CXXI. Ma gonzesse

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CXXI. Ma gonzesse*



Lucia avait un repère immuable dans le calendrier de sa jeune vie : elle adorait les mardis ! Car son papa venait la chercher à l’école et elle l’avait pour elle toute seule jusqu’à ce que sa mère et moi sortions de notre cours d’italien. Chaque semaine, elle avait droit à un festin de reine version Pietro (cordon bleu, croquettes de pommes de terre et mayonnaise, ou tout autre menu ne nécessitant aucune compétence culinaire, même minimale) et à un dessin animé sur la Rai Yoyo, avec autorisation exceptionnelle de traîner en pyjama ou en robe de fée… Bref, chaque mardi était un soir de fête dans le petit monde de Lucia.

Un jour où Pietro fut coincé au boulot par une réunion tardive, il fallut prendre le relai : j'allai donc chercher la petite à 17h et l’emmenai faire un petit tour au parc. Puis Louka la récupéra devant l’Institut Culturel italien à 18h04 et elle le suivit joyeusement, tandis qu’Ingrid et moi foncions à notre cours (en retard, merci Louka).

Nous les retrouvâmes plus tard, rue de Médicis. Lucia trônait sur un rehausseur, morte de rire devant son assiette. Il y avait de quoi : imaginez un grand sourire dessiné à la purée de carottes, avec des tomates cerises à la place des yeux, des lamelles de lonzu en guise de cheveux, du basilic à la place du nez et deux fanes de radis pour les poils dans les oreilles… Il n’en fallait pas plus pour attiser son imagination.

Louka écoutait patiemment une sorte d’histoire qu’elle avait l’air d’inventer pour donner vie à ce drôle de bonhomme… Elle racontait cela avec une conviction impressionnante à un auditoire trié sur le volet : Mayol, le vieux dauphin en peluche, posé à l’envers sur le rebord de la table.

Nous nous installâmes autour d’elle le temps qu’elle finisse son dîner : jus de pomme pour Ingrid, vin rouge pour Louka et moi, et papote pour tout le monde.

« - Je suis jalouse… commençai-je.

- Ce n’est pas un scoop, ça ! coupa Louka. But… D’une gamine de 3 ans ?

- Yes, sir ! Je n’ai jamais eu droit à une assiette comme ça, moi.

- Dis donc, ne te plains pas trop, intervint Ingrid. Au moins, ton mec sait cuisiner. Le mien est une catastrophe culinaire ! Je suis tombée sur le seul Italien du monde qui soit incapable de faire cuire des pâtes : ça frôle la publicité mensongère ! Je l’aime quand même, mais bon…

- Ouf ! Je suis content de te l’entendre dire, railla Louka.

- Oh, toi, n’en rajoute pas… Je ne te demande pas si ça s’est bien passé avec la petite ?

- Très bien, regarde ! Elle mange même ses légumes.

- Comme toujours… Elle t’obéit au doigt et à l'œil, c’est agaçant ! Et avec toi, Romy, elle a été sage ?

- Adorable ! On s’est baladées un peu et on a mangé une crêpe. Tiens, devinez un peu comment elle m’a appelée ?

- …

- …

- Zia…. Elle m’a appelée Zia.

- Vraiment ?

(Louka rougit)

- Qu’est-ce que vous croyez ? s’exclama Ingrid dans un sourire. Elle n’est pas idiote, ma fille ! Ni aveugle. Ce qui m’étonne le plus, c’est qu’elle tolère l’idée de partager son Zio adoré… Elle est bien comme son père : pas jalouse pour un sou ! Bon allez, puisqu’elle a fini son assiette, je récupère ma petite terreur et je vous laisse, Pietro ne devrait pas tarder… Merci encore pour le baby-sitting ! Bonne soirée. »

Après leur départ, je filai sous la douche tandis que Louka préparait le dîner. J’étais d’humeur taquine… Aussi allai-je enfiler ma plus belle lingerie, un ensemble noir et argent pour lequel je savais qu’il avait un petit faible. Et je revins à la cuisine ainsi (dé)vêtue et entrepris, l’air de rien, de mettre le couvert. Il leva un sourcil, me scanna de bas en haut et m’offrit un sourire immense, mais un peu surpris.

« - Je me suis dit que puisque tu cuisinais le repas, je pouvais m’occuper de ton dessert… ?

- Well… Si tu ne te couvres pas, je crois que tu vas être l’apéro !

- Chiche !

- A vos ordres, miss. »

Je courus jusqu’au canapé. En trois secondes, il éteignit la gazinière et couvrit la casserole. Puis il me rejoignit en quatrième vitesse, balançant son t-shirt au passage, et il me dévora, pour mon plus grand plaisir… Et le sien.

Lorsque nous eûmes repris nos souffles, Louka se rhabilla et entreprit de servir le dîner. Je le rejoignis cinq minutes plus tard, tout était prêt sur la table. Il manqua de s’étrangler en constatant que je n’étais pas plus habillée que précédemment.

« - Mais… ?

- What ? Je te dois toujours un dessert. Ce qui est dit est dit, Louka. Sauf si tu n’as plus d’appétit ?

- Oh mais si, ne t’inquiète pas ! On mange quand même d’abord, ou pas ?

- Oui. J’ai faim.

- Tiens…

- Oh ! Tu m’as fait la même assiette que Lucia ?

- Sure. Tu as dit que tu étais jalouse, alors…

- You are so cute, sometimes. Merci.

- My pleasure. »

Son plaisir, justement, je m’en occupai à peine sortis de table. Je commençai par l’embrasser longuement tout en lui enlevant ses vêtements. Je le poussai vers la chambre tout doucement, sans le lâcher des lèvres, et le fis s’allonger sur son lit. Je le grignotai, le titillai, le parcourus tout entier rien qu’avec ma langue… Il se tortillait, se trémoussait dans tous les sens, gémissant de plus en plus fort. Et je ne me lassai pas de le regarder, de profiter de son corps si fort, si puissant, pourtant si vulnérable sous mes assauts.

Il jouit à en trembler sous mes lèvres, abandonné comme tout, sa peau était couverte de sueur, son cœur battait à toute berzingue. Quand il reprit ses esprits, il me serra contre lui, m’embrassa avec un appétit visiblement renouvelé… Et vint sur moi pour me pénétrer doucement. Mes reins, comme toujours, s’accordèrent au rythme des siens jusqu’à ce que nous soyons tous les deux rassasiés, apaisés, épuisés.

Juste avant de sombrer dans le sommeil, je posai mon bras sur son ventre en chuchotant : “Bonne nuit, Louka”. Il me répondit dans un souffle : "Bonne nuit, Zia.”



*Ma gonzesse, de Renaud ; in Ma gonzesse, 1979.

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