XLIV. Sea, sex and sun

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XLIV. Sea, sex and sun*

Un samedi matin sur notre petit coin de Corse ; l’air sentait encore la pluie mais le ciel était bleu comme un vent de terre. La mer s’ébrouait bruyamment en contrebas de Cargèse, les vagues étaient hautes et blanches, le sol était rouge et ocre, le jour était pâle et doux.

Je me réveillai tôt et en profitai pour aller à la boulangerie. Je fis provision de croissants, de canistrelli et de fiadone au brocciu et revins doucement grignoter tout cela face à la Méditerranée. Louka était roulé en boule sur un transat, avec une tête de demi-mort et son plaid serré autour de lui. Il secoua la tête gentiment quand je lui proposai une viennoiserie, mais il accepta un café qu’il sirota très doucement et en silence.

Je savourai la vue et le petit matin, il n’y avait rien à dire, juste à ressentir… Je comprenais de mieux en mieux l’amour profond, physique, viscéral, que ressentaient Louka et Pietro pour la Corse : ce pays était plein de noblesse, de grandeur, de caractère. J’ouvris la bouche pour émettre une quelconque banalité sur ce thème, mais je m’aperçus que Louka s’était rendormi. Je me levai pour récupérer son mug qui menaçait de lui échapper des mains, remontai le plaid jusqu’à son menton et rentrai rejoindre les autres qui venaient de se lever.

Un parfum de relâche flottait sur la maison. Mais pas pour longtemps, parce que Chiara devait travailler un scénario et que nous étions priés de rester silencieux voire si possible, de libérer les lieux toute la journée.

Mila avait obtenu de Louka qu’il l’emmène faire de l’accrobranche sur les hauteurs d’Ajaccio avec une de ses copines de voile ; mais Pietro décida, « pour une fois qu’il dort », de le laisser se reposer et d’accompagner lui-même les deux gamines. Ils partirent vers 9h, armés d’un pique-nique et de beaucoup d’énergie ; Chiara s’enferma dans la bibliothèque pour travailler ; je m’allongeai sur le canapé avec un bon livre.

J’étais en pleine scène d’amour littéraire hyper intense quand je sursautai, surprise par le couinement de la porte-fenêtre. Louka vint s’asseoir près de moi, il avait presque figure humaine, son teint était redevenu caramel plutôt que cendre, bref il y avait du mieux !

- « Good morning !

- Hey… Where is everyone ?

- Chiara travaille ; Pietro a emmené Mila et sa copine à l’accrobranche.

- Fuck, je les ai complètement oubliées...

- Ce n’est pas grave, Pietro n’a pas voulu te réveiller ; et Mila n’a même pas tenté l’ombre d’un caprice !

- She totally adores him. Pas étonnant qu’elle ait suivi le mouvement… Bon, si Chiara veut travailler, we’d better leave the house. Qu’as-tu envie de faire ?

- Glander au soleil ! Avec sieste et baignade.

- I see… Avec ou sans moi ?

- Avec toi : tu as obviously besoin d’air… Et d’un coin désert.

- Un coin désert en Corse au mois d’août, tu mets la barre haute !

- So ?

- Le pont d’un petit bateau conviendrait peut-être à Madame ?

- Oui ! Si c’est tout ce que tu proposes…

- On va piquer le hors-bord du ski nautique, il n’y a pas de stage ces jours-ci. Let’s go ! »

Une demi-heure plus tard, je me pavanais à l’avant d’un bateau ultra-rapide, trempée jusqu’aux os mais rieuse comme une mouette imbécile. L’étrave filait et volait dans les vagues, je me cramponnais de toutes mes forces pour ne pas valser par-dessus bord. Le vent fouettait mon visage constellé de sel. Louka semblait se détendre comme par miracle, il avalait les nœuds comme autant de plumes, ses yeux s’allumaient de plus en plus comme si le vent lui rinçait la tête.

Puis il ralentit petit à petit, nous entrâmes dans la baie puis dans l’avant-port de Girolata, un gars sur un zodiac nous guida jusqu’à une bouée jaune et m’aida providentiellement à passer l’aussière dans l’anneau, ouf ! Je regardai alors Louka d’un air triomphant qui le fit beaucoup rire. Il vérifia l’amarrage d’une main experte, coupa le moteur, balança son t-shirt dans la cabine. Pour l’endroit désert, on repasserait : nous étions cernés de bateaux et de plaisanciers, et les promène-touristes déversaient tous les quarts d’heure des hordes de paires de tongs sur le ponton du petit port.

Nous pûmes cependant nous baigner tranquillement, cachés derrière le bateau, bercés par les ombres du granit rose. Nous étions entourés de petits poissons gris qui nous chatouillaient les pieds.

Louka, lui, me chatouillait les seins, le dos, les lèvres. Je me défendis de mon mieux, l’éclaboussant de bon cœur, mais il était tenace ! Il m’attrapa le poignet d’une main, s’accrocha au bateau de l’autre. Je me retins à son cou pour ne pas couler et ne pus m’empêcher d’embrasser son sourire en coin. Sa peau était chaude dans les eaux cristallines, sa bouche était fraîche et sa main baladeuse.

Je me serrai contre lui sans trop de pudeur, son désir était palpable et je l’ai illico palpé. Je lui proposai de visiter le cockpit mais il me répondit dans un souffle qu’il n’était plus en état de sortir de l’eau sans choquer les petits enfants et les vieilles dames.

Je lui ris au nez, bêtement flattée, je le regardai droit dans ses deux billes de vert. J’ôtai rapidement le bas de mon deux-pièces, son regard s’alluma ; je glissai lentement son maillot vers le bas, son regard s’embrasa. Je lui dis de se tenir bien fort, il obéit, passant ses deux mains au-dessus de sa tête pour se cramponner au bateau. Il était nu, complètement à ma merci, il était beau comme un open-bar et je l’ai mangé tout cru, sans retenue, au rythme des vagues. Je jouis dans un soupir au creux de son oreille, ce fut merveilleusement bon, merveilleusement fort, parce que même si je ne voulais pas trop y penser, j’étais complètement, absolument, désespérément amoureuse de lui.

À peine avions-nous repris nos esprits qu’un plongeur amateur fit son apparition quelques mètres plus loin ; nous étions nus et encastrés juste en face de son masque, et il était trop tard pour changer de position ! Nos sourires se croisèrent, et quand l’intrus eut poliment tourné ses palmes d’un autre côté, nous enfilâmes nos maillots et sortîmes de l’eau rincés comme des gardons.

J’eus faim et le dis ; Louka me fit remarquer que j’avais toujours faim après l’amour (tiens, c’est vrai ça !) et m'invita à déjeuner à terre. Nous nous mêlâmes donc aux interminables flux de touristes et choisîmes une petite table, tout au bout d’un restaurant cerné par la mer. Je pris une pizza pleine de crème, Louka mangea (miracle !) une planche de charcuterie corse.

Il proposa ensuite de faire un tour dans le village, mais je lui rappelai que j’avais commandé un coin désert… Il me sourit, me ramena au bateau, suggéra une sieste. Dans le creux de la trop petite cabine, je fus son dessert, je me pâmai sous ses doigts comme une source chaude et il me pénétra très vite. Je jouis encore, encore, c’était si bon que j’en avais presque honte.

Le soleil transperçant le hublot me happa lovée contre lui, il faisait chaud, le roulis me berçait, Louka était doux et moite. Deux heures passèrent en deux secondes, ou presque ! Nous n’avions plus que le temps de prendre un dernier bain avant de rentrer. En théorie en tout cas ; car en pratique, après le bain revint le sexe, encore, doucement cette fois, Louka se laissa faire et je le grignotai très longtemps dans tous les sens avant de le sentir enfin se raidir un peu plus entre mon corps.

Il demanda grâce d’un petit sourire tout chaud… Épuisés, nous restâmes allongés quelques minutes pour nous remettre de nos émotions ; puis il fallut partir, quitter cette bouée jaune que je bénissais en silence pour ces quelques heures de perfection et de plaisir.

Nous étions en retard, Louka poussa à fond le moteur du hors-bord qui bondit comme un cabri des mers. Il avait l’air d’adorer ça…

La mer avait forci, la houle se creusait comme une onde écumeuse. Je me sentais comme une chaussette dans une machine à laver, j’avais sacrément mal au coeur, mais je ne dis rien par égard pour le sourire lumineux du capitaine. Il jouait dans les vagues comme une balle de ping-pong, et je tournai la tête loin devant pour qu’il ne puisse pas voir mon teint visqueux d’algue verte.

Nous arrivâmes comme une fusée en vue de l’école de voile, Louka manoeuvra nickel chrome tandis que je loupai, évidemment, ma tentative pour nous amarrer sur le taquet du ponton. Je finis sur une jambe tout au bord du vide, à regarder d’un œil nauséeux l’aussière qui coulait tranquillement à mes pieds. Louka me sourit, même pas fâché mais gentiment moqueur, je le fixai comme sur un nuage de l’oeil niaiseux de celle qui a fait l’amour toute la journée, la peau écrevisse comme une enfant du Nord, le cerveau euphorique comme une bulle de champagne ridicule, l’estomac retourné comme une crêpe acrobate. Je planais en-dehors de la réalité, comme un oiseau-lyre enivré sur une rime de Prévert.

Mais cela ne dura pas.

*Sea, sex and sun, de Serge Gainsbourg ; single, 1978.

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