CXII. Divine idylle

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CXII. Divine idylle*


Louka avait une heure et quart pour déjeuner, montre en main. Alors pour en profiter au maximum, je le rejoignis directement au Palais de Justice.

Je me pointai donc à midi quinze dans la salle des pas perdus. Ma petite robe en coton bleu contrastait un peu avec la solennité des lieux, mes semelles compensées croassaient sur les dalles de pierre et un bruyant excès de zèle du détecteur de métaux me fit monter le rouge aux joues. Pour l’arrivée digne et discrète, je repasserais…

Je repérai Louka immédiatement, il discutait un peu plus loin avec trois personnes : trois femmes, évidemment. Je me raidis mais entrepris de faire bonne figure, m’approchant doucement. Il me présenta les deux femelles en robe noire comme étant associées à son cabinet, et la femelle en civil comme leur assistante juridique.

Je leur adressai un sourire forcé, m’appliquai à oublier instantanément leurs noms, et attendis qu’ils aient fini… Non sans observer, d’un œil torve, que la première portait des talons dignes du festival de Cannes, que la seconde parlait à Louka d’un peu trop près et que la troisième posait sa main sur son bras en minaudant comme une gamine. Bon, d’accord, il était sexy avec son drôle d’uniforme, mais Louka serait sexy avec n’importe quoi sur le dos… Et ma patience avait des limites !

Heureusement, Louka m’adressa un regard qu’elles interceptèrent, et elles eurent enfin la présence d’esprit de me laisser le champ libre. Ouf, il était moins une avant que je ne laisse libre court à mes envies de meurtre… Même si je conservai un air parfaitement innocent. A défaut de l’embrasser en public, je m’approchai franchement de lui.


« En fait, tu ne te rends même pas compte quand une fille te drague, n’est-ce pas ?

- Tu me prends pour un débile ?

- Non ; mais là, par exemple ?

- Je m’en rends compte ; mais je m’en fiche… What did you expect ? Que j’aille en baiser une dans les toilettes du Palais?

- Tu as raison ; excuse-moi… C’est juste que ça me fait peur.

- Bon, si l’une d’elles avait été vraiment jolie, je ne dis pas… !

- Louka ! Tu es affreusement affreux.

- Je sais ; je te taquine. J’aime bien que tu sois jalouse, un peu…

- Un peu ?

- Oui. Un peu, mais pas trop.

- Par exemple, quand je débarque à ton bureau à minuit parce que j’ai peur que tu sois en train de coucher avec une autre, c’est trop ?

- Ah... Mais c’est vraiment pour ça que tu es venue au cabinet l’autre soir ?

- Oui… Je suis désolée. Les nanas te sautent dessus tout le temps, ça m’énerve.

- I might have a suggestion.

- Laquelle ?

- Marque ton territoire !

- Comment ?

- Ça, à toi de voir… Mais au moins, fais-le correctement ! Comme ça j’en profiterai un peu…

- …

- …

- Je sais !

- Really ?

- Oui. Puisque tu as envie de coucher avec une jolie fille dans les toilettes du Palais...

- Euh…

- J’ai décidé que ce serait moi ! Tu me montres le chemin ? »


Je lui fis un sourire immense en lui prenant la main. Alors il me guida dans les couloirs gris et ternes de ce bâtiment tout droit sorti d’un autre temps… Et nous atterîmes dans des toilettes isolées, au fond d'un corridor interminable. L’oeil de Louka se fit gourmand, coquin, tentateur, j’entrepris de passer les doigts sous sa robe pour la lui ôter (pas pratique, ce truc !). Il m’embrassa, me déshabilla à la vitesse de ma fermeture-éclair, je m’accrochai à son cou et il me fit l’amour comme ça, debout contre le mur, ses mains tenaient fermement mes hanches et nos deux corps se mouvaient l’un dans l’autre à un rythme parfait... Et malgré l’inconfort des lieux et leur absence absolue de romantisme, l’étreinte fut délicieuse.

Finalement, la pause-déjeuner se termina sans que nous ayons pris le temps de manger…

En me rhabillant, je m’amusai à enfiler sa robe et à me regarder dans le miroir. Pas mal, tiens ! Louka en profita pour filer au distributeur nous acheter deux barres chocolatées, et je le rejoignis ainsi affublée. Cela le fit sourire… jusqu’à ce que je refuse de lui rendre son bien.

Car je le plantai là et fis une sortie triomphale, sa robe sur le dos, tout en croquant à pleines dents dans mon pseudo-déjeuner de céréales. Il n’osa même pas protester… Et je rejoignis le métro pour retourner à l’ambassade, non sans avoir planqué l’objet du délit dans un sac.



*Divine idylle, de Vanessa Paradis ; in Divinidylle, 2007.

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