CI. My lady blue

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CI. My lady blue*

Louka se rhabilla en moins de deux et retourna au salon ; je le suivis plus paresseusement, les cheveux en bataille, les jambes en guimauve, l’estomac sur les talons. Je m’assis comme une princesse jetlaguée sur un tabouret haut, nue sous son t-shirt froissé. Un verre de Guerrouane rouge plus tard, il posait devant moi une assiette prometteuse aux senteurs alléchantes et je m’appliquai à y faire honneur.

« - So, mademoiselle, will you tell me à quoi je dois l’honneur de ta présence ?

- Oh, rien. Ta cuisine me manquait.

(sourire tout fier)

- What else ?

- Ton corps aussi me manquait.

(sourire mi-fier, mi-gêné)

- What else ?

- Actually… Je suis venue pour finir notre dernière conversation.

- Celle qu’on avait commencée dans ce merveilleux restaurant français ?

- Exactement !

- Good. So ?

- Je ne sais pas...

- Tu as traversé l’Atlantique juste pour me dire ça ?

- Pourquoi pas ?

- C’est un peu court, jeune fille, comme dirait Cyrano.

- What ?

- Very well. Prenons une référence plus américaine : Martin Luther King. Tu imagines : “I have a dream” ! Et juste après : je ne sais pas... Décevant, non ?

- Je ne prétends pas que ce que j’aie à te dire soit aussi historique que Martin Luther King et son “I have a dream”.

- Donc, tu as quelque chose à me dire. On avance ! Et si tu arrêtais de tourner autour du pot ?

- Je ne tourne pas autour du pot, je tourne autour du Louka.

- Great. Je suis flatté.

- Arrête de te moquer de moi…

- Je ne me moque pas de toi. J’attends, avec une certaine impatience que j’essaie de dédramatiser en te taquinant un peu, que tu me répondes… Et que tu m’expliques pourquoi tu es venue comme ça, sans prévenir, avec trois tonnes de bagages. Tu es en vacances ?

- J’ai démissionné.

- Ah ?

- J’ai rendu les clés de mon appart’ aussi.

- Oh…

- Alors voilà ; je n’ai pas la réponse à ta question, sur ma place dans ta vie, et tout ça.

- Tu as tout quitté just to tell me que tu n'as pas la réponse … ?

- J'ai tout quitté just to tell you que je suis prête à tenter le coup. A miser sur Paris. Sur toi. Sur nous.

- Et comment should we take that chance ?

- Je n’en ai aucune idée ! Mais si on s’y met à deux, on trouvera peut-être ?

- On trouvera quoi ?

- Le mode d’emploi !

- Are you trying to tell me that you’re moving in ? Chez moi ?

- No. Je viens vivre à Paris, mais je vais prendre un appart’ à moi. Tant pis pour la vue sur le Luxembourg ! Tu m’inviteras quand même de temps en temps à dîner ? Et à prendre le petit-déjeuner…

- Finalement la seule chose qui compte vraiment pour toi, c'est que je te fasse à manger… ?

- Louka, j’ai grandi au pays des hot-dogs et du Dr Pepper : ta cuisine est forcément miraculeuse à mes yeux ! But tu as quelques autres qualités.

- Vraiment ?

- Oui. Mais je n’ai pas envie d’aller trop vite.

- Which means… ?

- I do not mean vivre ensemble, I just mean être ensemble, doucement. Sans promesse, puisque nous n’y croyons ni l’un ni l’autre. Moi, parce que je n’imagine pas que tu puisses renoncer à ces milliers de filles, avec leurs kilomètres de jambes et leurs tonnes de nichons, qui te tournent autour tout le temps et depuis toujours. Et toi, parce que tous ceux que tu as aimés t'ont abandonné au fil du temps, plus ou moins involontairement, certes ! Mais le résultat est le même : tu t’es barricadé le cœur pour ne plus rien sentir.

- Bon... Dit comme ça, on a l’air assez mal partis !

- Maybe ! Or maybe not ? »

Louka me regarda dans un grand sourire amusé. Ses yeux brillaient comme deux tourmalines, leur clarté était douce, mouvante, intense. Il était d’une beauté à couper le souffle, comme toujours, mais surtout, il émanait de lui une sorte d’intensité étrange, impalpable, électrique…

Et je fus envahie par une sensation d’occasion à ne pas manquer qui me poussa, envers et contre toute ma timidité, à tenter le tout pour le tout pour lui parler, enfin, à cœur ouvert.

*My lady blue, d'Eric Serra ; musique originale du film Le grand bleu,1988.

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