus délicieuse nuit de vie.

Je suis triste, énervé et désespéré au possible. Je ne l'ai pas dominé, attaché, niqué, je ne l'ai pas prise pour une distraction et elle m'a quand même abandonné. Je lui ai même dit que je l'aime. Que lui faut-il de plus ?

Les yeux perdus dans le néant, je repense à tout ce que je lui ai fait. À la manière dont je lui ai fait l'amour. Divers flashes intempestifs me reviennent et n'ont de cesse de me narguer au point de me rendre fou.

Je me suis confessé, je lui ai dévoilé mon âme et au lieu de se réveiller avec moi, elle m'a laissé un trou dans le cœur. Plus j'y pense et plus ça m'agace au point que ma colère se dirige contre elle parce qu'elle à choisie la solution de facilité.

Après quelques minutes de paresse, je décide de me lever et d'affronter son départ. Déterminé, j'attrape mon téléphone et lui fais savoir qu'elle peut constamment me fuir, mais que je ne la laisserai jamais partir. Je lui laisse clairement un temps d'avance, un moment de répit avant de revenir pour elle. 

Son passé ne me fait pas peur, je n'ai pas l'intention de laisser son salopard d'ex lui pourrir l'existence. Je me fiche de l'enquête de police parce que je vais savoir d'une façon ou d'une autre qui s'est introduit chez-moi. Ma maison n'est pas un moulin. Or, pour que cette boîte à musique se retrouve là, c'est que quelqu'un a cru qu'il pouvait forcer mes portes en toute impunité. Ce qui me rend furieux au plus au point.

Je descends à la cuisine pour prendre le petit-déjeuner que je trouve déjà installé sur le bar de ma cuisine.

En m'asseyant sur le tabouret, j'interpelle Dina.

- Mademoiselle Stein ?

Elle apparaît immédiatement comme une ombre.

- Monsieur Lambert.

- J'ai une question pour vous et j'aspire à une réponse franche.

Je plonge mon regard dans le sien afin de sonder la sincérité de sa réponse. Je jure mes grands dieux que si cette gourgandine misérable à un quelconque rapport avec ce qui s'est passé cette nuit, je la vire séance tenante. D'ailleurs, à la simple idée que Ley se soit volatilisé en douce ce matin n'arrange pas mon humeur déjà exécrable. De fait, cette garce de Stein a tout intérêt à m'avouer la vérité.

- Je vous écoute, monsieur Lambert, me dit-elle avec un brin d'appréhension dans la voix.

- Vous êtes certaine que vous n'avez laissé personne s'introduire dans ma demeure ? dis-je furieux.

- Non monsieur. 

Elle me répond avec assurance, mais je n'ai aucune confiance en elle.

- En êtes-vous absolument sûre, mademoiselle Stein ? Parce que si par un heureux hasard, je découvre que vous m'avez menti, je peux vous assurer que les choses vont devenir très difficiles pour vous.

J'affirme cela d'une voix douce, mais ferme.

- Je vous jure que je ne suis pas responsable de l'intrusion de cette nuit monsieur Lambert.

- Je l'espère mademoiselle Stein. Maintenant, vous pouvez disposer.

Je la regarde partir sans être totalement convaincu de son innocence. De toute façon, tôt ou tard, je ferrai la lumière sur ce qui s'est passé. Ma tête me fait un mal de tous les diables à force de réfléchir donc j'attrape mon café et m'oblige à le boire. Il faut dire que je n'ai pas faim. Les derniers événements m'ont complètement coupé l'appétit. Je n'ai jamais voulu faire de ma maison un enclôt sous haute sécurité, mais je crois aujourd'hui qu'un dispositif complet de caméra surveillance à l'intérieur ne sera pas de trop. Je balance ma nuque vers l'arrière essayant de me détendre, mais cela ne marche pas puisque je reste assis en me torturant les méninges jusqu'à ce que Lewis mon chauffeur apparaisse dans mon champ de vision.

- Monsieur.

- Lewis.

- Excusez-moi cette intrusion monsieur Lambert, mais Moira m'a informer de votre brunch en extérieur. Dois-je vous y conduire maintenant ? 

Je relève la tête et souffle de dépit.

- Effectivement Lewis. D'ailleurs, puisque vous êtes déjà là, pouvez-vous récupérer ma mallette qui se trouve dans le bureau. Et si cela ne vous dérange pas, je vous serai gréé de prendre avec vous la pochette de plan qui l'accompagne. Je serais dans la voiture dans une trentaine de minutes.

- Très bien monsieur.

Alors que Lewis se dirige vers mon bureau, je monte me préparer pour la journée. Quelques instants plus tard l'esprit davantage occupé par l'intrusion d'y hier soir, je monte dans la voiture. Je ne cesse de me demander comment quelqu'un a pu entrer dans ma maison dans l'unique but d'effrayer Ley. Cette affaire devient de plus en plus étrange à mesure que j'y pense. Je ne savais pas que j'allais rencontrer Ley et encore moins que j'aurais l'occasion de la ramener chez moi. Alors qui a bien pu le savoir, à moins de nous avons suivi depuis la rue Saint-Honoré. Pendant que certaines déductions se font dans ma tête, je revois l'air terrorisé de Ley.

Cette boîte à musique ne représente rien d'anodin, il me faut nécessairement découvrir sa provenance. Si son taré de mari l'a commandé, il y a inévitablement une trace quelque part. En fin connaisseur, je sais reconnaître une pièce unique et la fabrication de ce petit chef d'œuvre est d'une élégance surprenante. Ce genre d'objet sur-mesure comporte généralement la signature du fabricant, il n'y a qu'à chercher de ce côté. Frustré de ne pouvoir obtenir de réponse toute suite, je mets mon esprit en veille attendant les recherches de Gram.

La journée s'écoule lentement, j'enchaîne les rendez-vous professionnels, avec sérieux. Sauf que tout cela, n'est que le fruit d'un mécanisme bien rodé. Je reste perdu dans mes pensées à tel point que je suis rappelé à l'ordre plusieurs fois par cette chère Moira. Quant à quatorze heures, le numéro de Gram s'affiche sur mon écran. Empressé, je n'hésite pas et décroche dès les premières sonneries. 

 - Gram. 

Je brûle de savoir ce qu'il a pu découvrir.

- Monsieur Lambert, bonjour. Puis-je passer à votre bureau ? me quémande-t-il la voix solennelle.

Je suis tellement impatient que je veux qu'il me mette au parfum de suite. De fait, je ne réponds pas à sa question et l'interroge en rafale.

- Que se passe-t-il Gram ? Vous avez découvert quelque chose ? La boîte à musique vous a apporté certaines réponses ?

Très calme malgré le ton de sa voix, Gram m'interrompt.

- Écoutez monsieur Lambert, je crois qu'il est préférable que je passe à votre bureau. Cette histoire est la chose la plus invraisemblable que j'ai pu dénicher. Je n'ai en aucun cas pu imaginer pareille affaire. Alors je préfère que vous voyiez le dossier d'investigation de vos propres yeux.

Troublé par ses paroles, je l'invite à me rejoindre au siège de ma société.

- Dans combien de temps pouvez-vous être là ? Je ferais en sorte de vous recevoir en priorité.

- Pour être honnête, je suis au abord de votre cabinet, car les informations que je vais vous fournir sont assez explosives.

- Très bien Gram, je vous attends. Je vais dispenser des instructions afin que vous soyez conduit immédiatement dans mon bureau. 

Je raccroche sans plus de cérémonie et informe Moira en ce sens. Une quinzaine de minutes plus tard mon assistante introduit Gam dans mon bureau.

- Puis-je me retirer ? m'interroge Moira.

- S'il te plaît, laisse nous.

À peine la porte refermée sur Moira que Gram dépose devant moi une pochette bleue. Sans un mot, je me lève, saisie le dossier et parcours les pages de celui-ci à la vitesse de l'éclair. Ce que j'apprends me laisse sans voix ? À tel point que je me laisse tomber dans mon fauteuil.

- C'est inconcevable ? Tout bonnement impossible ?

J'éclate d'un rire diabolique qui me fait frissonner et reprend abasourdie.

- C'est une blague ? C'est une erreur de votre part ? Tout ceci ne peut-être vrai voyons ?

Je tremble. Mon cœur bat à dix mille à l'heure au point de manquer d'air. La vision fantasque de Ley me percute de plein fouet. Son corps dans mes draps, ses sourires, ses pleurs, la manière magique avec laquelle nous avons fait l'amour. Tout cela n'était donc qu'une farce ? Elle s'est ainsi jouée de moi ? Je suis qu'un pauvre con ! Un imbécile qui se fait avoir par deux femmes de la même famille.

Je l'aime et le lui ai même dit. Cette coïncidence est beaucoup trop énorme pour qu'il ne s'agisse que de ça. Putain, elle ne peut pas rester dans l'ignorance. Elle sait forcément quelque chose, ce n'est pas possible bon Dieu. Je suis amoureux ! Je complètement fou d'elle, mais il est probable qu'elle se foute de ma gueule. J'ai envie de hurler. 

En apercevant mon visage se décomposer de minutes en minutes, Gram intervient.

- Elle n'est pas au courant, monsieur.

- Pardon ? dis-je déboussolé.

- Elle ne sait rien de vous. Elle ne sait pas qui vous êtes. Ambre Courcelles et Ley Carré sont bien une seule et même personne, mais elle n'a aucune idée de qui vous êtes. Elle ne s'est pas joué de vous si c'est ça qui vous inquiètes. Elle vous croit responsable de la mort de sa sœur et je suis persuadé que si elle savait que vous êtes l'ancien dom d'Ely, elle vous tuerait. Car elle hait l'homme qu'elle croit responsable de ça. Mademoiselle Carré s'est promis de venger sa sœur à n'importe quel prix.

J'étends mes mains dans mes mèches brune et grogne de frustration. Mon cœur se glace de mécontentement, car je me rends bien compte à quel point cette histoire peut me séparer d'elle. Elle va me repousser bon sang, nous sommes lié de la pire façon qui soit. Je pense au journal intime d'Ely qui pourrait demeurer une solution à ce problème, mais va t'elle me croire. J'ai la nausée et ma tête se fait lourde. Je m'apprête à poser des questions à Gram quand l'interphone de mon office se fait entendre. J'appuie instinctivement sur le bouton pour entendre Moira m'annoncer :

- Une certaine Ley Carré demande à vous voir.

Mes yeux cherchent à nouveau Gram qui semble quelque peu gêné. Bordel de merde, dans quel pétrin ai-je bien pu me fourrer ?

J'attrape le dossier et le fait disparaître très brutalement dans un de mes tiroirs avant d'élever les yeux sur Gram. Je clôture notre entretient au plus vite. 

- Nous, nous reverrons ultérieurement. Je ne vous raccompagne pas.

Il se dirige vers la porte sans un mot, quand je distingue de nouveau la voix de Moira à travers l'interphone.

- Lucas ? Lucas ? Tu es là ?

- Oui, je suis là désolé. Fait là entré dès que Gram aura franchit ma porte.

- Très bien.

Je me tourne vers les fenêtres de mon bureau essayant de reprendre une contenance quand je perçois la voix de Ley dans mon dos.

- Lucas ?

Je me retourne à nouveau, mais je reste figé submergé par un tas d'émotions.

Elle est belle. Non, elle est magnifique. La lumière du jour donne à son visage un éclat resplendissant et je tombe encore plus amoureux d'elle. Mille scénarios me traversent l'esprit, puis je me souviens qu'elle s'appelle Ambre Courcelles et mon cœur s'effrite.

Dieu, comment la garder ?

- Lucas ? m'appelle-t-elle à nouveau.

En captant le son mélodieux de sa voix, la question de ce matin refait surface avec une force écrasante.

- Est-ce que tu m'aimes comme je t'aime ?

Question présomptueuse ou pas, je dois savoir. J'ai choisi, je veux l'avoir pour moi seul, la garder. Or, pour la garder, je ne vais pas avoir d'autres choix que de lui mentir.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Line In ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0